samedi 2 janvier 2010
Bilan économique 2009 : Les Guinéens loin d’avoir remonté la pente

L’année 2009 aura été celle qui a vu la junte militaire (CNDD) s’emparer du pouvoir suite à la disparition le 22 décembre 2008 du général Lansana Conté. A son avènement, le 23 décembre 2008, le CNDD s’est fixé de grands défis économiques parmi lesquels : l’audit du secteur public, le recouvrement des créances de l’Etat, la révision des conventions minières, l’allègement du panier de la ménagère par la baisse des prix des denrées de première nécessité, etc. Le tout, dans un contexte de crise économique et financière.

 A sa prise du pouvoir le 23 décembre 2008, le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) avait dans son programme de grandes ambitions pour sortir les Guinéens de leur grande pauvreté. Cet objectif combien applaudi semble laisser de nombreux Guinéens sur leur faim. La crise interne s’est accentuée à cause des multiples blocus des bailleurs bi et multilatéraux de la Guinée.

 L’année qui tire sa révérence aura ainsi été dominée par un certain nombre de faits qui ont fait couler beaucoup d’encre et de salive. Dès sa mise en place, le Comité d’audit s’est attaqué au recouvrement des créances de l’Etat. Placé sous l’autorité du ministre de la Défense le général Sékouba Konaté, l’actuel président guinéen par intérim, les travaux de ce Comité ont démarré par l’audition de l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Baïdy Aribot. Ce dernier était audité par rapport aux fonds alloués au Syli national pour la campagne de la coupe d’Afrique Accra 2008. En se défendant devant les auditeurs, Baïdy Aribot a déclaré que le budget dégagé par l’Etat se chiffrait à 53 milliards GNF au lieu de 70 milliards. Selon lui, 15 milliards seulement ont été dépensés par son département. Ainsi, le rapport du Comité d’audit qui a blanchi Baidy précise que 1 milliard 914 millions 438.743 GNF ont été alloués à l’ambassade de Guinée à Accra par le biais du ministère des Affaires étrangères ; 6 milliards 669 millions 524.273 GNF comme droit de retransmission de la CAN -y compris le transport et les frais de séjour des journalistes et techniciens. Le rapport n’exclut pas les frais de préparation de l’équipe et la prise en charge des supporteurs venus de la Guinée, d’Accra et d’autres pays limitrophes du Ghana. C’est dans ce même registre des audits que quatre anciens ministres des Mines sous le régime Conté ont été épinglés. Il s’agit d’Ahmed Tidjane Souaré, Louceny Nabé, Ousmane Sylla et Ahmed Kanté. Il était reproché à ces trois cadres des Mines, le détournement des montants issus du Fonds minier. Devant le Comité d’audit, Ahmed Tidjane Souaré a reconnu le montant de 12 milliards de nos francs. Dr Ousmane Sylla a, lui, reconnu la somme de 10 milliards GNF et Lonceny Nabé une ardoise de 754 millions GNF. Après avoir manqué à son engagement à verser mensuellement 500 millions GNF, Dr Ahmed Tidiane Souaré s’était vu emprisonné au PM3, pour n’avoir payé que 100 millions GNF mensuellement, au lieu de 500 millions. Dr Ousmane Sylla s’est également retrouvé au gnouf pour la même cause. Il leur a fallu réitérer leur engagement devant l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) pour recouvrer leur liberté. Pour sa part, l’ancien ministre Ahmed Kanté n’a pas reconnu les 2 milliards GNF qu’on lui colle à lui reprochés. Depuis, M. Kanté végète en prison.

Dans le même dossier des audits, on a noté la convocation d’El hadj Mamadou Sylla dans le dossier qui oppose Futurelec à l’Etat guinéen. Il est reproché au PDG de Futurelec le détournement de 22 millions de dollars US au titre de la surfacturation aux dépens de l’Etat et 16 milliards GNF au titre des bons de caisse du Trésor, puisés dans les caisses de la BCRG. Un autre gros dossier des audits a porté sur 40 millions de dollars que Idrissa Thiam, ex Directeur du protocole à la présidence de la République devait justifier au compte du Fonds Koweitien. Le Directeur général de l’EDG devait à son tour fournir des explications sur la destination des 10 millions de dollars US au titre de la convention BNP Paribas. Une convention que l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté avait signée avec BNP Paribas, pour la fourniture du mazout aux groupes thermiques de Tombo. Dans ce même chapitre de BNP Paribas, deux opérateurs économiques ont été incriminés. Il s’agit de Alseny Barry, PDG de SAFRICOM et Mamadi Kourouma, PDG Hamana pour un montant de 14 millions 700 mille dollars US. Pour la liquidation de la Banque internationale des affaires en Guinée (BIAG). Le Comité a réclamé 17 milliards GNF à certains opérateurs comme Super Bobo, Alseny Barry, Sylla Mariador, Mamadou Sylla, Guelguedji Barry, Alpha Amadou Diallo. Après donc l’examen du dossier BIAG, les nommés Alpha Amamdou Diallo, Guelguedji Barry et Super Bobo ont été blanchis. Tibou Kamara (ancien ministre de la Communication), Alpha Ibrahima Kéïra (ancien chef du protocole à la Présidence) se sont rejeté la responsabilité par rapport aux montants offerts à la Guinée par la Gambie et la Guinée Equatoriale pour l’organisation de notre Cinquantenaire. L’argent récolté, 175 milliards de francs guinéens selon la junte, a servi en partie au lancement du projet « Eau et électricité pour tous ». Plusieurs forages ont été réalisés et des groupes électrogènes importés. Si la desserte en eau en a été améliorée, le courant électrique, lui, se fait toujours désirer.

