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La Guinée est loin de sortir de l’ornière contrairement aux promesses faites par le gouvernement de Lansana Kouyaté à sa prise de fonction, il y a un an. Pour faire le point sur cette situation de crise pour la survie, notre reporter a rencontré le doyen de l’opposition guinéenne, Bâ Mamadou, président d’honneur de l’UFDG, qui a fait une analyse succincte de la situation. Le Démocrate : On sent de plus en plus un rapprochement entre l’UFDG et l’UPR. Qu’en est-il réellement ? Bâ Mamadou : Oui cela fait déjà à peu près un an que j’ai personnellement pris en main les possibilités de rapprochement entre les partis politiques un peu proches, et c’est ainsi que nous avons pu faire venir Dr Saliou Bella au sein de l’UFDG, puis nous avons attiré l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo qui est maintenant président du parti, et moi je suis le président d’honneur. Nous avons aussi mis en place la possibilité de négocier avec l’UPR pour essayer de former une liste unique aux élections législatives. Ces négociations continuent en même temps, nous nous organisons afin d’aller aux élections d’une manière effective. En cas d’entente autour d’une liste unique, qui sera la tête de cette liste, parce que c’est là où il y a problème ? Nous n’avons pas fini les négociations encore. Mais pour le moment rien n’est précis. C’est simplement la volonté d’avoir une liste unique que nous avons exprimée. Et on saura pour le reste et chacun de nous se prépare à implanter le parti, à organiser d’une manière précise les problèmes électoraux pour qu’on puisse participer aux élections. Les législatives vont certainement se tenir cette année. Comment vont les préparatifs au sein de votre formation politique ? Oui, effectivement nous nous organisons pour vraiment faire ces élections d’une manière correcte, parce que nous estimons que ces élections constituent un grand tournant. Nous espérons qu’elles seront pour la première fois libres et transparentes, régulières et qu’elles ne souffriront d’aucune contestation, si toutefois on donne un appui suffisant à la CENI. Mais on ne sait pas encore ce que le gouvernement va faire mais nous espérons que la CENI aura les moyens. Parce que jusqu’à présent elle n’a pas un budget qui puisse lui permettre de contrôler les élections. En deuxième lieu, le ministre de l’Intérieur n’a pas l’air d’être assez dynamique pour l’organisation de ces élections étant donné que le matériel électoral n’est jusqu’à présent pas arrivé à Conakry. Nous avons l’impression que le ministre de l’Intérieur ne veut pas que les élections aient lieu cette année. Justement les Kits n’arrivent qu’au mois d’avril ce qui nous conduit en saison hivernale. Vue cette situation ne craignez vous pas un report ? Oui on a perdu du temps parce qu’on voulait que ces élections aient lieu au moins en juin. Maintenant cette date est déjà dépassée, et nous espérons au moins la tenue des dites élections au mois de novembre, car nous estimons que c’est le dernier délai pour qu’on puisse avoir le scrutin cette année et nous allons nous battre pour cela. Les partis politiques de l’opposition vont s’organiser pour faire en sorte que les élections aient lieu au plus tard au mois de novembre prochain. L’ultimatum lancé par l’inter-centrale expire le 31 mars prochain. Et rien ne semble bouger dans le pays avec cette situation de cherté des prix qui rend la vie difficile aux Guinéens. Quelle lecture faites-vous de la situation ? Vous savez qu’il y a déjà eu une erreur commise par les syndicats. Ils ont voulu faire des revendications syndicales et politiques en même temps. En mélangeant les deux, cela crée un problème. S’ils s’étaient tenus d’abord à leur revendications syndicales d’une manière claire, cela aurait pu être plus facile à discuter. Mais ils ne peuvent pas avoir des revendications politiques et en même temps menacer d’aller en grève. C’est pourquoi nous nous sommes dit qu’ils ne peuvent pas se substituer à la classe politique pour prendre des décisions à la place du gouvernement. Donc nous estimons qu’il faut une consultation préalable pour qu’on puisse discuter de ce qu’il y a à faire, afin qu’on puisse faire des propositions concrètes au gouvernement. Mais s’ils s’entêtent à faire seuls le débat cela donnera des mauvais résultats. Jusqu’à présent, ils n’ont pas compris qu’ils ne peuvent pas parler au nom de tout le peuple. Ils doivent plutôt parler au nom des travailleurs, ce ne sont pas eux qui représentent le peuple. Ce sont les partis politiques qui représentant le peuple. Donc s’ils se substituent aux partis politiques le résultat ne sera pas intéressant. Donc nous estimons que cet ultimatum doit être encore repoussé jusqu’à ce qu’on ait une concertation pour faire des propositions concrètes. A l’allure où vont les choses, pensez-vous que le gouvernement pourra sauver la Guinée de la dérive ? Ce gouvernement a commencé par faire des promesses qu’il ne peut pas tenir. Il avait promis de l’eau et de l’électricité. A ce moment là j’avais personnellement dit que c’était une promesse qu’il ne pouvait pas tenir. Le problème est clair, pendant dix ans, il n’y a pas eu d’investissement dans le secteur de l’eau et d’électricité, des investissements importants, or plus la population s’accroît, plus les besoins dans ces deux secteurs augmentent. On a fini Garafiri en 96-97, donc normalement dix ans après, on aurait dû faire fonctionner une deuxième centrale et on ne l’a pas fait. Tous les dix ans au moins il faut une nouvelle centrale d’une puissance importante. Tant qu’on aura pas résolu ce problème, il n’est pas question qu’on puisse régler le problème d’eau et d’électricité à Conakry. Deuxièmement, si on ne réorganise pas les secteurs de l’eau et de l’électricité dont les cadres ne sont pas compétents, on m’a expliqué qu’il n’y avait même pas un seul ingénieur ni à l’eau ni à l’électricité, rien ne va bouger. Le gouvernement a fait aussi des promesses de stopper la hausse des prix. Cela n’est pas possible car ce n’est pas lui qui fixe les prix, le prix du carburant est fixé ailleurs et le riz aussi vient d’ailleurs. Donc il est difficile pour le gouvernement de fixer les prix. Mais ce que les syndicalistes demandent n’est pas non plus normal, pour ce qui est d’amener les travailleurs à avoir le riz à bas prix. Pendant ce temps, ils briment les agriculteurs qu’ils empêchent même d’exporter leurs produits. Il y a beaucoup de choses qui font qu’il doit y avoir une concertation nationale. Pour qu’on puisse dire qu’il n’y a pas que les travailleurs du secteur public et privé qui doivent entrer en ligne de compte en Guinée. Il y a tous les Guinéens qui son majoritaires, ceux qui travaillent ne représentent que 10% de la population. On ne peut pas laisser les syndicats décider ce qu’ils veulent comme ils ont décidé d’ailleurs d’augmenter l’âge de la retraite, ça c’est leur problème, alors que les jeunes sont les plus nombreux. Une mesure impopulaire, étant donné que la jeunesse guinéenne se trouve au chômage. On ne peut pas résoudre ses problèmes personnels au détriment des Guinéens. Les syndicats doivent comprendre que si nous avons participé à la grève de janvier et févier, c’est parce qu’ils avaient raison de bouger. Si maintenant ils continuent de faire usage de la force pour appliquer des décisions nuisibles à l’intérêt général, cela n’est pas normal. Nous ne nous battrons jamais pour brimer l’intérêt d’un groupe de Guinéens au profit d’un autre. Qu’ils sachent qu’ils sont minoritaires, et qu’ils ne peuvent pas prendre des décisions à la place de la majorité des Guinéens. Propos recueillis par Aly Badara Condé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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