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Bah Papa Atigou, ancien président du Comité de coordination des étudiants de l’université de Conakry a embrassé la politique et dirige le Parti de l’Union pour la démocratie et du progrès de Guinée (UDPG). Dans cet entretien, il cite les objectifs de sa formation politique et jette un regard critique sur le nouveau gouvernement.
L’Indépendant : Maintenant que la présidentielle est terminée, on peut penser sans doute qu’au niveau de votre formation politique, vous êtes en train de vous organiser. Quelles sont donc vos perspectives, quand on sait que les législatives se profilent à l’horizon ?
Bah Papa Atigou : Je vous remercie. Un parti politique ne peut s’enorgueillir de l’être que si toutefois, ce parti politique est capable de poser des actes. Et les législatives, comme la présidentielle qui vient de passer, les législatives font partie des actes importants auxquels tout parti politique digne du nom doit s’enorgueillir de participer et de poser des actes majeurs. Et dans ce sens, pour répondre à votre question, nous sommes réunis autour d’une entité politique dont nous n’avons pas encore déterminé le nom. Nous sommes en train de réfléchir pour voir comment procéder à la création d’un bloc politique d’opposition digne d’une Guinée fiable. Nous sommes en train encore de réfléchir et de constituer l’opposition ; et une commission a été créée qui, actuellement, est présidée par le Pr Charles Pascal Tolno et dont j’ai l’honneur d’être le vice-président. Plusieurs rencontres ont été effectuées, des discussions se passent actuellement, et des projets de déclaration sont en train d’être rédigés, et sous peu nous vous tiendrons au courant du résultat obtenu de ces différentes rencontres, en vue d’abord de constituer l’opposition mais éventuellement de discuter de la problématique de poser des actes par rapport aux élections législatives et les autres élections locales.
Quel regard portez-vous sur les premiers pas du gouvernement Alpha Condé ?
C’est dommage de le dire mais les premiers pas de ce gouvernement sont des pas qui nous amènent à regretter le pourquoi, cette équipe est arrivée à la tête de notre pays, pour essayer de par les temps qui courent, de nous représenter aussi bien sur le plan national que sur le plan international. C’est un échec total, un échec total. Aujourd’hui la Guinée qui a tant attendu après 52 ans, de se retrouver et de continuer à espérer pour consolider la démocratie pour mettre sur pieds le développement économique et social a échoué. Et on remarque ça et là, des violations graves de la Constitution, des abus de pouvoir et éventuellement, des chasses aux sorcières. Aucun programme de politique générale, prôné par la constitution et que devrait s’atteler déjà à mettre sur pied le Premier ministre qui est arrivé à la tête du gouvernement, n’a été déclaré. On entend ça et là, qu’on va procéder à la récupération des domaines de l’Etat et puis d’autre part, que nous allons procéder à des audits. Puis d’un autre côté, que les commerçants vendent cher les marchandises. Il faudrait absolument ouvrir la Guinée aux relations internationales, ramener la Banque Mondiale, discuter avec nos partenaires, réorganiser les lois qui régissent les médias publics, mais tout ça on le prend un beau matin autour d’un petit café, au lieu de définir un programme de politique générale pour permettre à la fois aux autorités de savoir quel est l’itinéraire fixé, mais aussi au peuple de contrôler le suivi de cet itinéraire fixé et de permettre à tout le monde de conjuguer les mêmes efforts et de regarder dans le même sens, pour aider la Guinée à se remettre sur les rails. Je suis très très déçu du gouvernement du professeur Alpha Condé et je pense que c’est de l’amateurisme qu’ils sont en train de faire, et je ne trouve aucun professionnel de la politique contemporaine au sein de cette équipe. Je suis très déçu et je suis très inquiet pour mon pays et pour mon peuple.
Vous avez été l’un des premiers leaders estudiantins de Guinée et aujourd’hui comment voyez-vous l’école guinéenne ?
