 |
Dans une interview accordée à notre rédaction la semaine dernière, le premier Vice- président de l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée, Bah Oury, a passé en revue la situation sociopolitique de la Guinée.
Le Démocrate : Quelle lecture faites-vous aujourd’hui de la situation sociopolitique en Guinée?
Bah Oury : Du 23 décembre 2008 à maintenant, sur le plan politique, la question est de savoir quelle transition démocratique engagée en Guinée ? De prime abord, le CNDD et les forces vives de la nation ont été impliqués dans un processus de négociation pour définir la feuille de route en qui concerne la gestion de la transition. Et la communauté internationale, elle aussi, soucieuse de la pérennité de la paix en Guinée, s’est engagée à accompagner la Guinée à avoir cette transition démocratique apaisée et maîtrisée. Le CNDD jusqu’à présent n’a pas encore défini de manière précise les différentes étapes de la feuille de route de son agenda politique. Par contre, les forces vives, c'est-à-dire l’ensemble des partis politiques, les syndicats et la société civile ont fait entendre leurs doléances. A savoir une transition démocratique qui n’excéderait pas 12 mois, c'est-à-dire qui ne devrait pas aller au delà du 31 décembre 2009 et la mise en place d’organes de la transition pour que le processus soit un processus discuté, concerté et partagé par tous les acteurs. Nos doléances portent aussi sur l’organisation des élections, d’abord législatives et présidentielles, pour permettre à la Guinée de s’engager par après dans la dynamique de restauration de la légalité constitutionnelle. La communauté internationale de son côté, partie prenante de ces actions, attend que les différents acteurs, surtout le CNDD et le gouvernement, définissent de manière claire leurs positions sur la gestion de la transition.
Les forces vives et le CNDD ont entamé des négociations devant conduire à une transition apaisée. Où en êtes-vous aujourd’hui avec ces négociations ?
Aujourd’hui, on doit se féliciter du fait d’apprendre que la première revendication du forum des forces vives, à savoir la suspension des activités politiques et syndicales, a été levée. Je pense qu’il faut noter que ceci est de bon augure pour nous permettre d’aller vers la réponse aux autres questions de la plate-forme minimale de l’ensemble des acteurs sociopolitiques et culturels de la Guinée. Aussi, je pense que les forces vives de leur côté s’organisent. Elles ont mis en place un cadre de concertation permanent dénommé Forum des Forces Vives de Guinée (FFVG). C’est un cadre qui permet de meubler les structures pour que l’ensemble des forces vives puissent aller de manière concertée et unie pour faire entendre les doléances et les revendications démocratiques de l’ensemble des représentants des populations guinéennes. Je pense que de ce côté-là les choses avancent et le 2 mars, une plénière permettra d’enclencher les discussions susceptibles de faire émerger les propositions de calendrier ou de chronogramme des forces vives qui sera envoyé au CNDD d’une part et à la communauté internationale d’autre part.
A l’allure où vont les choses, peut-on s’attendre à l’organisation des élections cette année ?
