Depuis quelques jours, un autre sujet alimente presque toutes les rencontres politiques : les brouilles entre Alpha Condé et les imams. Le leader du RPG aurait déclaré le 9 février dernier au Palais du peuple : « J’ai honte d’être musulman ».
Cette déclaration qui suscite encore une levée de boucliers au sein de la communauté musulmane, aurait été faite à l’occasion d’une rencontre organisée entre les nouvelles autorités de Conakry et le collège des imams.
Il semble donc que depuis ce « J’ai honte d’être musulman », l’homme politique est dans l’œil du cyclone. Le collège a du coup riposté par le biais d’une autre déclaration. Car, Alpha Condé est « au dessous du niveau politique qu’on lui attribue ». Cette discorde est-elle la conséquence d’une campagne de dénigrement à l’encontre du leader du RPG ou une pure maladresse politique du septuagénaire en fin de carrière ?
A priori cette question ne se pose pas : c’est un faux débat ! A moins que Alpha, après plus de vingt ans de vie politique, soldée par un passage à vide, ne batte campagne pour être premier Imam de la Grande mosquée Fayçal de Conakry.
Et si tel est le cas, et bien que la religion unisse les hommes dans les mêmes dogmes, alors que la politique les unit dans les mêmes principes, le collège des imams ne va pas voter puisque, comme il le mentionne dans sa déclaration pour répondre à Alpha Condé : « l’islam n’a pas de regret pour l’affection des indécis ».
C’est dire que cette brouille qui alimente les débats actuellement et suscitant beaucoup de passion chez les militants et autres religieux n’est qu’un simple faux débat. Surtout que l’accusé n’a nullement reconnu les faits à lui reprocher. Le débat devrait être clos ou être orienté ailleurs, la Guinée n’en manque point pour sortir enfin de sa situation de léthargie imposée depuis plus d’un quart de siècle par des impitoyables devanciers. Il serait mieux de se pencher sur les urgences de développement que de se soucier d’éventuels propos d’un homme politique ou d’une réplique d’un collège d’imams en quête de légitimité… politique auprès de la junte.
Pour ainsi adoucir les mœurs et subséquemment se faire absoudre, une autre déclaration datant du 13 février a été rendue public dit-on par la direction nationale du RPG pour flétrir cet « article, on ne peut plus, tendancieux et diffamatoire, écrit contre un leader politique, d’un grand parti de la scène nationale, à qui l’on prête des propos qu’il n’a jamais tenus ». Qu’il soit alors victime ou auteur, Alpha Condé ne semble pas perdre quelque chose. Si ce n’est porter mal l’hommage que lui a rendu récemment le chef de la junte devant l’opinion nationale et internationale.
Par ailleurs à quelques mois seulement avant les élections, il aurait dû prendre la position du collège des imams avec beaucoup plus de finesse et de savoir-faire. Ou s’inspirer, pourquoi pas –il était invité aux USA lors de la convention des démocrates-, de la réaction clairvoyante de Barak Obama vis-à-vis de son mentor spirituel depuis 20 ans, le Pasteur -aux sermons enflammés- qui a bien failli compromettre dangereusement la carrière politique du nouveau maître de la Maison blanche. Mais, l’ancien candidat à la présidence américaine a répondu ceci : « Aussi imparfait soit-il, il est membre de ma famille. Je ne peux pas le renier sans renier la communauté noire… ». Avec une bonne dose d’humilité, Obama a trouvé politiquement prudent, à l’approche de la présidentielle de continuer son bonhomme de chemin, comme si de rien n’était. Et aujourd’hui, il est sur le toit du monde.
Pour donc revenir à Alpha et à ses imams, il aurait été plus sage pour l’homme politique de fermer les yeux. Attendu que de toutes les façons, à son arrestation au lendemain de la présidentielle de 1998 pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », seul Monseigneur Robert Sara avait plaidé auprès du défunt Général Conté pour sa libération : « M. le Président, je vous prie humblement de libérer le professeur Alpha Condé… ». Ce signe d’humanisme de l’homme religieux a fait le tour du monde. Pendant ce temps, les autres plaident dans les mosquées pour « la santé et la longévité du Président et de sa famille ».
Cette indifférence, de fait coupable aux yeux de l’ancien citoyen gênant du village de Pinè, dans l’extrême sud de la Guinée, reste à faire payer. C’est pourquoi peut-être Alpha est encore en train de ruminer toujours son agacement vis-à-vis des imams qui, on ne doute point désormais sont passés maîtres dans l’art du lyrisme et des sermons politiques pour forger les dictateurs et autres despotes.
On a souvent déploré certes ce comportement qui infeste certaines mosquées du pays. Mais cela ne justifie point l’acharnement de l’homme politique de la carrure de Alpha Condé sur tel ou tel imam. Ce ne sont pas eux ses adversaires politiques, bien qu’ils fassent de la politique rarement déguisée. Il faut voir plus loin. Ou à la limite changer de religion pour ne pas avoir « honte d’être musulman ».
Qu’il soit auteur ou non de la déclaration qui fait tant de bruits actuellement, Alpha Condé devrait avoir ses soucis ailleurs. Il n’a pas à répondre à un comportement. Quand il sera Président de la République, il pourra bannir toutes ces imperfections de nos religieux et leurs bénédictions pour la « longévité de nos présidents autoproclamés ». Il paraît que Alpha est démocrate. Il faut alors qu’il le démontre par l’acceptation d’autrui, quelle que soit sa position. La reconversion de la mentalité vient plus tard. Peut être même après le départ d’eux tous : religieux affairistes et leaders politiques en décadence. On a, de toutes les façons, besoin d’une autre génération de leaders politiques et de religieux peu ou pas du tout politiques. La vieille garde-là, c’en est déjà assez.
Surtout avec ces genres de déclarations et de contre-déclarations. Le débat doit rester ailleurs. On nous a déjà trop rebattus les oreilles par des tralalas. Çà suffit donc comme cela !
Thierno Fodé SOW
pour www.guineeactu.com