Je suis très triste, et quand je suis allé faire le tour des écoles guinéennes, j’ai commencé par l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. J’ai failli avoir des larmes aux yeux, à cause de l’état dans lequel j’ai trouvé nos écoles et institutions, qui sont investies du rôle de préparer les concitoyens, de préparer la relève, de préparer une Guinée nouvelle, consciente, compétitive, éclairée ; une Guinée déterminée à entrer dans la vie et le cœur des nations civilisées. Mais aussi, qui est appelée à aller dans la famille des pays émergents. On abandonne complètement les voie idoines par lesquelles les peuples se relèvent, se constituent, se construisent, envisagent leur avenir, consolident leur devenir. Quand on regarde le budget de l’Etat, avec 30% actuellement pour l’armée, alors qu’il n’y a pas de guerre, qu’il n’y a rien, que l’armée n’est pas une armée professionnelle, tout cela au détriment de l’enseignement. Un jour viendra, Mesdames et Messieurs, et je m’adresse au peuple de Guinée, où les richesses naturelles que nous nous vantons tant d’avoir, ne deviendront que des richesses inutiles. D’ici trente ans, la seule richesse qui va prévaloir sur l’échiquier mondial, c’est l’intelligence, la connaissance, ce sont les idées, les projets. Ce n’est pas la bauxite, l’or ou le pétrole. Ce sont les idées qui vont déterminer la position de chaque pays. Et à l’époque où nous sommes en train de sous-régionaliser les Etats, entrer dans la mondialisation, si nous ne faisons pas attention à la jeunesse guinéenne, si nous ne faisons pas attention à l’enseignement, si nous n’accordons pas la priorité à l’enseignement, à la prise de conscience, à la relève que doit prendre la jeunesse guinéenne, nous finirons un jour, dans le cadre de la mondialisation, par voir des Sénégalais, des Ivoiriens, des Français, des Brésiliens, venir commander la Guinée et les Guinéens ne feront que des travaux de seconde zone. Ils ne feront que des boulots d’éboueurs, de chauffeurs de taxis, et que sais-je encore. Le monde ne doit pas attendre la Guinée car elle n’est qu’une goutte d’eau dans la mer, la Guinée doit se réveiller, et le privilège qu’on doit accorder actuellement au pays c’est à l’éducation et à la formation des enfants qui seront appelés demain à prendre la relève. La Chine, le pays le plus peuplé au monde, l’a compris et son budget militaire ne dépasse pas les 7 pour cent, la Chine consacre le maximum de son budget à l’éducation et à la formation de ses enfants. Je suis triste aujourd’hui de voir les Universités guinéennes abandonnées, triste de voir les écoles jaillir ça et là et qui ne sont pas contrôlées, des écoles dont les formateurs ne sont pas formés. Des écoles qui ne sont pas connectées aux réalités du monde. Des écoles qui ne sont pas équipées, il n’y a pas de courant ni d’ordinateurs, pas d’eau, il n’y a absolument rien qui puisse permettre aux jeunes et aux femmes de Guinée, aux enfants guinéens de rentrer dans la réalité de la recherche et de la culture contemporaine. Je suis très déçu et je pense que bientôt, il faudrait que le peuple se réveille si nous voulons que la Guinée devienne la Guinée du Guinéen et non la Guinée qui sera mangée dans une Afrique qui elle aussi sera engloutie dans un monde dont les vrais dirigeants viendront ça et là à travers des pays qui eux auront anticipé pour créer toute de suite la possibilité pour leurs enfants de se former et de mieux s’éduquer.
M. le président de l’UDPG, avez-vous un dernier mot à l’endroit de vos compatriotes ?
Je demande à mes compatriotes guinéens, vivant partout en Guinée ou ailleurs à l’étranger, de ne pas désespérer, de ne pas abandonner le combat. De se lever et de se tenir debout. De comprendre que ce pays a tout. Ce sont les hommes qui l’ont incarné jusque là, qui ont failli à leur responsabilité et leur devoir. Une nouvelle Guinée est possible et notre combat, au-delà de nous lancer pour le moment dans le cadre de la lutte pour la consolidation de notre jeune démocratie. Et la possibilité d’ouvrir la Guinée au développement économique et social, nous militons aussi pour l’émergence d’une nouvelle génération de politiciens, professionnels. Et je dis bien, nous militons pour la naissance et l’émergence d’une nouvelle génération de politiciens professionnels. Et je lance un appel aux jeunes de Guinée et à toute ma génération de retrousser leurs manches et de s’engager dans le combat pour sauver la Guinée qui en a tant besoin avant qu’il ne soit trop tard. Je vous remercie.
Propos recueillis par Alpha Ibrahima Diallo L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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