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Le Président de la République du Sénégal, pays le plus anciennement démocratique de l'Afrique de l'Ouest, seul pays qui n'a connu depuis près d'un demi-siècle (49 ans) que l'alternance démocratique au pouvoir, se met brusquement à adouber les auteurs de coups d'Etat dans des pays voisins: Mauritanie et Guinée.
Et cela pour la Guinée, contre la position officielle de l'Union Africaine (UA), de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), de l'Union Européenne (UE), des Etats-Unis d'Amérique etc. Mais c'est qu’au départ de ses déplacements à Conakry, M. Wade parlait de médiations dans le règlement de la crise guinéenne. Le médiateur est devenu partisan fieffé du putschiste Dadis qu'il appelle désormais son fils et qui l'appelle en retour papa. Dans un contexte d'ingérence grossière dans les affaires guinéennes et d'un mépris total pour les Guinéens et pour l'opposition politique guinéenne, M. Wade ne cache même plus son soutien appuyé à Dadis. Plusieurs explications ont été avancées sur cette démarche d'un homme qui avait longtemps lutté en opposant politique dans son pays avant d'accéder à la magistrature suprême. Mon explication du parti pris de M. Wade n'est qu'une hypothèse et non une accusation. Elle repose tout de même sur ce qui se dit et s'écrit sur la gestion du Sénégal par "Gorgui", comme l'appellent certains Sénégalais. De nombreux exemples sont de plus en plus cités pour parler d'une Administration Wade plus calamiteuse que jamais. Le journaliste sénégalais Abdou Latif Coulibaly a écrit récemment un brûlant dossier sur la gestion de l'ANOCI (Agence Nationale de l'Organisation de la Conférence Islamique) dont le Président du conseil de surveillance n'était autre que Karim Wade, le fils du Président sénégalais. Abdou Latif Coulibaly se livre à une analyse comptable minutieuse de ce dossier dans un ouvrage récent : « Contes et mécomptes de l'ANOCI » (Edit. L'Harmattan et Sentinelles, 2009) .On sent au bout de ce livre de futurs audits sur la gestion de cette affaire et d'autres. A.L. Coulibaly a déjà publié d'autres ouvrages sur la gestion du pouvoir par M. Wade dont « Wade, un opposant au pouvoir, l'alternance piégée » (Ed. Sentinelles, 2003). Tout cela fait des casseroles à traîner lorsque M. Wade ne sera plus au pouvoir. Il ne pourra pas compter pour sa protection politique et juridique sur ses anciens Premiers Ministres (dont Niasse, Idrissa Seck, Macky Sall) avec lesquels il est fâché pour ne pas dire plus ; d'où cette stratégie de pousser son fils Karim à sa succession. Il fallait commencer par le placer à la mairie de Dakar en mai dernier, comme tremplin pour la présidence. L'échec de cette tentative a été retentissant. Et rien ne paraît, à présent certain sur ce plan. Alors contrairement à la logique de tout Président démocrate, et c'est mon hypothèse, M. Wade se met à soutenir les auteurs de coups d'Etat de la sous-région (Mauritanie, Guinée), comme une sorte d'invitation à l'Armée sénégalaise , la plus légaliste de l'Afrique de l'Ouest, à imiter l'exemple mauritanien et guinéen en faisant un coup d'Etat; lui-même n'étant pas sûr d'une reconduction, à plus de 86 ans en 2012. Si une éventualité de putsch se produisait et que la victime s'en montre compréhensive comme il l'a fait envers les putschistes de Mauritanie et de Guinée, les nouveaux maîtres du pays lui en sauront gré. Et il aurait des chances d'échapper à des éventuels poursuites judiciaires et audits que brandissent déjà ses opposants au Sénégal. Au fond, une sorte de la politique de la terre brûlée. Dans cette hypothèse, il faut que Dadis et ses compagnons sachent qu'ils ne sont que des instruments, rien d'autres, dans les mains de M. Wade pour ses propres intérêts dans son pays .Les promesses de vent qu'il leur fait de plaider leur cause auprès de la CEDEAO et ailleurs, où l'on doit être agacé de sa démarche solitaire alors qu'il existe un Groupe international de contact sur la Guinée, resteront sans suite. Ce qui fonde à dire cela est qu'il aurait convaincu d'autres Présidents à venir avec lui à Conakry, le 12 septembre, s'il avait l'influence qu'il laisse croire à Dadis. Mais il n'a trouvé que la Présidente du Libéria à la condition, d'ailleurs, qu'il aille la chercher dans son avion personnel et qu'ensuite, il l'y ramène. La vérité sur l'activisme de M. Wade en faveur de la candidature de Dadis est qu'il est seul. Il sait que les mises en scène faites par son fils Dadis pour le recevoir en y convolant de misérables hommes et des femmes habillés et payés sur le deniers publics pour applaudir, sont fausses. Mais si cela peut servir sa politique au Sénégal pourquoi ne rêverait-il pas là-dessus? Nous, Guinéennes et Guinéens n'en sommes pas dupes.
Ansoumane Doré, Dijon, France
www.guineeactu.com
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