mardi 28 avril 2009
Bonjour Conakry !
Jacques Kourouma

Et j’en viens au récit de mon séjour, qui n’est pas pour lui faire plaisir.

 

Mercredi 8 avril 2009, il est 02h48 lorsque je descends du Boeing 737 de Royal Air Maroc. Un vent chaud m’embrasse déjà. La température affiche, en ce petit matin plus de 25°C. Je presse les pas pour sauter du bus qui assure la liaison entre l’aire d’atterrissage et le hall. Je suis surpris par le calme qui règne à l’intérieur. Il traduit agréablement l’ordre instauré par rapport à autrefois où le hall bouillonnait de monde composite, qui des voleurs,  des militaires ou encore des parents venus accueillir leurs frères et sœurs. Maintenant, c’est presque le désert respectueux du voyageur qui vient ou revient à Gbessia.

 

Il m’a fallu à peine dix minutes pour récupérer mes bagages (deux valises). Avant, c’étaient des heures d’attente. Le passage à la frontière s’effectue le plus simplement au monde, comme partout ailleurs. Les fouilles humiliantes d’hier ont subitement disparues !

 

Je ne vois point de militaires en treillis rafistolés, les pieds portant des « tapettes », mais des gendarmes, chemise blanche et pantalon kaki, des douaniers vêtus de bleu, ainsi que des policiers. La frénésie des « débrouillards », qui monnayaient les chariots, n’est plus. Ces rabatteurs qui proposaient leur service pour prendre les bagages, ne circulent plus, ici.

 

Gbessia est désormais accueillant. Je passe la douane.

 

Dehors, un petit monde venu sûrement pour accueillir leur parent. Plus loin, le parking privé coûtant 3000FGN par voiture qui y stationne. Mais ce véhicule reste sous la responsabilité du propriétaire.

 

Au pied des poteaux électriques, je remarque des jeunes gens endormis. Qui sont-ils ? Des étudiants qui, faute d’électricité en famille, viennent y préparer les examens. J’ai un pincement au cœur : Qu’ont-ils apporté au pays, tous ces gouvernants dont certains sont reversés dans la politique aujourd’hui, me dis-je ? Regarder cette jeunesse avide de savoir et consciente de l’enjeu de la vie globalisante : être bien formée pour devenir actrice de développement du pays. Tel semble être leur objectif. Elle sait que seul le travail paie, même si le système Conté avait pour slogan : « baraka fisa bac bhè » (Entendre la baraka vaut plus que le baccalauréat).

 

Maudits soient ces prêcheurs de l’immoralité et de la médiocrité !

 

Je m’engouffre dans la voiture qui m’attendait. En sortant, je découvre un rond point au-dessous duquel se trouve un petit tunnel permettant de désengorger la voie conduisant vers Kindia. Signe de progrès à l’actif de Lansana Conté. Et je dis : « Nos gouvernants pouvaient développer mon pays s’ils avaient eu la volonté ! »

 

Nous continuons la route, le chauffeur se fait guide. Nous circulons sur l’autoroute, en ce petit matin. Nous dépassons des jeunes noctambules qui se promènent allègrement. Ah, la Guinée, mon pays, pour lequel je me bats depuis longtemps. Elle est toujours surprenante !

 

Mes compatriotes traversent, sans se soucier, en tout endroit de la chaussée. Ils enjambent les garde-fous, s’exposant ainsi à tous les risques. Certains sont assis sur les séparateurs des voies, au tournant des échangeurs, des amoureux s’enlacent, oubliant le danger qu’ils courent. La sécurité routière a-t-elle un sens dans ma Guinée ?

 

J’apprends qu’il y a eu de nombreuses victimes à cause de cette inconséquente conduite des piétons. Parfois, des chauffeurs ne s’arrêteraient pas, si l’accident se produit à l’abri des regards et nuitamment. A qui la faute ? De l’absence  d’éducation civique ? La sécurité routière peut-elle ramener les imprudents piétons à la raison ? Nous quittons l’autoroute.

