 |
Où va Dadis ? Le sait-il lui-même ? L’ « ombre du 23 décembre 2008 » qui avait suscité tant d’espoir a beaucoup déçu. N’avais-je pas écrit que la solidarité à la guinéenne ne jouait qu’en cas de succès ? Nous constatons que les plus chauds courtisans de Dadis ont pris un coup au moral ! On pourrait paraphraser un écrit célèbre en affirmant désormais que « lorsque Dadis paraît, son cercle de flagorneurs se rétrécit sans grands cris… ». Les liens se relâchent car certains ont coupé bien des lianes.
Nous voulions un changement dans la discipline après Conté, nous avons une continuité dans la pagaille avec Dadis, Président capitaine (tout porte à croire qu’il préfèrerait cette appellation plutôt que celle de Capitaine président ! En effet, il aurait pu s’auto grader « Général », mais il s’est contenté (modestement ?) de s’autoproclamer Président de la République. Pour lui faire plaisir, alourdissons inutilement ses titres par la formule locale paradoxalement chère mais sans valeur de chef de l’Etat.
N’est-ce pas symptomatique que le CNDD soit tourné en dérision par les habitants de Conakry qui déclinent en langue Soussou ce sigle par « Conté Nan Dadis Doohkhi ! » (C’est Conté qui a installé Dadis !) ? Par sa façon de diriger le pays, on ne peut même pas dire que Dadis est politiquement borgne (un seul mais bon œil valant mieux que de mauvais yeux !). Sa myopie est proche de la cécité. Il fait du n’importe quoi sans ligne directrice précise. Ses caprices sont hors du commun : arbitraire, toquade, coup de tête, etc. Il serait capable d’une telle colère qu’il serait prudent, pour amortir tout coup, d’être casqué lorsqu’on est à côté de lui !
Par son comportement (colère et décision solitaire), Dadis semble être un dictateur né. Ses prédécesseurs étaient également des dictateurs mais avec des différences notables: Sékou avait appris, en autodidacte, à être dictateur mais comme il était plus intelligent qu’intellectuel, il avait assimilé très vite ses leçons de cruauté au point de sauter des classes et exceller en travaux pratiques. Quant à Conté, il a été forcé et forgé par son clan pour devenir dictateur. Il était, bien que taciturne, affairiste et ombrageux. Il fut un chef qui n’a jamais montré à son peuple le visage de la miséricorde ! Pauvre Guinée !
A chaque dirigeant guinéen, on pourrait associer un symbole, dans n’importe quel domaine de la vie politique, économique, sociale, culturelle, etc. Par exemple en matière d’équipement automobile et de cadeaux à faire, quand on pense à Sékou, on se souvient des voitures « Mercedes ». Pour Conté, c’étaient les « Pajero ». Avec Dadis, la voiture est particulière : c’est un hélico dont je n’ai pas envie de retenir la marque! Pense-t-il à fuir en cherchant un asile argenté ? Pourquoi Dadis a-t-il rattaché toutes les sources de sous à la Présidence ?
Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas contre Dadis en tant que tel ! Je suis déçu par sa façon de conduire ce qu’il est convenu d’appeler la transition. J’ai la douloureuse impression qu’il la gène plus qu’il ne la gère ! Au départ, il avait toutes les chances de mieux réorganiser notre pays. Il était acceptable et accepté. Aujourd’hui, il apparaît insupportable mais il cherche à se maintenir au pouvoir.
Je ne sais pas si c’est parce qu’il est limité (bagage intellectuel médiocre, inexpérience pour le commandement), ce qui n’est pas trop grave, mais Dadis a commis dès le début, non pas une erreur tactique mais une faute stratégique : un chef ne doit pas être bavard, surtout quand il est peu doué, mais être à l’écoute de son peuple. Dans son monologue officiel, Dadis utilise une seule langue, le Français, mais tient un double langage : d’un côté, il rassure la communauté internationale en prétendant organiser des élections avant la fin de 2009 ; de l’autre, il s’efforce, malgré ses engagements, à vouloir rester aux commandes du pays.
A l’intérieur du pays, Dadis a réussi à acheter la bénédiction de certains religieux qui monnayent leurs récitations coraniques pour se remplir le ventre. Ces soi-disant dignitaires ont perdu toute dignité et font honte à leur communauté qu’ils ne représentent en aucun cas ! Honte à ces faux dévots qui se prosternent, pour de l’argent, devant le chef d’Etat du moment au lieu d’adorer en permanence l’Eternel !
A l’extérieur du pays, Dadis essaie de regrouper les Guinéens. Mais c’est le dégroupage total ! Car il s’est appuyé (a-t-il été trompé ?) sur un ramassis d’opportunistes qui seraient en mauvaise posture matérielle. Ces diaspos, embarqués depuis des décades dans une odyssée aussi minable qu’interminable n’ont jamais été des traits d’union mais des facteurs de division des Guinéens dits de l’extérieur. C’est pénible de constater que malgré la rime, vieillesse ne soit pas toujours synonyme de sagesse.
Pendant ce temps, le pays sombre….
Dadis reconnaît lui-même ne pas pouvoir assurer la sécurité des Guinéens. C’est le comble ! Que n’a-t-on dit sur le retour de cette sécurité ! Pivi n’est-il apte qu’à une sécurité « résiduelle », celle de Dadis et du harem de Conté ? On aurait fait du camp Alfa Yaya une « caserne close ». C’est l’effondrement moral !
Dans son obsession sécuritaire, on demande aux militaires de jurer fidélité, non pas à la nation, mais à Dadis et à Sékouba, Coran et Bible à l’appui ! Pourquoi ne pas ajouter la Torah, pendant qu’on y est ? (Je connais personnellement une famille juive en Guinée).
Au fait, je me demande qui dirige actuellement la Guinée. Dadis règne mais, me semble-t-il, c’est Sékouba qui gouverne avec l’appui de certains qui sont tapis dans l’ombre. J’ai mal à ma Guinée ! Comment peut-on prendre au sérieux un pays dont les dirigeants actuels ou passés ne sont connus que par des surnoms dont ils raffolent ? En voici un échantillon : Dadis, Toto, Coplan, El Tigre, Idi Amin, Gaucher (quelle maladresse !), Thermite (c’est vrai que le pays produit de la bauxite) que certains remplacent par Termite, plus adapté à l’état d’un pays à la fois minier et miné…
C’est à croire qu’une malédiction s’est abattue sur la Guinée qui n’aurait d’attrait que pour ses potentialités minières. Il est significatif de constater que même un ancien Premier Ministre a présenté son parti politique à l’extérieur du pays qu’il prétend diriger. Présentation étonnante : ce serait un parti extraverti (j’aurais préféré qu’il soit introverti), inéluctablement au centre (de toutes les magouilles ?), ne voulant pas d’une pauvre nation (s’adaptant à une nation appauvrie ?) dont le premier congrès se tiendra près d’une frontière (sécurité oblige ?). L’emblème de ce parti est, comble de l’ironie, la banane (variété et maturité non précisées) et le maïs frais. Gare aux peaux de bananes bourratives ! On risque de nous rouler dans la semoule sans avoir goûté au « moni kalaman », au pop corn ou à la polenta !
Bon appétit si vous êtes à table !
Ibrahima Kylé Diallo
Directeur de www.guineenet.org partenaire de www.guineeactu.com
|
 |