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J’étais de ceux et celles qui ont exprimé, à la suite d’une analyse objective de l’état de la société guinéenne, leur méfiance et leur scepticisme face à l’organisation d’une élection présidentielle précipitée.
Malheureusement, les événements confirment ces craintes.
Ceux et celles qui s’étonnent ou s’indignent aujourd’hui des ratés et des conséquences du premier tour de l’élection présidentielle (il en sera forcement de même au second tour, hélas !!), ont jeté aux « chiens » et accusaient hier de toutes les arrières pensées ceux qui, pour des raisons intellectuelles et objectives, craignaient cette précipitation électorale. Ces intellectuels et ces politiques arrivistes et populistes font aujourd’hui preuve d’incompréhensibles naïvetés quand ce sont des intellectuels, ou d’une dangereuse démagogie quand il s’agit d’hommes ou de femmes politiques.
Pour tout observateur ou acteur sérieux de la société guinéenne, de son histoire, de ses institutions, de ses acteurs politiques et de son tissu social, cette élection ne pouvait être qu’une mascarade dangereuse.
Techniquement, la Guinée n’était guère prête pour organiser cette élection à la date indiquée.
Politiquement, il demeurait évident que cette élection ne saurait permettre à la Guinée d’éviter l’impasse politique qui lui pointait au nez.
Ajouter à cela le fait que la Guinée est devenue le pays de l’improvisation, de l’impréparation, de l’inorganisation institutionnelle et fonctionnelle.
Il suffisait ainsi de vouloir pour que cela soit. Hélas !
Qu’est ce que c’est que ce pays qui n’est pas capable de respecter en termes d’organisation et de fonctionnement les règles qu’elle s’est fixée elle-même.
Du début de ce processus électoral à ce jour, ce pays se ridiculise aux yeux du monde.
Ceux et celles qui prennent les déclarations de la communauté internationale se réjouissant du déroulement apaisé du vote comme un motif de fierté nationale, sont en réalité des guinéens qui n’ont pas une haute idée d’eux mêmes.
Comment peut-on se réjouir d’une telle élection ? Sauf à considérer que les guinéens étaient des sauvages et qu’ils n’étaient même pas capables d’aller voter !
Car en réalité que disent ces déclarations ? Elles disent que les guinéens ont pu voter sans s’entretuer entre eux. Qui pouvait en douter ? Pas moi. Puisque là ne résidait le souci !
Le problème est bien après.
Par ailleurs, est-ce une surprise quand l’Etat violent est devenu un monstre absent et qu’on a fait une cogestion du processus électoral.
Mais surtout ce n’est rien comprendre à la position de ceux qui étaient contre cette précipitation électorale que de croire qu’ils considéraient les guinéens incapables de se mobiliser en masse, sans s’entretuer le jour même.
Moi je n’ai jamais douté de la capacité des guinéens à aller voter en masse.
Mais le problème du processus électoral guinéen ne se trouvait pas là.
Puisque le but d’une élection c’est de trancher une question, une problématique, un enjeu, en l’occurrence celle de ‘acquisition et de la détention le pouvoir politique national. Autrement dit un processus de délégation et de légitimation du pouvoir.
Ce qui fait du processus électoral une dynamique en chaîne qui n’a de sens qu’en évitant la discontinuité des facteurs légitimant. Surtout en période de transition !
Ainsi, on ne saurait juger de la réussite d’une élection transitoire par le simple taux de participation.
Surtout dans un pays qui attend des élections démocratiques depuis des décennies.
Et tout politologue sérieux sait que le désenchantement démocratique n’est un souci pour l’instant que pour des sociétés déjà démocratiques.
Qu’à cela ne tienne, l’élite politico-économico-administrative, avait décidé du haut de sa certitude qu’il fallait aller aux élections, aidée dans cette forfaiture intellectuelle et politique par une communauté internationale dogmatique et des intellectuels peu rigoureux, populistes et partisans.
Leur irresponsabilité place aujourd’hui ce pays dans une situation autrement plus complexe et plus dangereuse qu’avant les élections.
Si on devait résumer la situation actuelle en Guinée, on pourrait dire qu’à la fin du processus électoral, si on n’y prend pas garde, la Guinée sera encore plus divisée qu’elle ne l’était. Et qu’on aura des institutions légitimement plus contestées, fragiles et peu productives.
Au-delà des concerts de démagogie et d’hypocrisie qui caractérisent ce pays, au point d’en faire la risée du monde, il serait plus intéressant de faire une analyse plus sérieuse de ce qu’il faut bien appeler l’échec du 27 juin.