 

Nous dépassons Koloma, la RTG est à ma droite et l’ambassade des USA à gauche. Un peu plus loin, le chauffeur ralentit en m’indiquant un emplacement : «Ici, l’on trouvait de grosses cylindrées, celles des narcotrafiquants, il n’y avait pas de place en cette heure pareille, mais tout ce monde a disparu depuis le début de la lutte contre les narco.» Je relève cette précision. Et il enchaîne, l’avènement du CNDD a fait disparaître des habitudes :

 

« - Ce quartier, nous descendons une pente, était le théâtre de tirs nocturnes, sans que nous ne soyons en guerre. Des rafales de balles sifflaient des nuits entières, sans que l’autorité fasse quelque chose. » Je note aussi cette remarque.

 

- Qu’en est-il réellement aujourd’hui, demandai-je ?

 

- Tu n’as pas vu que les gens se promènent tranquillement ? (Juste réponse)

 

- Si !

 

- Ce n’était pas le cas, il y a quelques mois, mon frère !  C’est grâce au CNDD ! »

 

Je veux en savoir un peu plus. Je lui demande de dévier de direction et prendre celle de Kaloum, avant de rentrer dans ma commune de résidence : Ratoma.

 

Qu’est-ce que Conakry aurait pu être une belle capitale, si des patriotes avaient eu à gérer mon pays ! Roulant sur la transversale, j’observe le serpentement de la lumière qui éclaire la voie. C’est beau et féérique ! L’obscurité, enveloppant les quartiers détendus, endormis et silencieux, donne à cette clarté, une telle intensité qu’elle accroche le regard du noctambule que suis-je devenu.

 

Nous arrivons au rond point de Belle vue. L’éléphant d’Asnavie et de Kouyaté trône, regard figé en direction de la « case », ancienne résidence (secondaire de Sékou Touré ?). Nous prenons la Corniche, après avoir laissé Dixinn Bora, fief du controversé patron du patronat guinéen, sur ma gauche. Je voulais savoir si Aïcha, la joueuse de cauris de feu Lansana Conté, garde toujours sa villa. Je la dépasse, quelques minutes plus tard. Elle jouxte, m’est-il indiqué, avec celle d’une fille adoptive du président décédé. Je ne cherche pas à savoir laquelle ?

 

Pont 8 novembre, un barrage de contrôle de routine, sûrement. Le militaire fait signe d’arrêter. Le chauffeur s’exécute. L’homme en treillis s’approche de notre voiture, salut militaire et demande nos pièces d’identité. Le contrôle est terminé. Une autre statue d’Asnavie, œuvre souterraine de Kouyaté, supplante le carrefour. En face du Palais du peuple, le jardin du 2 octobre, récemment rénové. Il accueille la foire en cours. La fatigue m’étreint, je demande de rebrousser chemin.

 

En route ! Nous arrivons dans Ratoma. A un carrefour, le chauffeur me dit : « Cet endroit était un haut lieu de la prostitution. »

 

- Et maintenant ?

 

- C’est fini, du moins visuellement. »

 

Au Carrefour Lambanyi, un nouveau barrage : contrôle de pièce d’identité, et nous continuons notre chemin. Je rentre en paix dans ma cour, sans avoir été attaqué. Une première impression qui me rassure. Pourquoi ?

 

Lorsque j’avais dit à certains compatriotes que mon avion atterrissait, au petit matin, à Gbessia, ils m’avaient conseillé de passer le restant de la nuit à l’aéroport, contre le risque d’attaque de bandits.

 

Je ne fus ni inquiété, ni dérangé par qui que ce soit, durant mon parcours. La présence nombreuse de jeunes noctambules, même dans l’obscurité la plus noire, venait à contre-courant de cette presse qui construit un échafaudage de mensonges, pour discréditer la gestion des nouvelles autorités.  

 

Une autre facette de cette nuit de prise de contact avec ma capitale, la nôtre ! Le long du trajet, dans les quartiers, aux bords des routes, c’est cette partie de la Guinée qui ne dort pas aussi : les soudeurs. Ces artisans, sans relâche, travaillent de nuit, le seul moment où ils sont servis en électricité. Ces travailleurs de nuit me font croire que si demain le pays remarche sur les pieds et non la tête, il pourra s’envoler rapidement et prendre la même vitesse de développement que les autres nations que nous envions aujourd’hui.

 

Pour cela, il faut régler la question fondamentale de l’approvisionnement de la Guinée entière en courant électrique et eau potable. Sans oublier l’infrastructure routière. Les Hommes bien éduqués et formés accompliront le reste. C’est un autre rêve !

