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L’Association des magistrats de Guinée a décidé de cesser toute activité professionnelle à compter de ce lundi, pour protester contre la non satisfaction de sa plateforme revendicative. Un mouvement de grève auquel se sont ralliées les autres corporations de l’appareil judiciaire.
C’est à l’unanimité que l’Association des magistrats de Guinée (AMG), élargie au Barreau, à la Chambre nationale des Huissiers et des Notaires, a adopté la résolution demandant à tous les professionnels de la justice de suspendre leurs activités à compter de ce lundi sur l’ensemble du territoire national, ce jusqu’à la satisfaction totale et entière des points de revendication contenus dans leur mémorandum du 13 mai 2009. Mémorandum dont le contenu était axé sur la suppression du Secrétariat d’Etat chargé des conflits et du bureau des investigations judiciaires. Le chef de la junte avait alors profité d’une rencontre avec l’Ordre des Avocats au camp Alpha Yaya Diallo pour promettre d’apporter satisfaction à leurs doléances. Chose qui avait fait retomber la tension. Dans la foulée, une commission sera mise en place pour élaborer une mouture de textes portant sur la situation des professionnels de la justice guinéenne. Des textes qui devaient être transmis au président de la République afin que le Statut particulier de la justice voie enfin le jour. Mais, l’Association des magistrats qui s’attendait à une réaction immédiate dans ce sens, a fini par perdre patience. C’est le moins qu’on puisse écrire avec le mouvement de grève qui vient d’être déclenché paralysant tout le système judiciaire. Les propos sarcastiques du Secrétaire d’Etat chargé des Conflits le lieutenant Issa Camara parus ces derniers jours dans la presse, ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les hommes en robe noire accusent en effet M. Issa Camara de s’être lancé dans une véritable campagne de dénigrement contre tout le système judiciaire. C’est ainsi qu’ils ont déterré la hache de guerre. Le chef de la junte qui a voulu prendre le taureau par les cornes a au lendemain de l’assemblée générale des magistrats, pris un décret portant interdiction aux militaires et membres du CNDD de donner des interviews dans la presse et d’interpeller des citoyens sans autorisation préalable reçue du ministre de la Défense. Cette dernière mesure vient à point nommé, vu les exactions dont de nombreux civils sont victimes de la part d’hommes en uniforme depuis l’avènement de la junte au pouvoir en décembre 2008. La pression de l’association des magistrats a donc produit ses premiers effets. Le capitaine Moussa Dadis Camara qui avait jusque là fermé les yeux sur les agissements de certains éléments de l’armée y compris des hauts gradés, vient donc de donner un coup de semonce dans les rangs de la grande muette. Une façon de rappeler aux hommes en uniforme que les civils ne sont pas leurs sujets. Pourtant au départ Dadis s’obstinait à reconnaitre les gaffes des militaires. Allant jusqu’à dire que les soldats sortent des casernes parce que l’armée manque d’argent. Un lapsus révélateur de l’indifférence que le pouvoir affichait face aux exactions contre les civils. Il a fallu que les magistrats sonnent la charge pour que Dadis prenne la mesure de la situation. Les robes noires ont sans doute tiré les leçons du débrayage récent des chauffeurs de taxi. Un mouvement qui avait porté fruit, le chef de la junte ayant réduit considérablement le prix de la taxe unique sur la vignette (TUV), qui est passée de 300.000 Fg à 100.000 Fg, pour les taxis. Aujourd’hui, nombre d’observateurs pensent que Dadis a une ‘’phobie des contestations.’’ Et que pour le faire plier, il suffirait de le mettre sous pression. Et voilà le tour est joué. C’est dans cette brèche que les magistrats pourraient s’être engouffrés. Cependant il y a à se demander s’ils auront le dessus dans ce bras de fer. En obtenant la tète de Issa Camara. Si jamais le secrétariat aux conflits était amené à disparaître, le mouvement des robes noires aura réussi un tour de force. Il ne leur restera plus qu’à tirer les leçons de ce qu’on leur reproche de la façon dont l’appareil judiciaire fonctionne, pour se débarrasser des branches pourries. Afin que le peuple reprenne confiance en sa justice. Et pour conduire ces réformes qui nécessitent de gros moyens humains et matériels, le rôle du CNDD sera capital.
Mamadou Dian Baldé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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