 |
Implantations des comités de base du parti à travers le pays, les élections législatives, l’alliance entre l’UFDG et l’UPR, la hausse du prix du carburant, les marchés de gré à gré du Premier ministre…Voilà quelques-uns des sujets brûlants que avons abordés avec le secrétaire général l’UFDG. Un parti dirigé officiellement depuis le 15 novembre 2007 par l’ex Premier ministre, Cellou Dalein Diallo. L’Indépendant : M. Bah, depuis l’arrivée de Cellou à la tête du parti, vous avez entrepris un certain nombre d’actions sur le terrain, comme celle relative à l’implantation des comités de base à travers le pays. Où en êtes-vous aujourd’hui avec ces comités de base ? Amadou Oury Bah : Je pense que de ce point de vue, un grand effort, un effort exceptionnel a été fait pour assurer la présence de l’UFG sur l’ensemble du territoire national. Il faut a priori se féliciter que des régions dites non favorables à l’opposition aient été investies par l’UFDG, où le plus souvent l’accueil a été très chaleureux. L’implantation a été significative, notamment dans les zones comme Mandiana, Kérouané, Kouroussa, Siguiri, Kankan, etc. En Guinée Forestière aussi la dynamique est beaucoup plus importante. Pour la Basse Côte, n’en parlons pas, puisque le phénomène est très visible même à partir de Conakry. Donc, sur les quatre régions naturelles du pays, il y a une dynamique d’implantation très significative de l’UFDG qu’il faut mettre au compte de plusieurs facteurs. Le premier facteur, il faut reconnaître que l’arrivée d’Elhadj Cellou Dalein Diallo comme président de l’UFDG a été un signal pour beaucoup de gens. Ils se sont rendus compte que l’UFDG est un parti ouvert, un parti national où ils peuvent se sentir heureux. Le second facteur, il faut aussi noter qu’il y a les événements de janvier et février 2007 qui ont amené une bonne partie de nos compatriotes à se dire qu’on ne doit plus laisser le destin du pays entre les mains d’un groupe de fossoyeurs du régime qui voudraient prendre le pays en otage. Il faut donc préciser que c’est le facteur de rassemblement, le facteur d’ouverture, le facteur d’innovation, le facteur d’être à l’écoute de la dynamique de la société qui nous a permis d’engranger des adhésions massives. Mais cela n’a pas suffi, il a fallu avoir aussi une méthode d’approche. Cette méthode met en relief la nécessité d’aller à la base, mettre le parti à la disposition des citoyens. Cela veut dire que le parti c’est d’abord le citoyen à la base. Car c’est lui qui définit les problématiques du parti. Donc à ce niveau, on a pu corriger les erreurs de ces 15 dernières années pour ne pas avoir des représentations qui n’ont pas d’emprise sur le réel. Mais plutôt aller là où se trouvent les populations à travers les secteurs, dans les différents quartiers. A titre d’exemple, il faut noter que sur les 240 comités de base que nous avons pour le moment à Conakry, et certes en un mois nous aurons plus de 300, il y a près de 20 mille responsables à la base. Cela veut dire que c’est un renouvellement complet de la dynamique politique et une approche nouvelle que nous sommes en train de bâtir au niveau de l’UFDG. Et ce que je dis pour Conakry est aussi valable pour l’intérieur du pays sans aucune discrimination. Que ce soit en Haute-Guinée, Guinée forestière, Moyenne Guinée ou en Basse Guinée, la dynamique politique de l’UFDG est la même. Je pense donc que c’est une réconciliation des citoyens avec une meilleure approche politique. Qu’en est-il de l’alliance entre l’UFDG de Cellou Dalein et l’UPR de Bah Ousmane ? Bon, il faut dire que les questions d’alliance ne sont pas encore tranchées à notre niveau. Il y a en principe des concertations avec l’UPR, mais j’avoue que ces derniers temps cette concertation est un peu en veilleuse. Parce que la plupart des responsables de l’UPR qui devraient s’impliquer dans ces discussions ne sont pas à Conakry. Nous attendons ainsi leur retour pour savoir de ce côté-là, où est-ce que nous en sommes. Avec les autres partis aussi, il y a des discussions de manière générale par rapport à la définition de la stratégie de crise. C’est surtout à ce niveau que nous sommes en discussion avec les partis politiques. Mais la question d’alliance électorale n’est pas encore posée de manière officielle. Au cours d’une de vos réunions hebdomadaires vous étiez remonté contre le Premier ministre parce qu’il passe son temps, selon vous, à réhabiliter le régime de Sékou Touré au lieu de s’occuper des choses sérieuses. Que reprochez-vous réellement à Lansana Kouyaté après une année à la Primature ? Nous avons beaucoup de griefs par rapport à la