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Il y a quelques jours, a circulé un projet d’ordonnance modifiant la constitution et le code électoral et tendant à faire organiser conjointement les élections par la CENI et le MATAP. Devant le tollé général soulevé par le projet en raison notamment de son inconstitutionnalité et de son but politique (soutenir la candidature de Alpha Condé), le Premier Ministre, Jean Marie Doré, y a renoncé et a proposé plutôt un projet de décret d’application de l’article 2 du code électoral qui dispose que la CENI est assistée techniquement dans sa mission par les Départements ministériels concernés par les élections dont le MATAP.
En fait, se voulant stratège politique et faisant de l’esprit, le Premier Ministre veut transformer l’ordonnance en décret d’application du code électoral et ainsi contourner le CNT dont l’opposition virulente l’a obligé à reculer. Conscient de l’irrégularité de sa démarche, le Premier Ministre a accompagné sa déclaration d’interdiction des manifestations de rue dont il a instruit le Ministre de la Sécurité.
Sur le plan formel, il ne s’agira plus d’une ordonnance mais d’un décret d’application dont l’initiative et l’adoption relève de la seule compétence de l’exécutif, sous réserve d’un recours pour excès de pouvoir devant la Chambre Constitutionnelle et Administrative de la Cour Suprême.
Sur le fond, il s’agira pour le Premier Ministre de reprendre dans le projet de décret les dispositions du projet d’ordonnance sur ses principaux points, à savoir :
- l’audit du système informatique de la CENI, occasion de manipuler les chiffres en faveur du candidat Alpha Condé, comme on l’a découvert au premier tour avec Monsieur Clément de la SAGEM ;
- la logistique, c'est-à-dire notamment le transport des urnes et la transmission des PV de vote, autres occasions de substituer aux urnes réelles des urnes fictives bourrées de bulletins de vote favorables au candidat Alpha Condé et d’établir de nouveaux PV de vote à partir des PV vierges. L’éloignement des sous-préfectures des chefs lieux de préfectures crée les conditions idéales de telles manœuvres.
Dans le cas d’espèce, le comble est que c’est l’assistant technique (le Premier Ministre pour le compte du MATAP) et non l’assisté (la CENI) qui définit son rôle.
Dès lors, la modification de la constitution en violation de l’article 156 alinéa 2 sera effective en cas de signature du décret par le Président par intérim : les missions conférées par le Premier Ministre au MATAP n’ont pas été prévues par le code électoral. Ce n’est pas interpréter l’article 2 du code électoral que de dépouiller l’assisté (la CENI) au profit de l’assistant technique (le MATAP).
La loi organique devant déterminer la composition, l’organisation et le fonctionnement de la nouvelle CENI dans la constitution de 2010 (article 133) n’a pas encore été élaborée. On ne peut dans ces conditions rédiger un décret d’application de l’article 2 du code électoral de 2010 relativement aux attributions de cette nouvelle CENI.
Au demeurant, il existe un protocole d’accord entre la CENI et le MATAP qui fait corps avec tout l’arsenal juridique mis en place avant le scrutin du 27 juin 2010. C’est cet ensemble de textes qui doit régir le second tour du 19 septembre 2010.
Par ailleurs, il importe de rappeler que la Commission ad hoc mise en place par les acteurs de la Transition, à l’initiative du CNT, a identifié les disfonctionnements du premier tour et proposé des solutions. Il s’agit de demander à la CENI de procéder aux corrections et non d’élaborer une nouvelle règlementation du scrutin du 19 septembre 2010. Or, la CENI a déjà déclaré y avoir procédé, comme l’augmentation du nombre des bureaux de vote pour les rapprocher les électeurs.
Les partis politiques, la société civile et tous les démocrates doivent s’opposer à la signature du décret préparé par le Premier Ministre. Ce serait une modification pure et simple de la constitution et du code électoral en violation de l’article 156 alinéa 2 de la constitution.
Tous les partis politiques ont accepté d’aller au scrutin du 27 juin 2010 dans les conditions qui prévalaient à cette date. On ne peut changer les règles de l’élection entre les deux tours.
Garantissons la sérénité, la sincérité et la régularité du scrutin du 19 septembre 2010 pour offrir aux Guinéens une sortie de crise apaisée.
Maurice Togba ZOGBELEMOU Directeur de campagne de l’Alliance Cellou Dalein Président, chargé des affaires juridiques et du contentieux
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