Il y a globalement trois leçons à tirer de ce processus électoral guinéen :
- 1ère leçon : Les conséquences d’une erreur politique majeure
On a oublié en Guinée un principe politique fondamental : l’Etat effectif et neutre demeure le garant et un acteur essentiel du processus démocratique. L’Etat est pour la démocratie ce que l’autorité parentale reste pour les enfants. Son absence peut se concevoir, mais ce sera au prix du désordre institutionnalisé.
Il est vrai que l’histoire politique guinéenne nous a plutôt fait connaître des institutions étatiques partisanes, douteuses et défaillantes. Mais, au lieu de s’atteler en période de transition à pallier à ce défaut, on a préférer substituer à l’Etat des partis politiques et une société civile, tous aussi partisans et aussi douteux que les structures étatiques qu’on a essayé de contourner.
A tel point qu’une des leçons du premier tour de l’élection présidentielle est d’avoir eu droit aux partis fraudeurs à la place de l’Etat fraudeur dans les régimes précédents. Ce que les agents de l’Etat faisaient hier pour le candidat Président, est aujourd’hui fait par les agents des partis politiques.
Chaque parti avait son dispositif de fraudes et de triches.
S’il fallait encore une preuve de cette leçon politique, les guinéens doivent savoir qu’on ne peut pas remplacer l’Etat par un conglomérat de structures partisanes. Les Partis politiques ne font pas l’Etat, encore moins son rôle agent politique central et neutre.
Mais en Guinée, on préfère remplacer que soigner ! On payera l’addition plus tard.
- 2e leçon : Quand la cour suprême rate l’histoire
La crédibilité et la légitimité des institutions naissent plus souvent de leurs propres comportements que des normes qui les fondent.
La cour suprême guinéenne a raté une occasion historique de marquer son existence.
Le principe de sincérité est au cœur de toute élection démocratique. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’élection du 27 juin a perdu tout facteur de sincérité.
Pour tout juriste sérieux, le contentieux électoral qui a été soumis à la cour suprême était d’une simplicité biblique, en termes de droit !
Voilà une élection pour laquelle la seule chose qui fait l’unanimité, c’est que les fraudes et les irrégularités de toute sorte ont été massives. Des partis politiques, mêmes les gagnants, à l’institution chargée d’organiser l’élection, jusqu’au gouvernement ou ce qui en reste…, tout le monde est d’accord pour dire que cette élection fut un festival de fraudes et de manquements à la loi électorale.
Saisie, que devait faire la cour suprême ?
Un étudiant de première année de droit connait la réponse.
Il fallait purement et simplement annuler cette élection !
Cette décision était la seule qui soit juridiquement logique et correcte.
Politiquement, s’il fallait trouver un sens politique à une décision juridique, cela apprendra aux fraudeurs, aux tricheurs que désormais en Guinée, la loi est faite pour être respectée.
En ne le faisant pas, la cour suprême non seulement n’a pas dit le droit, elle a complexifié la problématique et en plus elle s’est totalement décrédibilisée !
- 3e leçon : les maladresses de la communauté internationale
De cette mascarade guinéenne, la communauté internationale doit tirer une leçon de modestie.
Elle doit comprendre qu’on ne gère pas des situations politiques et sociales d’un pays avec des dogmes.
Elle a poussé, avec bien sûr la complicité de l’élite guinéenne, à cette élection précipitée.
Elle ne se dédira pas. Elle préfère jouer à l’encensement hypocrite.
Pourtant sa responsabilité politique est engagée aussi. Même si les premiers responsables demeurent les responsables politiques guinéens.
Il est étonnant de voir émerger aujourd’hui des idées qui auraient pu être mises en œuvre avant le processus électoral.
Mais que dis-je, j’avais oublié qu’on était en Guinée. Dans ce beau pays, on met toujours la charrue avant le bœuf !
Dans ce pays, les lois sont faites pour ne pas être respectées !
Dans ce pays, on tire sur des cibles et on vise après !
Pauvre Guinée, que tes fils et filles sortent de la fiction, et osent regarder l’état de déliquescence de leur société.
Des mots que des mots. Assez, mettez-vous au travail et cessez de faire de ce pays la risée du monde !
La démocratie, ça se pense, ça se discute, ça se construit et çà se vit !
Mais la politique d’une Nation ne s’improvise pas !
Avis aux amateurs, l’histoire vous guète !
Diaby Kalifa Juriste
www.guineeactu.com
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