Je pense qu’il faut de manière nette et claire qu’une volonté politique s’exprime au niveau du CNDD pour réaffirmer le calendrier auquel il s’engage vis-à-vis de la Guinée et de la communauté internationale. Il est attendu sur la question, parce qu’il y va de l’intérêt de la crédibilité de la Guinée et de la possibilité que les partenaires extérieurs puissent accompagner de manière efficace notre pays sur le difficile chemin de la transition. Donc, le CNDD doit réexprimer une volonté politique ferme d’organiser les élections à des dates convenues de concert avec les forces vives pour que le pays puisse savoir dans quelle direction il va. En plus, il faut que les gens se rendent compte d’une chose. Il y a de gens qui disent qu’il faut leur laisser deux ans, trois ans, quatre ans pour qu’ils puissent terminer leur programme d’assainissement. Il faut savoir que l’Etat est une continuité, un bon travail peut avoir par la suite de relais. Je pense que c’est ce qui est le plus important. La tâche historique du CNDD c’est l’organisation d’une transition démocratique réussie et apaisée en Guinée. Il va de choix qu’il peut y avoir des missions secondaires très importantes qui vont dans le sens de la restauration de l’autorité de l’Etat, de la lutte contre les mafias, les narcotrafiquants, la restauration de la sécurité publique et de l’autorité judiciaire. Ce sont des éléments très importants qui constituent les piliers d’un Etat démocratique. Ceci fait partie de la gestion de la transition démocratique, et je pense que ce ne sont pas des questions à exclure. Parce que si vous remarquez bien, les problèmes politiques de la Guinée ont été liés dans une large mesure à toutes les dérives mafieuses qui se sont accaparés des leviers de l’Etat pour nous engager dans divers horizons. Les autres aspects, à savoir la mise en place d’un processus de développement engageant la nation sur le moyen et long terme, relève beaucoup plus d’Institutions crédibles et stables. Et que le fait de faire durer une transition démocratique présente des enjeux extrêmement importants pour le pays. Par exemple, la convention de Cotonou qui lie les pays ACP à l’UE, à savoir l’article 96, stipule que « chaque Etat doit veiller à instaurer un climat de démocratie où les droits de l’homme sont respectés dans un cadre constitutionnel bien fixé ». Donc, si on ne s’engage pas dans ça, c’est encore la Guinée qui risque de rater ou de faire retarder l’obtention du 10ème FED. Or, son obtention est très importante. Parce qu’il permet de faire des infrastructures dont le pays a actuellement besoin. Si on rate le 10ème FED, nos routes ne seront pas faites, la dégradation des conditions de vie des populations sera importante et la crise sociale connaîtra des rebondissements qui risqueront de remettre en cause la stabilité du pays. L’autre aspect qui n’est pas moindre est que depuis plus de dix ans nous sommes entrain de courir pour l’atteinte du point d’achèvement. Le dernier gouvernement de Souaré en avait fait un objectif prioritaire de sa politique économique. On était à deux doigts d’atteindre le point d’achèvement. Mais, suite au décès du président, tout est remis en cause. Il est essentiel que la gestion macroéconomique et la restauration des relations entre la Guinée et les partenaires au développement, puissent nous permettre de s’attaquer de manière durable à la pauvreté. La durée de la transition doit prendre en compte ces deux objectifs majeurs de l’intérêt national, à savoir le 10ème FED et l’atteinte du point d’achèvement. Parce que c’est de là que découleront les processus permettant de redresser le pays sur les plans socio-économique et politique.
Nous constatons aujourd’hui que toutes les régies financières sont rattachées à la présidence. Que vous inspire cette centralisation des services de l’Etat ?
Je crois que c’est une question qui concerne la gouvernance actuelle. Ils ont hérité d’une situation très difficile. Je crois que le chef de la junte, le capitaine Dadis, prouve par cette action qu’il n’a pas réellement confiance à l’administration de manière générale. Il a ses raisons qui peuvent être justifiables, mais est-ce la bonne méthode pour redresser la barre ? Et, c’est à ce niveau qu’il a été initiée une concertation entre les acteurs qui semblent être expérimentés, les mieux intéressés pour voir la modalité qu’il faut mettre en place, le changement organisationnel à engager pour qu’il y ait de la transparence dans la gestion des affaires financières de l’Etat. Je crois que c’est à ce niveau là que la réflexion devrait être faite. Parce que ce n’est pas seulement une question de personnes, c’est une question de méthode, d’organisation, de vision que l’administration publique ou financière du pays doit adopter pour qu’il puisse y avoir des contrôles ou des mécanismes permettant de savoir l’orientation et l’utilisation des fonds de l’Etat. Donc, je crois qu’il faut revoir de fond en comble l’organisation du ministère des Finances pour avoir une transparence dans la gestion des régies financières. Pour les douanes et les impôts par exemple, il doit y avoir des mécanismes qui permettent de savoir l’organisation des services. Par exemple, en 1985, le président Lansana Conté a éliminé toutes les banques qui existaient dans le pays. Et de nouvelles banques ont été créées avec des capitaux étrangers et une assistance technique étrangère. Tant bien que mal, ces banques qui ont fait plus de vingt ans d’existence dans notre pays, ont prouvé leur compétence, leur capacité managériale efficace. Je pense donc qu’il suffit d’avoir une volonté politique pour changer la manière dont on fonctionne depuis plus de 50 ans. Et je crois qu’il sera possible de générer les plus values pour que la Guinée ne soit pas perdante à chaque fois qu’il y a l’implication de l’Etat dans certains types d’opérations.