 

Mais ce n’est là qu’une première impression, et de surcroît, avec l’effet de la nuit, laquelle rend tous les chats noirs. Les jours suivants vont-ils la consolider ou m’en défaire ?

 

Paris, le 26 avril 2009

 

 

Jacques KOUROUMA

pour www.guineeactu.com 
 

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Vos commentaires
Keoulenba, jeudi 30 avril 2009
Merci Jacques, Merci de revenir chaque fois au pays. Un carnet de route dans la jungle et un autre dans une ville en fête, ne s`écrivent pas de la même façon. Jacques tu veux convaincre les exilés à revenir? Oublie cela, on ne sait pas comment chacun a abandonné la concession familiale, sa patrie pour rejoindre une autre famille et une autre patrie. Nous qui vivons ici chez nous depuis cinquante ans, c’est nous qui connaissons la qualité du changement intervenu ces derniers mois à l’intérieur de notre pays. Ceux qui vivent chez le blanc, (le kwi, le porto, le nansara, le foté etc.) C’est eux qui connaissent comment la Guinée est en retard, comment la Guinée est en insécurité etc. Alors c’est bon qu’ils viennent de temps en temps au bercail comme toi (Jacques), pour nous parler des blancs, des nouvelles technologies, que les noirs n’arrivent pas à ramener dans leurs sacs de voyage. C’est marrant, tous les petits étudiants que nous envoyons en occident après avoir vendu nos concessions, nos bijoux ou voler l’argent de l’état…, nous reviennent en politiciens, en économistes en réparateurs d’ordinateur. Alors que nous nous attendions de revoir à la place de ces étudiants, de grands agronomes (pour le riz), de grands constructeurs de routes, de barrages hydro - électriques etc.
Th.Hamidou Barry USA, mercredi 29 avril 2009
Guineeactu donner nous des informations svp!Pour son voyage au crocolande il peut partager avc ses cons-patriote d`a cotes.On est persuader ya eu des croissance au crocolande depuis l`avenement de CNdd.V`la,les croissance a l`actif du Cndd: 1-croissance sans partage 2-croissance sans droit a la parole 3-croissanse sans securite au civile 4-croissance sans reperes et espoirs 5-croissance des comite de soutiens 6-croissans sans esprit democratique 7-croissances des opportuniste et sophiste. 8-croissance sans certitude a une transtion apaise 9-croissance sans respect aux engagement pris par les CNDD. Toutes tes raison,il nous faut la transition avant fin 09.one love!
ABAH, mercredi 29 avril 2009
Bonjour mes frères et soeurs, Je vis au Mali à Bamako. Tout d`abord toutes mes félicications à Mr Kourouma Jacques pour ces articles couragés avant l`avènement du CNDD. Bon courage à Mr Kourouma et bravo pour sa citoyenneté car il a fait le déplacement de la France à Conakry pour aller constater le changement et il a même intervenu au cours d`une des séances d`explication télévisées du Président Dadis. Loin de donner de leçon à qui que soit, Chers guinéens ne soyez pas naïfs, ni pressés car la Guinée n`est pas le Mali ni le Burkina Faso. Quand le Président ATT prenait le pouvoir pour la 1ère fois (transition), le Mali ne connaissait ni le tribalisme, ni le regionnalisme, ni l`ethnocentrisme. Soyez patients et donner du temps au CNDD pour une transition réussie. Seuls ces Militaires du CNDD peuvent combattrent en même temps sur plusieurs fronts contre les narco -trafiquants, les voleurs de l`Etat, etc. Aucun pouvoir civil à plus forte raison que ces soi -disants leaders politiques ne peuvent faire régner l`ordre dans ce beau pays. Je vous demande de laisser votre esprit partisan de côté et de régarder la réalité en face; il en va de votre avenir et de celui de vos enfants. Bien de choses à nous tous.
conde, mercredi 29 avril 2009
Moi j`ai pas lu quelque chose de proche d`un mensonge dans ce texte. c`est un carnet de route simple . parcontre j`ai vu jacques a la tele ou il a pose des questions entant que citoyen lors du debat sur friguia notament le fait que mr tamba a dit avoir lu en diagonale le destin d`une usine qui a nourrie la guinee entiere durant la premiere republique,c`etait responsable ,il n`etait subjectif a mon sens parceque j`aurait pose la meme question au type entant que guineen et surtout friaka (je suis de la republique de fria )au temps de la revolution. positivons les choses ne voyons pas tous en noir dans ce pays,Jacques n`est pas subjectif . merci.