Pour expliquer la situation monétaire du pays, le gouverneur de la BCRG aura fait plusieurs communications. Il a ainsi indiqué lors d’une de ses conférences de presse que la crise économique internationale a eu pour conséquence en Guinée, la chute des recettes d’exportation et le recul de l’aide publique au développement. Aux dires d'Alhassane Barry, la décroissance de la masse monétaire résulte d’une baisse des avoirs intérieurs nets de 10,6% soit 405,5 milliards légèrement contenus par un accroissement des avoirs extérieurs nets de 11,2 % soit 101,59 milliards GNF. Quant à l’endettement net du trésor à la BCRG, il a enregistré une hausse de 0,9% à cause du poids grandissant des dépenses publiques et de l’arrêt des souscriptions aux bons du Trésor depuis le 27 mai 2009. Les dépôts et les crédits, eux, ils se sont élevés respectivement à 2.918 milliards et 825 milliards GNF au 30 juin 2009. Les crédits ne représentent que 28% des dépôts bancaires, ce qui explique la faible contribution des banques au financement du secteur privé. Pour ce qui est de l’allègement du panier de la ménagère, le chef de la junte a conféré avec les opérateurs économiques. L’objet de leur conclave était de discuter sur la problématique des prix des denrées alimentaires notamment le riz, l’huile, le sucre, la farine, etc. Malgré les prêches de Dadis, les prix des denrées alimentaires sont restés chers pour les chefs des ménages. C’est dans cette situation dure que vint le mois de ramadan avec tout ce que vous savez du comportement de certains commerçants très véreux. Et le temps pour les citoyens de souffler, se présente la fête de tabaski avec la flambée des prix des moutons et autres petits ruminants. Après les évènements douloureux du 28 septembre, le marché a connu un autre coup. Le prix d’un sac de riz de 50 kg a augmenté de plus de 25%, celui d’un kilo de sucre d’environ 40% et celui d’un bidon d’huile de 20 litres de 15%. A ce constat, les commerçants pointent un doigt accusateur sur la dévaluation de la monnaie locale.

Par ailleurs, s’il y a un sujet qui a suscité maintes discussions, c’est bien la signature d’une convention minière entre la Guinée et la la société chinoise China International Found, basée à Hong Kong. Contre des investissements évalués à 7 milliards de dollars US, cette société pourra acquérir d’importantes ressources minières.

Les couleurs économiques de l’année 2010 sont déjà annoncées au niveau du gouvernement guinéen. Aux dires du Directeur national des Impôts, le Budget de l’Etat et ceux des Collectivités locales sont essentiellement alimentés grâce à la mobilisation des impôts et taxes. Ce qui revient à dire qu’il faut 90 milliards GNF par mois.

Selon M. Ibrahima Baldé Bodié au titre de l’exercice 2009, sur une prévision de 964 milliards GNF, la Direction nationale des Impôts a pu mobiliser en faveur du Budget national, un montant total de 1.250 milliards soit un dépassement en valeur absolue de 286 milliards et 129,66% des prévisions. Ce montant représente les impôts et taxes payés à 90% par les sociétés gérées au niveau du service des grandes entreprises, dont le répertoire compte environ 600 entreprises.

Par ailleurs, les services déconcentrés des impôts ont mobilisé en faveur du Budget des collectivités locales un montant total de plus de vingt milliards de nos francs (20.069.945.415 GNF) au titre de l’exercice 2009, contre plus de 16 milliards en 2008.


Aly Badara Condé
l’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
youssouf Soumah, mardi 5 janvier 2010
Aly Badara Condé! As-tu fais une seconde de cours d`économie? L`économie ce n`est pas du bavardage! On ne s`improvise pas Economiste. Au fond, Tu es issu de la génération sacrifiée "koko-lala" du sanguinaire Sékou Touré. Je comprends que tu es de bonne foie et tu crois être un économiste. Mon frère, il n`est jamais tard d`apprendre. Il faut retourner à l`école et apprendre l`économie.Au bout de Cinq ou dix ans selon le niveau que tu souhaites acquérir, tu viendras parler d`ECONOMIE. Il serait plus sage pour toi, de donner ton opinion sur des phénomènes "fourre-tout" où même l`analphabète a une opinion qu`il faudra respecter étant donné, qu`il s`agit d`un électeur potentiel. Sans RANCUNE!
Gandhi, dimanche 3 janvier 2010
Quel est l`intérêt de ce texte ? Aucune comparaison, aucune perspective, aucune analyse... Des chiffres en veux-tu en voilà, qui ne permettent pas de tirer de conclusions sur la politique économique du CNDD.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011