|
Suite à l’entretien que le nouveau Premier ministre, Dr Ahmed Tidiane Souaré a eu avec des partis politiques (mouvance, opposition), nous avons approché le secrétaire général de l’UFDG, Bah Oury, pour en savoir davantage sur les points élucidés au cours de cette rencontre. Le Démocrate : Le nouveau PM a récemment rencontré certains partis politiques. Pouvez-vous nous dire de quoi il a été question ? Bah Oury : Je tiens d’abord à souligner que c’est une forte délégation de l’Ufdg conduite par le président Mamadou Cellou Dalein Diallo que le PM a reçue à la Primature. Au cours de cette rencontre, le PM a fait état de la situation qui prévaut dans le pays, notamment la mutinerie au sein de l’armée. Ensuite les instructions qu’il a reçues du président de la République, à savoir la nécessité de mettre en place un gouvernement de large ouverture. C'est-à-dire en faisant appel aux forces politiques et sociales. Pour faire en sorte que les négociations avec le FMI aillent jusqu’au bout. Et puis sur la bonne gouvernance qu’il faut améliorer dans le pays. En gros, ce sont les principaux points qui ont été évoqués par le PM. Ainsi en réponse le président du parti a d’abord félicité le PM pour sa nomination à ce poste aussi stratégique. Puisqu’il a une connaissance approfondie du pays. Il a une expérience avérée au sein de l’administration publique. Et puis il est d’un tempérament qui lui permettra de réunir des hommes et des femmes capables de travailler dans l’intérêt du pays. Aussi par rapport à la nécessité d’organiser les élections législatives, Ahmed Tidiane Souaré a pris des engagements et l’Ufdg compte apporter son soutien dans l’intérêt de la nation. Qu’est ce que l’Ufdg et le PM se sont dit sur la formation du futur gouvernement? Bon, par rapport à cette question nos exigences ont été les points qui ont été principalement énumérés par le PM. Notamment l’organisation des élections législatives d’ici la fin de l’année et la nécessité de rétablir les équilibres macro économiques, la nécessité d’appliquer une politique sociale plus juste à l’égard du plus faible et la bonne gouvernance. Et comme ces points font partie des engagements du PM, l’Ufdg entend soutenir cette politique et si c’est nécessaire avoir certains de ses éléments dans le gouvernement. Vous vous attendez donc à un gouvernement d’union nationale ? Ecoutez, je pense que ça c’est un des premiers points que le PM a évoqué en disant qu’il a reçu des instructions du président de la République de mettre en place un gouvernement de large ouverture. Ce, en faisant appel aux partis politiques et d’autres forces sociales. On peut aussi dire qu’il s’agit d’un gouvernement d’union nationale. Mais en d’autres termes, c’est ça qui est en filigrane, et qui pourrait être ce qui va être mis en place par le nouveau PM. L’Ufdg semble très engagée à prendre part à ce gouvernement. Qu’est ce qui a motivé cette option ? Je crois que dans le contexte actuel, c’est la première fois qu’un PM évoque avec les partis politiques la nécessité de composer un gouvernement de large ouverture. Ce qui est une première dans l’histoire politique de notre pays. Celui qui aurait dû faire ça c’était bel et bien Lansana Kouyaté, mais il ne l’a jamais fait. Et puis, nous avons vu la nécessité de la politique que l’ex PM a mise en place. Je pense donc, dans un contexte socio économique très difficile comme celui-ci, que c’est tout à fait nécessaire que les cadres du pays de toutes les tendances confondues se donnent la main pour mener une politique qui va dans le sens de l’intérêt national. Il y va dans l’intérêt de nous tous. Notamment les partis politiques, la société civile, les institutions républicaines et d’autres forces sociales. Les partis politiques en prenant part au futur gouvernement, cela aura-t- il un impact sur la vie socio économique de la population guinéenne ? Je crois que si la majorité des partis politiques, les principaux surtout, sont dans ce gouvernement, c’est une nouvelle expérience politique qui va commencer en Guinée. Ça permettra de prendre en compte nécessairement des besoins et des aspirations des populations dans le processus du développement national. Il s’agit d’assurer une bonne représentativité du gouvernement par rapport au pays tout entier. Ainsi, je pense que ce serait une nouvelle donne de la démocratie guinéenne en devenir. Et je crois que ceci est extrêmement important à partir du moment où le choix des ministres ne dépend pas uniquement du PM ou du président de la République. Car ce sont les partis eux-mêmes qui désigneront au PM ces cadres qui prendront part au gouvernement. Ce qui renforcera la démocratie et la participation de tous à prendre en charge les problèmes nationaux. Et si je me permet c’est une expérience qu’il faut tenter. Puisque c’est la seule manière de pouvoir