Depuis quelques jours, les Guinéens suivent de près, sur le petit écran, les débats concernant la guerre que le président Dadis a déclarée contre les narcotrafiquants. Quels sont vos commentaires à propos ?
Je pense que la lutte contre les narcotrafiquants, c’est une lutte pour la survie collective du pays. Je sais qu’il y a quelque moment, la communauté internationale avait présenté aux autorités guinéennes une liste de personnalités qui semblaient être impliquées dans ce trafic. On salue cette volonté et la détermination de la junte d’avoir engager cette bataille. Nous espérons qu’elle ira jusqu’au bout pour éradiquer du territoire ces trafics qui sont capables de remettre en cause la stabilité d’un pays. Et de ce point de vue, le CNDD a notre soutien, nos encouragements pour cette noble tâche. Parce que lutter contre le trafic de la drogue, c’est préserver la Guinée de l’implosion et surtout préserver la sécurité de la sous-région. Je crois que ceci est primordial pour nous tourner vers l’avenir, le progrès du pays. Sinon, nous risquerons d’aller vers la déchéance.
Comment jugez-vous la manière de présenter les choses quand on sait qu’il y a le principe de la présomption d’innocence et du respect du droit humain?
Je pense que c’est une méthode qui vaut ce que ça vaut. Mais au niveau positif, on peut dire que ça montre une volonté politique d’implication du chef de l’Etat dans la lutte contre les narcotrafiquants. Je pense qu’il faut saluer cette médiatisation qui peut dissuader toute autre récidive dans ce genre d’action. Mais également, il faut veiller pour que cette volonté de médiatiser en outrance ces actions ne soit pas à l’encontre des intérêts fondamentaux de l’Etat de droit qui implique un respect de la procédure. C'est-à-dire l’utilisation d’une juridiction bien appropriée pour mener les enquêtes et éviter d’étaler sur la place publique des informations qui seraient susceptibles de bloquer la poursuite des enquêtes. Et éviter le risque que sur le plan international des gros poissons, comme on aime le dire, puissent passer à travers les mailles. L’autre risque non des moindres que le chef de l’Etat prend, c’est au moment des poursuites judiciaires où de la manière la plus formelle, qu’il y ait des personnes qui remettent en cause leurs déclarations du début. Et là, le chef de l’Etat pourrait être utilisé dans des combats juridiques avec des Avocats qui ont une certaine expertise dans ce genre de chose. C’est pourquoi, il faut rendre à César ce qui appartient à César. Les poursuites judiciaires doivent être faites avec des juges d’instruction dans un cadre juridique bien approprié et exiger que ce soit fait avec la plus grande transparence. Maintenant, si on n’a pas confiance à la capacité de nos structures judiciaires de fonctionner correctement pour permettre de faire toute la lumière, il est possible que le gouvernement et le CNDD demandent une assistance technique extérieure. C'est-à-dire de la communauté internationale avec des expertises beaucoup plus approfondies permettant de faire le travail nécessaire, accompagnées d’une compétence nationale. Ceci pour nous permettre d’avoir quelque chose qui ne sera pas contestée demain devant les tribunaux et ça permettra de montrer que la Guinée s’engage dans le sens positif de coopération avec le monde extérieur pour lutter contre le fléau.
Le domicile de votre leader a fait ces derniers temps, l’objet de plusieurs perquisitions. Et Cellou Dalein Diallo a déclaré sur les ondes étrangères qu’il serait visé par les nouvelles autorités. Qu’es-ce que cela vous inspire comme réaction, en tant que premier Vice-président du parti?
