mardi 26 mai 2009
Ben Pépito touche pas à mon diaspourri !

Le lafidi est un plat qui se mange chaud (Conseil d’un Diaspourri)

Mandé Mori à qui vous croyez donner un tuyau sur la très prochaine réunion de Bruxelles est garçon pour vous dire merci d’avoir dénoncé par avance les prochains comploteurs. Ceux qui préparent le complot à Bruxelles sont aussi futés que Mandé Mori pour vous dire pan sur le bec ! Alors de quoi je me mêle au risque de recevoir aussi un pan sur mon coco taillé pour fait de délation ?

Eh bien je vous informe :

Primo, Mandé Mori est un des organisateurs de cette combinette de Bruxelles.

Deuxio, la cinquième colonne en magouille à Bruxelles était également un des scénographes de « la salle mal éclairée où avait eu lieu une bouffonnerie », comme vous vous lamentiez cher maître, à propos de la régie de ce cirque du 10 Mai. Au fait, cet espace n’est pas une salle de spectacle. C’est un amphithéâtre. Tous les amphithéâtres ne prévoient pas des cages scéniques. Certains sont aménagés pour des cours magistraux. Ce qui laisse peu de marge à des pitreries aux pisse-froid qui officiaient en bas.

Tertio, si le complot de Bruxelles a lieu, je risque d’y trainer mes basques et mon coco taillé, même si je devais l’enserrer dans les griffes de l’ambassade, qui en y regardant de plus près, ressemblent fort au cachet de M. Moussa Keita, ministre secrétaire du CNDD. Je croyais avoir lu une missive de M. Keïta. Le poulailler (c’est comme ça qu’on appelle le perchoir réservé aux roturiers qui voulaient voir Molière), où vous vous étiez réfugié, n’était pas le lieu idéal pour mieux déchiffrer le cachet de ce qui se lisait 30 mètres plus bas...).

Je savais orpheline « La chronique assassine » depuis le départ pour le grand large de son meurtrier parrain, William Sassine. Cette page est devenue honorable avec Ahmed Tidiane Cissé. Qui est tout sauf un imitateur, il fait de l’Ahmed Tidaine Cissé : poète doublé d’un grand dramaturge.

Quiconque connaît un peu l’œuvre romanesque de Sassine, sait qu’il a travaillé dur pour créer le ton de la « Chronique assassine » qui n’est pas celui de ses romans. Je le sais puisqu’il m’a entraîné dans les couloirs et les colonnes de ce satirique pendant quelques semaines. Un jour il m’a dit, « écoute Bokoum, maintenant je tire sur tout ce qui bouge ». Mais attention, il n’inventait pas ses cibles, il ne créait pas des évènements. Même sous l’empire du tambanaya, il ne proposait pas ses hallucinations en lieu et place d’une réunion de l’ACTOG où il n’était point.

Chacun sait que Sassine était un des piliers de « Chez Marco Polo » maquis sis à Taouya, réputé pour son tambanaya. Mais jamais ses chroniques n’exhalaient les vapeurs brumeuses d’un éthylique. Un jour j’ai rencontré des critiques littéraires, d’éminents professeurs de l’université de Bologne, qui cherchaient le célèbre « Marco Polo », comme s’il s’agissait de la Place du Vatican ! C’est au fond de sa bouteille de tambanaya que Sassine trouvait la vérité de ses chroniques qu’on ne prenait jamais pour des divagations de chèvre. On ne l’a jamais pris la main dans le sac ou l’effraction des faits, si je puis dire, dans ce qu’il relatait. En effet le métier de chroniqueur est ambigu. On est journaliste et écrivain, donc libre de créer. Passer de l’un à l’autre, avec une saine insolence nécessite sinon un peu de génie, mais au moins beaucoup, beaucoup de travail.

Relisez donc les premières chroniques de Sassine. Il bégayait encore. Mais déjà, les histoires de sa Fanta et du soldat préfiguraient ce show man qui a maintenant un nom, dans un Dadis show qui a détrôné ces sous-produits nigérians surconsommés dans nos entrées-couchers.

Au Lynx, Sassine ne bouffonnait jamais. Il bouffait.