OUAMOUNO DAVID, mercredi 29 avril 2009
Arretez vos susceptibiltés, elles ne nous conduiront que dans l`impasse. Que Dieu nous en garde. Depuis que j`ai commencé à lire des commentaires sur ce site qui nous donne la parole, j`ai remarqué une position prise en faveur de la transition rapide du CNDD par nos frères portant des noms d`origines du fouta et autres et parallement les personnes portant les noms de la forêt soutiennent farouchement que le CNDD prennent assez de temps au pouvoir c à d allez au délà de 2009.Arretons encore une fois cela, l`imapsse vecut aujourd`hui chez nos voisins ivoiriens, est née de la divergence de positions entre des frères de regions differentes. soyons impartiales et pensons au bonheur du pays mais pas d`une personne. participons objectivement au debat national, parce que le pays a besoin de tous ses enfants. Mr kourouma relate son voyage, mais dans ce voyage il passe un message, les avancées et les chantiers du CNDD, il n`a pas dit que tout est rose. alors le Monsieur qui parle de region, vous feriez mieux de dire en quoi ce qu`il dit nuit au peuple au lieu de prendre position en accusant son appartenance regionale. A bon entendeur...
Barry A., mercredi 29 avril 2009
A vous lire Jacques (pas seulement cet article, aussi ceux qui l’ont précédé depuis le 23 décembre 08), on dirait que la Guinée est complètement sortie d’affaires avec cette « fraction républicaine » de l’armée que les manifestants de janvier et février avaient sollicitée en vain (ils avaient été répondus par des assassins sans scrupules). Nous sommes semble-t-il tirés d’affaires, parce que tous les narco sont arrêtés (y compris le parrain qu’on ne connait toujours pas), la criminalité un mauvais souvenir (malgré le dernier rapport détaillé de Human Rights Watch), tous les biens de l’Etat récupérés (même ceux injustement dérobés par l’ex président et sa famille). Dans ce cas pourquoi attendre 2010 voir plus tard pour organiser les élections ? Merci Amadou Sidibé, pour vos questions pertinentes. Même si je suis sceptiques des éventuelles réponses. Je pense que Jacques rebondira pour nous donner sa vérité qu’il voudra nous faire avaler et non la Vérité immuable.
ibrahima, mardi 28 avril 2009
je respetais beaucoup mr jacque par certains de ses analyses que je jugeais sincères cohérentes et impartiales mais depuis l`arrivée de dadis au pouvoir je ne le reconnais plus. il est devenu un veritable griot au solde de dadis. Pour un soi disant intelo comme vous c`est deplorable d`être incapable de denoncer des derives de ce regime malgrè quelques reussites que nous jugerons dans le temps. J`espère que ce n`est pas par ce que le chef de la junte vient de la forêt car j`aime pas ces genres de comportements surtout quand on taxe les occidentaux de racistes. Reflechissez mon frère
Diaspouri, mardi 28 avril 2009
Ce texte qui relate bien votre arrivee de Foteta donne envie de rentree a Conakry. Mais Mr cette impression est de primabord et peut etre trompeuse, meme si le souhait de tout bon guineen est de garder d abord nos acquis et de continuer vers une croissance economique durable pour le bonheur de tous y compris nous la diapora ou diaspouri selon les cas. Bon sejour dans notre cher pays
Amadou Sidibe, mardi 28 avril 2009
Bonjour Mon ftère Jacques, vous avez fait un très bon voyage. Vous avez eu de la chance. Je voudrais juste vous demandé de préciser quelques points à savoir? Quel type de véhicules avez vous utilisé pour rentrer à la maison? taxi ou véhicule personnel? le véhicule était-il conduit par un militaire? ou il n`avait de plaque d`immatriculation comme il en existe des miliers actuellement à conakry. Vous étiez attendu à l`aéroport? par qui? un ami militaire? commissaire? parcequ`en 10 minutes, vous ne pouvez pas avoir fini de remplir la fiche de police et avoir le cachet de l`immigration. Je ne cite pas les agents de santé qui vérifient les cartes de vaccination. En tout cas il y`a des gens qui n`ont pas eu la même chance que vous. Et comme le pied marche toujours sur la tête.......Merci

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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