Je crois que pour le premier élément, on avait pris acte des excuses formelles présentées au président El Hadj Cellou Dalein Diallo par rapport à l’incursion des forces militaires à son domicile le 1er janvier dernier. Et le lendemain 2 janvier, à son domicile, nous avions reçu aussi les excuses formulées par le Premier ministre, chef de gouvernement, M. Kabiné Komara. Nous avons pris acte de tout cela. Mais cela n’a pas empêché que par la suite nous ayons constaté qu’il y a des attitudes discriminatoires, disons des allusions à peine voilées contre la personne d’El Hadj Cellou Dalein Diallo dans le cadre de ses fonctions en tant qu’ancien ministre et ancien Premier ministre. Ceci est allé jusqu’au point où un de ses cousins qui n’avait aucune relation d’affaires avec lui, a fait l’objet de perquisition musclée et même certains biens de son patrimoine, de l’argent et un véhicule, ont été confisqués par les militaires qui lui avaient rendu visite. Tout cela montre des dynamiques d’intimidation à l’encontre des proches du président du parti. Il y a un papier qui a circulé, qui relève des procédures et une planification extrêmement dangereuse pour la paix et l’unité nationale. Il s’agit d’un document intitulé « Commission enquête et arrestation du CNDD », où il y a vraiment des manières systématiques illogiques, implacables pour éliminer de la scène politique El Hadj Cellou Dalein Diallo. Non pas parce qu’il aurait été coupable de malversations ou de détournements de deniers publics, mais tout simplement pour deux raisons essentielles. La première, parce que si on ne l’arrête pas, il peut être élu président de la République ; la deuxième, à cause peut-être de son origine ethnique. Et ça, c’est quelque chose d’extrêmement grave qui remet en cause les fondements de la République guinéenne. En tout cas, cela ne devrait pas être un appui pour le CNDD s’il s’inscrit dans une dynamique d’approfondissement du processus démocratique, car ceci va à l’encontre de ses objectifs affirmés. La question de l’ivoirité en Côte d’Ivoire a amené la guerre civile dans le pays. Comment des fonctionnaires de l’Etat, payés par le budget national, peuvent-ils remettre en cause les fondements essentiels de la nation guinéenne en considérant qu’une importante communauté ethnique de ce pays pourrait être considérée comme une communauté étrangère ? Le fait d’écrire cela dans des documents officiels, c’est une remise en cause des piliers de la loi fondamentale et ça, ça mérite des sanctions les plus sévères. Parce que, c’est comme ça que le Rwanda a été plongé dans un génocide massif. Et c’est aussi comme ça que la Côte d’Ivoire a éclaté, sans parler des autres pays limitrophes, la Sierra Léone et le Libéria. L’UFDG est un parti qui existe depuis 1992 de la manière la plus officielle, qui a des implantations sur l’ensemble du territoire national, qui regroupe des hommes et des femmes originaires de toutes les régions et issues de toutes les ethnies, qui n’entendent pas du tout être assimilés à une quelconque congloméra ethnique. Ceux qui écrivent cela sont en train d’induire en erreur le CNDD et de travailler à ce que le CNDD ne réussisse pas dans sa mission qui est celle de la restauration de la liberté démocratique et d’enclencher une véritable transition qui nous permet d’aller de l’avant. Nous demandons en tant que parti que le CNDD prenne ses responsabilités par rapport à ce genre d’actions, d’arrêter ceux qui sont entrain d’évoluer à contre courant de la réconciliation nationale. Et que le CNDD s’oriente vers une attitude empreinte de neutralité et d’impartialité vis-à-vis de tous les acteurs politiques, religieux et autres. C’est une condition pour la paix en Guinée car toute attitude qui serait à l’encontre de ce principe fondamental, entraînera la ruine et l’implosion en Guinée. Or nous, en tant que membres et responsables de l’UFDG, nous ne souhaitons pas aller dans cette direction
Que pensez-vous de la candidature indépendante en Guinée ?