façon dont l’actuel Premier ministre gère le pays après les événements douloureux de janvier et février 2007. Il a eu la chance, une légitimité qui aurait permis de prendre en compte les aspirations de changement de la société guinéenne. Il y a eu une feuille de route, quelles que soient ses imperfections, elle donnait une certaine indication. Il lui appartenait donc, en tant que Premier ministre, de mettre tout ça en phase, avec les contraintes et les possibilités du pays pour pouvoir les résoudre. Je pense que Lansana Kouyaté a mis tous ces atouts de côté pour aller dans une dynamique qui ne correspond pas avec les intérêts du pays à l’heure actuelle. Comme cette histoire de cinquantenaire. Je crois qu’il y a des choses qu’il fallait faire pour réconcilier les Guinéens avec eux-mêmes. Il devrait tout d’abord y avoir des discussions, des concertations et un éclaircissement sur les circonstances du passé. Comment les gens ont péri et dans quelles conditions ont-ils péri. Pour permettre aux Guinéens de restaurer la vérité historique. Et puis on pourrait voir, à ce moment-là, comment on pourrait se pardonner. Au lieu donc de s’atteler à cela, le Premier ministre s’est mis dans une dynamique de restauration de chanson ou de la « grandeur » de l’ancien régime. Or, nous, nous pensons que devant des blessures béantes, il faut nécessairement les soigner avant d’envisager autre chose. Aussi on doit savoir que la réconciliation ne concerne pas simplement l’ancien régime, elle concerne aussi l’actuel régime. Nous avons les événements de juillet 1985, de Kaporo-rail, de juillet 2006 et de janvier et février 2007. Il faut situer donc les responsabilités et condamner les coupables. Je dirais donc que c’est une erreur capitale de Kouyaté de s’engager dans une dynamique sans au préalable des concertations avec l’ensemble des acteurs tant de la société civile que des partis politiques. Ensuite, si on a critiqué les précédents gouvernements, c’est surtout à cause des marchés de gré à gré et autres abus de pouvoir. Et que Kouyaté vienne commettre les mêmes erreurs que ses prédécesseurs, cela est fortement inadmissible. Nous constatons qu’aujourd’hui sur l’ensemble des marchés qu’il offre, ce sont des marchés de gré à gré. Et qui dit marché gré à gré parle de la mal gouvernance. Comme marché gré à gré que le Premier ministre a donné il y a entre autres la cession des hôtels, le projet d’implantation des poteaux solaires sur le long de l’autoroute, l’approvisionnement des populations en riz pendant le mois de carême et tant d’autres marchés qu’il a eu à donner entre quatre murs. Nous avons dit merde aux gouvernements précédents du Général Lansana Conté du fait que la gestion économique était catastrophique. Donc que M. Kouyaté vienne sans au préalable chercher à clarifier un certain nombre de questions sur la gouvernance économique, on ne peut pas le comprendre encore moins le suivre aveuglément. Ensuite par rapport aux priorités des Guinéens, il a fait des promesses de manière légère, sur l’électricité, l’eau. Et après un an, où est-ce que nous en sommes ? Il n’a d’abord fait aucun résultat positif. Les actions prioritaires dont il a obtenu le financement, on ne voit jusqu’à présent le début d’aucune réalisation. Bien que semble-t-il les financements aient été obtenus. Aujourd’hui d’ailleurs c’est de sa faute s’il y a eu ce décret du président annulant la cession des hôtels qu’il a voulu donner aux Libyens. Il n’y a pas eu du tout de transparence. S’il y en avait eu, je pense qu’il se serait fondé à dire dans quelle circonstance il a voulu céder ces hôtels. Et maintenant je crois qu’il ne peut plus justifier cette erreur capitale où il s’est fait coincer par le général Lansana Conté. Quel regard portez-vous sur l’expulsion de Chantal Cole, PDG de « Alo » ? Je crois que cette attitude est un signe fort d’abus de pouvoir. Sinon, comment peut-on bien expulser quelqu’un qui a ses origines dans ce pays. Le droit guinéen n’admet pas le bannissement de ses ressortissants. Comment l’UFDG fait-il pour préparer les élections législatives prochaines ? Nous nous implantons sur l’ensemble du territoire guinéen et à l’étranger aussi. Nous allons mettre à profit les mois à venir pour consolider ce qui est déjà acquis sur le terrain. Procéder à la formation des différents responsables du parti qui évoluent à l’intérieur du pays. Ce, pour mieux suivre le processus électoral et pouvoir gérer les élections. Nous procédons également à la sensibilisation de nos militants à mieux s’organiser pour que tout le processus électoral se déroule devant eux. Des observateurs pensent qu’au