avoir des élections transparentes, crédibles et acceptables pour le peuple de Guinée. Pensez-vous que pour une fois le gouvernement auquel on s’attend aura les coudées franches ? Bon, moi je pense que dans ce gouvernement, les cadres des partis politiques qui seront sollicités auront toujours leur mot à dire sur la gouvernance. Surtout que ces partis souhaiteront que leurs cadres montrent le meilleur exemple dans la gestion gouvernementale. En ce sens que c’est l’image de marque du parti qui sera véhiculée. Nous sommes conscients que les difficultés sont réelles. Le pays est dans une situation économique et financière extrêmement difficile, l’instabilité politique est devenue chronique depuis un certain temps. Il faut donc ramener la paix à travers une réconciliation véritable des Guinéens, il faut ramener la confiance entre les Guinéens à travers un dialogue permanent. Et s’atteler en même temps au programme et aux réformes pour permettre enfin à notre pays de bouger. Je ne dis pas que ça sera facile, mais c’est un nouveau challenge qui est lancé. Si on estime que, en tant que parti de l’opposition, on représente une alternative pour changer la Guinée, je pense que dans le cadre d’un gouvernement de large ouverture, c’est le premier pas pour montrer de quoi les partis politiques aussi sont capables pour contribuer au renforcement du processus chaotique et au redressement économique et financier de la Guinée. Bien que le contexte soit difficile, mais comme un soldat, lorsque le devoir vous appelle il faut répondre parce qu’il y va de l’intérêt national. Après plus de deux décennies de règne sans partage, le régime actuel semble disposé enfin à associer les partis politiques pour diriger le pays. Cette main tendue ne constitue-t-elle pas un piège pour les partis politiques qui risquent d’être indexés aussi dans les prochains jours sur la mauvaise gestion du pays ? Vous savez dans la vie il faut aller selon vos convictions, selon votre vision de l’avenir, votre vision du pays. Et à l’heure actuelle, en ce qui nous concerne à l’Ufdg, nous souhaitons ardemment que ce pays puisse aller de l’avant, que les populations souffrent moins et qu’on puisse être fiers de notre pays. Dans ce cadre, puisque nous sommes sollicités, nous apporterons notre contribution sans arrière pensée, sans calcul. Le reste nous laissons à l’histoire de juger, et à l’expérience de montrer que nous avons eu raison ou tort, de prendre part au futur gouvernement. Mais on ne pourra jamais nous reprocher que nous soyons sollicités au moment le plus difficile de l’histoire de notre pays, et que nous rejetons cet appel, car nous, nous pensons qu’il faut répondre à l’appel pour ressouder les morceaux, pour permettre à notre pays de progresser en tout cas, si c’est l’intention fondamentale nous jouerons la carte de la loyauté vis-à-vis de l’intérêt du pays. Et par contre si d’autres ont d’autres idées, l’avenir nous dira ce qu’il en sera. Mais pour le moment, gardons-nous de jeter la pierre à quelqu’un sans que l’expérience et l’activité réelle nous montrent que les intentions ont été autres que ce à quoi nous nous attendions. L’Ufdg va-t-elle dénoncer des cas d’obstructions rencontrés dans le fonctionnement du gouvernement ? De toute façon nous sommes en train d’expérimenter une nouvelle démarche démocratique dans notre pays. Et il faut que ça marche. Je pense que le PM est engagé dans cette politique, puisque c’est lui-même qui l’exprime officiellement. Quelles sont les grandes priorités auxquelles le PM doit faire face pour répondre aux attentes des Guinéens ? Le PM devra s’atteler d’abord à ramener la stabilité politique dans le pays. Ensuite, il y a la nécessité de préparer les Guinéens à faire face à la crise internationale et à la crise intérieure. Ça à travers des mesures économiques et sociales pour permettre aux Guinéens de passer ce cap de crise que nous vivons. Il faut aussi qu’il réponde aux exigences du FMI pour permettre à notre pays d’obtenir un allègement de sa dette extérieure. Et que ces fonds soient investis dans des secteurs prioritaires. Les Guinéens peuvent-ils s’attendre aujourd’hui au rétablissement rapide de l’eau et l’électricité ? Non, je crois que dans le contexte actuel il est très difficile de régler tous les problèmes. On peut plutôt atténuer certains problèmes. Mais ce qui peut nous permettre de régler de manière significative les problèmes pour que ça soit ressenti au niveau des populations, il faudrait d’emblée une bonne gouvernance. Quant au rétablissement de l’eau et de l’électricité, je pense qu’il y a des mesures structurelles qu’il faut prendre. Et ces mesures, il faut au moins un an pour que les populations puissent ressentir leur impact positif. Propos recueillis par Samory Kéïta Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|