« Bokoum, qu’est-ce ça peut te fiche qu’on te cisaille ça et là tes papiers au crayon rouge ? Je ne vais au Lynx que pour prendre mes 300 sacs. A la fin du mois.

Il avait raison, je claque trop vite la porte de la bêtise.

« Même si elle est majoritaire ? », me rétorquait-il ? ».

Mais voilà, il est parti, en trinquant à notre place.

Pour autant, que je sache, Sassine n’a pas laissé d’héritier ni d’héritage. Je parle de littérature et plus particulièrement de ses chroniques. A. T. Cissé, je le répète, fait du Cissé et il fait aussi bien que Sassine, dans son style. C’est cela la fidélité et la créativité. On aime ou on n’aime pas. Le « A FACOUDOU » est une marque déposée. C’est une expression historiquement située. Elle est devenue « littéraire » ( littérature orale) avec la promotion des feu Dieng Farba Amadou, feu Kélétigui, feu Mouctar Bokoum, feu Baldé Samba, feu.. William Sassine. Ce dernier, en sautant notre promotion, qui était loin d’aligner rien que des Toto, après avoir enjambé plusieurs classes à Kankan, avait rejoint nos ci-dessus aînés, tous de brillants disparus.

Quel rapport avec mon propos, ces petits détails embaumés dans le deuil ?

A « fa coudou », ne voit-on pas là la genèse de l’invention populaire, traditionnelle, anonyme ? Expression surgie au détour d’un tour de dames, de cartes, où une grossièreté est sublimée en juron inoffensif. Et voilà que le génie de Sassine la transforme en propriété intellectuelle, une marque de fabrique qui fait la célébrité d’un satirique devenu incontournable en Guinée.

Mais la délocalisation n’a jamais fait que du bien, au contraire. Le lynx dit-on, dort les yeux ouverts. Son jumeau allégorique est devenu borgne depuis la disparition de Sassine. Et l’on dit qu’au pays des aveugles, le borgne est roi. A fa coudou par ci, à fa coudou par là sur les berges de la Seine, cela peut faire des vagues. La License et l’emprunt sont coutumiers en littérature. A condition que l’élève s’attache à s’élever au-dessus du maître. Qu’il ne confonde pas la License poétique avec la bouffonnerie. Qui ne se ramène pas à un presque-pataquès fait de mots glanés au fil des lectures de Rabelais (1), Alfred Jarry (2), ou simplement des dictionnaires de verlan.

Donc Molière était un bouffon du Roi, alors même qu’il bouffait au râtelier du Roi. Mais Molière était bouffon au sens noble du mot. Il pouvait jeter à la face du Roi, de toute la Noblesse et du Haut Clergé massés dans leurs loges « Au voleurs ! Aux voleurs ! ». Ou « La cassette, la cassette ! ». Je ne me souviens plus de la réplique exacte. Mais le Tiers-Etat, la masse des roturiers savait que Molière prenait fait et cause pour eux. La fameuse cassette du « Tartuffe » de Molière ne disait pas autre chose.

Sassine était petit, tout petit de taille, comme Ben Pépito. Pépito pourrait être un diminutif de Pépé (voir Pépé Lama). Alors attention « mon vié Pépito », ne vous faites pas d’avantage raccourcir à coup de à fa coudou en faisant du sous-Sassine D’ailleurs, du vivant de ce grand fromager, nous avons dû nous croiser dans les couloirs sombres du Lynx, sans nous voir. Comment voir les animalcules que nous étions sous l’épaisse ombre du caïlcédrat Sassine ? Je me souviens de Diomandé, de Assan évidemment, de Lamine, et même d’un autre Cissé qui bouffait du Préfet dans une succulente recette, « Une lettre à M. le Préfet », je crois ? Je me souviens de leurs proses. Mais Ben Pépito, je vous demande pardon ?

Vous bouffez les Pharaons, les Prophètes et ceux qui veulent en changer. Excusez du peu ! Votre Pharaon vient de donner des millions à vos compères journalistes. A votre place, je me serais hâté d’aller prendre ma cassette et ma cagnotte, avant de lui lancer, « Non mais dis-donc, où as-tu pris ce pognon que tu nous balances en veux- en voilà, attention hein mon vié ! ». C’eût été là de l’insolence, du Sassine. D’ici ou d’ailleurs, après Alpha Wess, et autres jeunes rappeurs, nos bouffonneries ont beau être pharaoniques, elles nous laissent un goût quelque peu fadasse, face au travail corrosif de certains de nos artistes musiciens, jeunes rappeurs ou moins jeunes. Tel cet artiste dont le nom m’échappe, qui hors des « chantiers battus de la world music », de quelques notes de notre gongoma de Boulbinet, avec un ou deux phrasés, nous restitue les évènements de janvier-février, mieux que ne le feraient tous nos plumitifs, journalistes, juristes, politologues, sociologues confondus :

Kerfalla passe la balle à Somparé, qui la perd

Rabiatou récupère qui la passe à Ibrahima Fofana

Ibrahima Fofana tiiiiiire !!!

La balle au centre

Lansana Conté donne à Eugène Camara

Eugène Camara drible Ben Sékou Pénaltyyy !!!

Eugène Camara tire le pénalty ! A côté wonsonkron !

Bon les paroles sont approximatives..

Sassine faisait tordre de rire sans tordre le cou des faits.

Vous êtes libre de prendre ces propos d’Ancêtre comme un encouragement à ne pas être esclave de votre plume, en la soumettant à l’épreuve du feu. Ou me fusiller de prochains A fa coudou !

Ce n’est qu’Une lettre à un jeune.. »(3).

Notes :

(1) Rabelais, voir Gargantua

(2) Alfred Jarry, voir Ubu

(3) Voir Rilke, Lettre à un jeune poète, Ed Bernard Grasset, 1938, ou « Portrait de l’Artiste en jeune homme », de James Joyce, Ed Poche (Gallimard ?)

Addenda

Des commentateurs d’un site ont bien voulu m’auditer, c’est dans l’air du temps, en voulant m’opposer le patriotisme d’un Bassirou Barry que j’ai pris à témoin dans un papier. Bassirou avait accepté d’être ministre guinéen malgré une situation à priori plus confortable assurée à Abidjan. Alors que moi, « chercheur de poste », j’aurais la réputation de ne pas être patriote. Litote qui est passée par-dessus la tête d’aucuns. Passons à mon audit. J’étais, avec Plato (Soriba Kaba, futur super ministre de l’Economie, des finances, etc.,) d’un certain Bah ou Diallo venu du Canada, ceux qui étaient appelés pour être de grands commis de l’Etat, alors que les 7 ou 8 autres devaient être ministres. Le télégramme adressé aux appelés et à certains élus était sous-couvert de Morikè Camara, ami de Jean-Claude Diallo qui résidait alors comme moi à Abidjan.

« Morik », frère de Damaro Camara, mon cher contradicteur des commentaires du site dont je parle plus haut. C’est moi-même qui avais rédigé le décret qui devait me nommer directeur national de la culture, dans le cabinet de Jean-Claude Diallo, devenu ministre de la communication et de la culture. J’étais au tout début de ma carrière de coopérant (1985) et je gagnais alors 16000FF autrement dit 800000 CFA. Logé gratuitement dans une superbe villa SIDECI aux II Plateaux, un des nouveaux beaux quartiers d’Abidjan de l’époque, (la Société d’un certain BM Banque mondiale). Première Honda Civic hors taxe. Un ministre ivoirien n’en gagnait que 600000. Le diaspourri venu du Canada a croupi des mois dans une chambre du Novotel, attendant son décret. Moi aussi j’attends toujours, depuis bientôt 20 ans..

Un ou deux ans après, Jean-Claude Diallo avait démissionné, moi incorrigible, je suis revenu avec un projet de formation « clés en main ». J’avoue que c’est Firaouna, celui-là même que j’ai malmené sur le Net, (pour avoir malmené un futur martyr), qui a fait remettre le dossier à NDiaye puissant Permanent du CMRN, qui l’a transmis à Hervé Vincent Bangoura, alors ministre de l’Information et de la Culture. Ce dernier a convoqué tout son staff, en leur intimant l’ordre d’instruire avec diligence le dossier. J’avais reçu par avance le feu vert de M. Ibrahima Sylla, Ministre de la Coopération, ami de Grinda (Ansoumane Bangoura) qui ne pouvait pas tomber mieux cet après-midi là où j’étais venu rendre visite à mon copain. « C’est facile, c’est votre parent qui est mon Secrétaire général ». Mon parent, c’est El Hajj Amadou Samba Sow.

J’attends toujours que les plantons, le petit personnel et certain directeur national, qui pensent que « les diaspourris n’ont rien à nous apprendre », ressortent ce dossier. Je voudrais surtout savoir comment ils peuvent poser leurs fesses sur des dossiers qui ont l’aval de plusieurs ministres, d’un Permanent. J’ai appelé cela les mortifères capacités de nuisance d’une certaine Ecole guinéenne, sources de cinquante ans de ruines et de rendez-vous manqués avec l’Histoire. Pourtant ce second projet avec l’appui du gouverneur de la Banque centrale avait de fortes chances d’être financé par l’IDA (c’est lui qui m’a parlé de cette institution que je ne connais pas) et par la suite, par la Caisse française de Développement. Sans que la Guinée ait à sortir un Kopek ! Seul Vincent Bangoura est en Terre de Vérité.

Tous les autres sont vivants.

A l’époque mon salaire de coopérant avait évidemment été aligné en hausse sur l’indice des prix, comme cela va de soi dans les Etats où la chose publique est gérée. Mais j’étais encore prêt à me lancer dans l’aventure patriotarde. Une certaine Guinée n’a pas voulu de moi. La Guinée de quelque 200 fêtards autour d’un banquet à la dinde (ou plutôt au dindon) fortement arrosé de Don Pérignon. Mais qu’on ne s’y trompe pas, du lafidi même au caviar enfumé de Davidoff reste du lafidi.

Au Crépuscule des temps anciens (4), on ne mangeait pas de lafidi à midi. Jamais en fodoba (plat familial). Lundi mil. Mardi kabato. Mercredi fongno. Jeudi riz de Koba au bonga. Vendredi latchiri. Samedi du boklé. Dimanche du lôlâ, avec possibilités de variations infinies.

Avec la Culture lafidi, nous sommes dans l'au-deça (5) des temps anciens !

A quelque chose malheur est bon. Je suis resté en Côte d’Ivoire, on m’y a adopté comme patriote digne de recevoir la médaille du mérite ivoirien. Sassine a été tardivement enveloppé dans les couleurs nationales, trempées dans des larmes de crocodiles, avec sa médaille française de Chevalier des Arts. On avait oublié sa médaille guinéenne dans un pli de la mémoire de la nation atteinte à cinquante ans d’une précoce sénilité.

Wa Salam.

Notes :

(4) J’ai déjà fait allusion à ce célèbre roman, alors cliquez, vous trouverez

(5) Youssef Hadad, poète libanais 

 

El Hajj Saïdou Nour Bokoum

Pour www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
Couleur-Tropicale, jeudi 28 mai 2009
Sacré Bokoum ! (marque déposée(préférée) de CouleurTropicale!) Mon entourage se plaint, pointe du doigt votre intarissable encrier pour cause de son haut débit. Vos "poings" de vue à la Mike Tyson (un article égal un K.-O), qui n`ont d`égal que vos soucis pour les Guinéens de l`extérieur, laissent de nombreux (con)forumistes dans les méandres de la langue de Molière… Vous conviendrez que le public-cible de nos maigres sites Internet est constitué de personnes dont le niveau de connaissances équivaut à celui d`un jeune de 12 ans à l`image bien sûr de la radio et de la télévision. Wa Salam (une autre marque déposée ?)
Adama, mercredi 27 mai 2009
Mr. Bokoum, Je ne me ferai pas l`avocat de Benn, mais je ne comprends pas tellement ce qui vous a froissé dans article. Il a son art de faire passer des réalités récurentes de notre communauté qui dérange les coupables de comportements peu ortodoxes, mais celà nous convient à merveille. Wa salam
Bangaly Traore, mardi 26 mai 2009
merci pour le commentaire,mais seulement pourquoi pas Lansana kouyate qui drible le peuple et donne a lansana conte et dont Dadis a récupère pour proteger la famille du tyran feu conte.OH la balle sera un jour tire par le peuple victime de la guinee,notre balle c`est la justice et la verite sur la corruption et les crimes de sang des deux regimes defunts.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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