risque de faire de grosses dépenses ou de sombrer dans le chaos, il serait mieux indiqué pour la Guinée d’attendre 2010 pour coupler les élections législatives et présidentielles. Qu’en dites-vous ? Je pense que les gens ne se rendent pas compte du danger qui guette la Guinée. Aujourd’hui avec la flambée du prix d’un litre de carburant à 7000 GNF, dont la répercussion se fera, sous peu de temps, ressentir sur le panier de la ménagère, les gens n’auront plus la possibilité de manger à leur faim. Si cette situation continue vous verrez que dans deux semaines ça va exploser. C’est dire qu’aujourd’hui la crise sociale est d’une extrême acuité. Il y a eu des sacrifices importants consentis en janvier et février 2007, avec plus d’une centaine de morts. Sacrifices consentis par les populations pour que les choses changent ou s’améliorent. Mais au contraire, la vie est devenue beaucoup plus difficile que par le passé. Si on attend qu’il y ait une explosion sociale, on ne sait pas jusqu’où les choses risquent d’aller. L’Algérie a plongé dans la guerre civile parce que la donne politique ne répondait plus à la situation qui prévalait. Et aujourd’hui il faut que nécessairement par des changements constitutionnels urgents et profonds que le peuple guinéen se rende compte que le tournant est décisif pour prendre en compte effectivement les problèmes de la Guinée à bras-le-corps. Si les Guinéens se rendent compte que leur souffrance et leur malheur ne sont pas pris en compte par l’Etat, ce sera un grave danger pour l’ensemble des institutions et la paix civile. On sait toujours comment commence la guerre, mais jamais comment elle se termine. C’est dans ce cadre que le processus électoral est extrêmement important pour stabiliser la situation politique guinéenne. Car plus on tarde à avoir une Assemblée Nationale légitime, plus de réels dangers guettent la Guinée. Parce que, à tout moment, n’importe qui pourra dire qu’il représente tout, et ça il faut l’éviter. Donc, le plus urgent c’est que les élections législatives puissent se faire dans de bonnes conditions, et qu’elles puissent avoir lieu au mois de novembre. On devrait surtout s’arranger pour qu’il n’y ait pas de nouveau report de la tenue des élections. Ceux qui estiment qu’il faut attendre jusqu’en 2010 pour coupler les élections font des faux calculs. On n’est pas là pour faire des calculs politiciens mais plutôt pour empêcher la Guinée de sombrer. Si certains veulent jouer avec l’avenir de la Guinée, en tout cas au niveau de l’UFDG, on ne veut pas faire partie de ceux qui jouent avec la vie des Guinéens. Il faudrait donc que dans les prochains jours une donne soit indiquée pour qu’il y ait un tournant. Si rien n’est fait dans deux semaines, l’explosion sociale sera inévitable. En d’autres termes, nous n’hésitons pas de dire qu’il faut abréger la gouvernance Kouyaté pendant qu’il est temps. Comment réagissez-vous face à l’augmentation du prix du carburant par le Gouvernement ? Le gouvernement lie cette augmentation au phénomène du cours des marchés mondiaux. Il prétend que les facteurs externes priment sur les facteurs internes. Cependant, moi je pense qu’une bonne partie de l’inflation est interne, en Guinée. Depuis maintenant cinq années on est en train de gérer une situation de crise et le gouvernement n’a pas pris le taureau par les cornes pour changer la donne. Il a même eu une chance inouïe que dès le mois de mars 2007 les devises ont considérablement chuté. A cette époque s’il avait pris à bras-le-corps les problèmes du pays, en procédant à des changements que la population exigeait au niveau de la Banque Centrale, on aurait pu soutenir aujourd’hui l’inflation importée. Sans mettre la survie de la population guinéenne en danger. Mais il a plutôt assigné la continuité de la mauvaise gestion de la Banque Centrale par les gouvernements précédents. Quelle solution préconiser pour sortir la Guinée de sa crise actuelle ? Sortir de cette crise, demande un changement politique majeur. Que les Guinéens puissent avoir confiance en l’équipe gouvernementale qui pourrait être mise en place. Il faut aussi que le Gouvernement s’investisse à assainir l’économie nationale, à donner du travail aux gens et non à les nourrir de fausses promesses. Ensuite, créer les infrastructures de base pour permettre aux Guinéens de se sentir heureux chez eux. Nous sommes tous conscients qu’il faudrait redoubler d’ardeur pour en arriver là. Mais lorsqu’on a la volonté et la hargne de réussir on pourra atteindre le bout du tunnel. Propos recueillis par Samory Keïta, L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |