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La nomination de M. Souaré comme « premier ministre » sur recommandation de Mmes Kadiatou Seth et Henriette Conté, paraît être un moindre mal aux yeux de certains de nos compatriotes. Pour cela, ils prennent appui sur les déclarations farfelues d’un soldat d’opérette, un certain adjudant-chef du nom de Claude PIVI. Portant un accoutrement bigarré, couvert de cauris et d’amulettes, il exhibe comme titre de gloire, le stage qu’il aurait effectué en Egypte « dans le plus grand camp criminel… ». Pour ceux que cela intéresse, lire sur les sites guinéens les inepties qu’il raconte. Pour la clarté du débat, il faut préciser que cet adjudant-chef est un ami d’Ousmane Conté, fils de Lansana Conté. Il est également un proche de Mougné DONZO, lui-même commandant de la BASP (Brigade Autonome Spéciale Présidentielle). Et c’est précisément ce Mougné DONZO qui, à la demande de Lansana Conté, a ordonné les massacres de janvier et février 2007. Autrement dit, ce « Coplan » PIVI est en mission commandée : discréditer l’armée dans son ensemble afin de faire paraître Lansana Conté comme un moindre mal. Il est donc dans son rôle. Il est payé pour ça. Il est loyal à son employeur. Reste une question essentielle qui m’intrigue : pourquoi dire, écrire ou laisser croire que ce « Coplan » serait représentatif de l’armée guinéenne ? Il me semble que certains de nos compatriotes ont de notre armée une vision qui date, et qui date de très longtemps. Imaginer l’armée guinéenne d’aujourd’hui comme une bande de soudards à la manière des Lansana CONTE, Mougné DONZO, Mamadou SAMPIL, Baïlo DIALLO, PIVI « Coplan »…, prête à massacrer ses populations pour conserver le pouvoir, c’est méconnaître deux phénomènes majeurs qui traversent l’ensemble des troupes de tout corps. 1. L’armée n’est pas un bloc homogène et c’est tant mieux. Il y a d’abord un renouvellement de génération, même si ce mouvement est à relativiser. Les jeunes ne sont pas forcément des anges et les vieux ne sont pas tous irrémédiablement corrompus. Mais, je ne pense pas me tromper en disant qu’il y a plus de jeunes ouverts à des nouveautés qu’il n’y a de vieux (sans connotation péjorative) disposés à se remettre en question. Dans l’armée d’aujourd’hui, il y a bien une lutte de génération. Celle de Lansana et de ses généraux et colonels corrompus, tous militaro-affairistes de type mafieux menant une guerre sans merci contre les jeunes générations qui ont intégré l’idée que finalement, une armée a à être patriote et républicaine, et qu’elle n’a pas à soutenir un pouvoir rejeté par le pays, même si ce pouvoir est détenu par un des leurs, en l’occurrence Lansana Conté et sa bande. L’émergence de jeunes officiers éduqués (au sens de formés intellectuellement et professionnellement) contrarie l’affairisme mafieux des généraux et colonels. 2. Le deuxième fait majeur qui, selon moi, traverse l’armée guinéenne est plus important. Il est d’ordre culturel, peut-être même philosophique. Là aussi, la lutte est âpre. Les militaro-affairistes en activité ou en « retraite » (généraux et colonels corrompus) souhaitent que l’armée continue d’être une corporation, donc au service de ses membres, tandis que les jeunes officiers et militaires éduqués contestent à leur manière cette vision. Pour eux et à juste raison, l’armée ne doit pas être une corporation, mais une institution fondamentale de la république. En tant qu’institution, elle est au service de la Nation dans sa totalité et non pas au service de ses membres ou d’une famille, ou d’un clan. En effet, une armée qui se considère comme une corporation, est une armée d’occupation, donc des « mercenaires » domestiques. Et c’est cette sale fonction que joue la fameuse BASP dirigée par Mougné DONZO. Ouvrons les yeux. Observons les évolutions incontestables que connaît actuellement notre armée. La surcapacité de nuisance qu’aurait Lansana Conté est de l’ordre de la légende. Elle vise involontairement à apeurer les populations résolues à se débarrasser d’un pouvoir qu’elles n’ont jamais voulu, mais qu’elles subissent. Et les fanfaronnades stupides de « Coplan » PIVI ne sont que du cinéma commandé. Alors, dans la situation actuelle de la Guinée, faut-il laisser le pays dans les mains des héritiers du P.D.G. version Lansana Conté ou rechercher une rupture claire, franche et nette ? Dans l’intérêt de notre pays, c’est d’une rupture radicale, franche et nette que viendra le salut. La rupture molle souhaitée ou attendue est une imposture. Car il s’agirait alors de demander à ceux qui ont abîmé le pays de mettre en chantier le processus au terme duquel il leur sera demandé des comptes sur les dommages qu’ils ont infligés à nos compatriotes. Pourquoi voulez-vous que M. Lansana CONTE ou M. Mougné DONZO acceptent d’eux-mêmes de fournir les détails du plan de massacre de Janvier et Février 2007 qu’ils ont organisé ? Imaginez-vous un instant que le nouveau PM, M. SOUARE puisse faire la lumière sur la disparition de l’entreprise de carburant (ONAH) dont il était le directeur ? Ou sur les salaires versés aux 13000 fonctionnaires fictifs de son ministère ? Ou encore sur la destination des budgets autoroutiers (qu’il ne peut pas ignorer) ? Je suis intrigué par les préjugés nourris contre l’armée guinéenne, comme si elle était un bloc monolithique dépourvu de tout sens de la patrie. Je ne pense pas être un militariste forcené, ni un inconditionnel des coups d’Etats. Mais il faut reconnaître qu’il y a des coups d’Etat salutaires. Au Mali, ce sont des militaires qui ont fait un coup d’Etat salutaire contre un des leurs afin de rendre à leur patrie sa dignité. En Mauritanie, ce sont d’autres militaires qui, en renversant un des destructeurs de leur pays, ont rendu possible une certaine liberté de choisir celui à qui les Mauritaniens désirent confier leur destin pour une certaine durée. Ces exemples sont applaudis par tous les Guinéens, et au-delà par tous les Africains. Au fond, les militaires maliens ou mauritaniens seraient admirables et les nôtres méprisables. Je continue de penser qu’il y a dans cette armée et gendarmerie plus de républicains et patriotes qu’on ne l’imagine, même s’ils sont piétinés par le clan des généraux et colonels corrompus Concernant l’armée guinéenne, on vient doctement nous expliquer que les militaires guinéens, parce que ce sont eux, sont incapables du moindre patriotisme et dépourvus de tout sens républicain. La mise en scène de « Coplan » PIVI a atteint un premier objectif : fournir des arguments aux détracteurs de l’armée républicaine et patriote. Je souhaite que les jeunes officiers (commandants, capitaines, lieutenants, sergents…) ainsi que les hommes de troupe de l’armée et de la gendarmerie prennent leur distance avec les généraux et colonels corrompus. C’est à vous, patriotes en uniformes qu’il revient de rendre possible la Rupture Radicale, définitive et franche. Il faut cesser de se cacher derrière sont petit doigt. J’appelle de mes vœux un renversement salutaire de Lansana Conté et de son régime. Vous pouvez compter sur moi. Je ne suis pas seul. Mamadou Billo Sy Savané (France) pour www.guineeactu.com
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