Vous savez, nous sommes un Etat fragile, nous avons des institutions encore très fragiles. Nous avons passé de 1992 à 2008, c'est-à-dire près de 16 ans dans une démocratie formelle. Parce que les processus électoraux n’ont jamais été transparents, ni libres ni crédibles. Donc, c’est serait hasardeux d’épingler les partis politiques en disant qu’ils n’ont pas réussi dans leur mission originelle. Ce qui a empêché les partis politiques de réussir, c’est la mal gouvernance qui a été à l’œuvre pendant toute cette période. Aussi, il faut savoir que les partis doivent refléter l’expression ou l’opinion des populations. Or, on n’a jamais eu une élection réellement transparente et crédible pour savoir si un parti est de tel ou tel caractère. Donc, il faut expérimenter le multipartisme intégral pour permettre de juger l’efficacité ou l’inefficacité des partis politiques. Mais pour le moment, c’est prématuré d’accepter les candidatures indépendantes. Aussi, il ne faut pas oublier les luttes qui ont été menées notamment par les partis de l’opposition durant pratiquement ces vingt années, des hommes et des femmes patriotes, se sont sacrifiés au péril de leur vie. Certains ont perdu des années de liberté, d’autres ont vu leur carrière complètement brisée. Alors de quel droit, quelqu’un viendrait aujourd’hui sous prétexte que les temps ont changé, pour dire que tous ses gens-là ont été des incapables et qu’on doit tourner la page pour s’orienter vers une autre direction. Je pense qu’il faut appeler le chat par son nom. Si la légitimité historique de Mandela n’était pas reconnue, il ne serait pas le président de l’Afrique du Sud. C’est la reconnaissance de son combat qui a fait de lui le symbole de la réconciliation, de la restauration de la démocratie et de la République en Afrique du Sud. Ici en Guinée, on ne peut pas aller vers la restauration d’un Etat démocratique, vers le sens de la réconciliation nationale ou de la fédération des énergies pour que ce pays se mette debout, s’il n’y a pas la légitimité historique des hommes et des femmes qui ont tout donné pour qu’on aille de l’avant. Par rapport à la candidature indépendante, je dis que c’est prématuré de s’engager dans ce débat. Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui voudraient dire que les partis ne sont pas démocratiques. Mais je pense qu’il y a différents types de partis et chaque parti a sa culture, sa manière de faire. Mais comme je l’ai tantôt dis, nous sommes un Etat fragile et nos Institutions sont encore fragiles. Je prends un exemple sur les pays de l’ex Union Soviétique. Après la disparition de l’Union Soviétique, il y a eu des Etats qui se sont constitués et puis il y a eu des candidatures indépendantes qui ont été tolérées. Mais que s’est-il passé ? C’est par ce billet que la mafia a pris le pouvoir dans beaucoup d’Etat avec tout ce que cela a connu comme cortège de malheur, à savoir des conflits, des tragédies, du développement de la mafia. Et ici on lutte aujourd’hui contre les narcotrafiquants. Mais si on autorise des candidatures indépendantes, est-ce que vous ne pensez pas qu’avec un ou deux millions de dollars des gens ne pourront pas prendre le pouvoir dans les mairies qui seront transformées en des espaces de trafic de drogue ? On a vu à travers les dénonciations actuelles jusqu’à quel point l’Etat guinéen était gangrené par le narcotrafic. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de cette période qui est une période de fragilisation de nos Institutions, il faut se garder de s’engager dans des dynamiques qui risqueraient de favoriser l’émergence d’une criminalisation des Institutions de notre République. D’autre part, il faut savoir qu’un parti politique est un filtre social qui permet d’éduquer des hommes et des femmes qui peuvent devenir des maires, députés voire présidents de la république.
De nombreux observateurs pensent aujourd’hui que les Guinéens n’ont besoin que de trois partis politiques pour un processus démocratique viable. Qu’en dites-vous ?
Je crois que là aussi c’est un faux problème. Pourquoi ? Parce qu’en réalité nous savons tous qu’il n’y a pas plus de dix partis politiques qui fonctionnent réellement dans le pays. Je pense que c’est la question du processus électoral qu’il faut bien gérer pour limiter dans une seconde étape les partis qui n’auront pas de représentation parlementaire. Si le processus électoral est clair, crédible et transparent, un parti qui n’aurait pas une représentation parlementaire ne devrait pas à mon avis bénéficier ni de subvention ni être pris en compte comme étant une réelle formation politique. Mais il ne faudrait pas corseter le processus démocratique guinéen à travers deux ou trois partis. C’est l’histoire du pays qui permet à la longue de structurer le paysage politique en deux familles politiques peut-être opposées ou complémentaires et non des décisions administratives, ni des injonctions d’un président de la République ou de qui que ce soit.
Votre mot de la fin ?
Nous souhaitons que le CNDD privilégie sa mission essentielle, qui est celle d’une transition démocratique apaisée dans un délai imparti de manière consensuelle par tous les acteurs. Il doit être maître et impartial vis-à-vis de tous les acteurs politiques. Je pense que ceci est essentiel pour la réussite de sa mission.
Propos recueillis par Samory Keita Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |