|
L’annulation du voyage de Dadis chez le colonel Kadhafi a une raison officielle et hâtive : Il y avait des bruits de déstabilisation au sein de la grande muette. Les Guinéens sont toujours sur leur faim. La question reste suspendue à toutes les lèvres car les réponses ne satisfont pas à fond les curiosités. Dans des milieux proches des militaires, les versions se contredisent. Quelles sont-elles ?
La Guinée est restée égale à elle-même depuis la Révolution. Le pays est toujours resté recroquevillé sur lui-même, hermétique et ombrageux. Dans quel domaine le pays du NON est le plus médaillé, si ce n’est le domaine de l’information ou de la rétention de l’information?
Ce que les autorités guinéennes n’ont jamais compris, c’est que plus les informations sont tenues sécrètes, plus la rumeur la déforme. Ce n’est pas pour rien que la Guinée est qualifiée, et à juste titre de pays de la rumeur et du mensonge. La malveillance vient de la désinformation, et les médias publics en sont pour quelque chose ; quant aux médias privés, s’ils ne basculent pas dans la sensation, ils analysent parfois de travers, et cela se rencontre le plus souvent sur la toile, plus prompte à la sensation.
Des questions qu’on aimerait poser :
Il y a des lurettes que des questions sont restées en suspend et que l’on aimerait bien les poser à qui de droit. Ainsi, par exemple, on peut poser la question aux survivants du C MRN de savoir quand Lansana Conté avait déclaré à son retour de Lomé, après avoir désamorcé le coup Diarra Traoré, que : « les défenseurs des droits de l’homme qui veulent intervenir c’est le moment, parce que demain, ce sera trop tard ! » A ce moment, les détenus en question étaient vivants ou déjà exécutés ?
Ensuite, pourquoi avait-on décoré tant de personnes lors du cinquantenaire sans les artistes et les footballeurs qui ont marqué de leurs empreintes les cinquante ans de la Guinée indépendante ?
Actuellement, cela continue de plus belle et le CNDD continue à décorer et surtout à grader tous azimuts. Ainsi, les compagnons de Lansana Conté ont été gradés lors du tournois des militaires de la sous région à Conakry, feu Siradiou Diallo et le doyen des opposants politiques guinéens, Bâ Mamadou, seront décorés prochainement de l’ordre national du mérite de la république. Cela fait plaisir à certains et pas à d’autres, sûrement !
Qu’à cela ne tienne, il reste à fouiner dans les augmentations successives et fréquentes au sein de la grande muette pour savoir si ces augmentations de grades et de promotions diverses n’ont pas créé des mécontents au point que ces mécontents se ruent dans les rangs de façon si bruyante et intempestive.
Le problème se pose parce que le sous-lieutenant Oularé de la marine nationale avait fait du badaboum chez son chef d’état major parce qu’il était si fier de son nouveau grade qu’il l’a porté sans attendre l’acte qui le promulguait. Menacé de rétrogradation le pressé avait pété les plombs et était allé tirer des coups de feu à l’état major de la marine nationale pour créer l’irréparable et sera mis aux arrêts. Quelle sera la sanction ou quelle a été la sanction, pas de réponse, à notre connaissance. La lanterne des populations ne mérite pas d’être éclairée pour ce cas d’indiscipline ?
La grande muette est restée muette là-dessus, c’est normal, diront certains, pour raison de secret militaire, mais en attendant c’est un fait qui s’est produit en public et qui mérite que des explications claires soient fournies pour éviter des supputations malveillantes.
Sur la même lancée, la question des bruits de bottes qui ont fait avorter le voyage de Dadis à Tripoli provoque, elle aussi des curiosités. Selon des proches du milieu des officiers Sâa Alphonse Touré et Abdoulaye Kéita, qui se sont agités, de la même façon, pourrait-on se hasarder à dire, les mouvements de ce jour étaient d’ordre revendicatif et non une tentative de putsch. Pour ceux-ci, Sâa Alphonse Touré a pété les plombs de la même manière que le sous-officier Oularé, donc un acte d’indiscipline caractérisé qui est tombé au plus mauvais moment. Pour ces personnes, il est inimaginable de croire que les deux concernés aient pu tenter le coup de force, vu les liens serrés et de serment de fidélité et d’amitié qui existent entre eux et le capitaine Dadis Camara et son ministre de la sécurité présidentielle Claude Pivi. Après tant d’années de frustration qui ont régné dans la troupe, les débordements de joie inopportuns sont et seront enregistrés au sein du CNDD. On se rappelle encore la fébrilité du lieutenant-colonel Aboubacar Sidiki Camara de procéder à son investiture au Palais du Peuple comme ministre secrétaire permanent du CNDD, et ce qui s’en était suivi avec son limogeage pour insubordination et indiscipline.
Comme on le voit, toutes ces fautes ne sont du fait que les jeunes étaient trop enthousiastes de leur promotion longtemps caressée dans les rêves qui se sont réalisés avec l’avènement du CNDD, dont ils sont membres à part entière. Comme une frustration, si petite soit-elle, peut faire faire des gaffes irréparables. Une leçon qui n’avait pas été apprise mais qui le sera désormais pour le reste de la troupe. Il reste à savoir si ces malheureux bénéficieront de la clémence et de la magnanimité de Moussa Dadis Camara, au cas où il est avéré qu’ils ne sont pas coupables de tentative de coup d’Etat. En attendant que la lanterne du public soit éclairée sur les faits réels…
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|