En s’emparant du pouvoir quelques heures seulement après l’annonce officielle de la disparition du Général Conté, le Capitaine Moussa Dadis Camara vient de donner une espérance à nos compatriotes.
Au départ, j’avais pris le coup de force tant souhaité pour une farce. Je suis soulagé que du sang n’ait pas été versé et rassuré par les premières mesures du chef de la junte, qui fait office désormais, de Président de la République.
Depuis le coup d’Etat, on entend toutes sortes de déclarations et d’appels à la pelle sur le Net : des leçons sont données, des lettres expédiées sans certitude de parvenir au destinataire, des motions, transmises, etc. Partout on prend acte de la situation (je ne vois pas ce qu’on pourrait faire d’autre !), certains par réalisme, d’autres par conviction.
Personnellement, je crois qu’il faut soutenir le Président Camara et ses camarades de combat, car je suis convaincu de leur appartenance quasi-totale à cette « Fraction Républicaine de l’Armée » qui n’a répondu qu’à la 39e et dernière lettre de l’infatigable M. Sy Savané.
Un coup d’Etat est toujours une prise de pouvoir par des moyens illégaux, aucune constitution n’en retenant la méthode. C’est un « accident » de la vie politique d’un pays. Il peut être salutaire comme celui qui vient de nous être octroyé et qui est en bonne voie de légitimation.
Si celui de début avril 1984 s’était déroulé contre un cercueil (celui de Sékou Touré), le coup de fin décembre 2008 semble avoir été bien préparé, chacun sentant la mort prochaine de Conté.
Dans une Guinée « westernisée », le Capitaine Camara a dégainé le premier ! Ceux qui voulaient prendre le pouvoir seulement après l’enterrement de leur chef (en acceptant de supporter une forte odeur de putréfaction car, paraît-il, le corps de celui qui a pourri la vie des Guinéens n’était pas en chambre froide !) ont vu leurs espoirs s’envoler !
Dans cette affaire de coup d’Etat, il est significatif de constater qu’aucun n’a tort : le Capitaine Camara a raison de prendre le pouvoir, les partisans de M. Somparé demandant qu’il assume l’intérim, ont des arguments viables, bien que peu fiables, l’extérieur qui demande le retour à l’ordre constitutionnel est dans son rôle, etc.
Cependant, l’ambassade des USA à Conakry n’avait pas à « exiger » quoi que ce soit ! Ce n’est pas le rôle d’une mission diplomatique de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un Etat souverain ! Dans les relations internationales, la courtoisie voudrait qu’on utilise des verbes comme « demander » et « souhaiter » afin d’éviter un ordre à caractère impératif. Le Président Wade (qui a exprimé mon souhait) a commis lui aussi une erreur en demandant publiquement le soutien à une junte. Je ne serai pas étonné qu’il s’agisse d’un calcul politicien de sa part !
Je me prononce donc très clairement : j’approuve le coup du Capitaine Camara !
Cependant, j’attends de lui le respect de ses engagements, à savoir l’instauration de la démocratie, le plus rapidement possible. Beaucoup lui donnent des conseils sur ce qu’il doit faire. Je préfère attirer son attention sur certains points à observer, en sa qualité de chef, pour l’année 2009 :
- assurer la sécurité des personnes et des biens : la peur n’est pas qu’à Conakry ; elle a conquis tout le territoire. Des voleurs en uniforme circulent, même en pleine journée !
- redorer le blason de l’armée en tant qu’institution en faisant quelque chose pour les victimes des violences de juin 2006, janvier et février 2007.
- permettre à M. Komara de constituer rapidement un gouvernement représentatif du pays et laisser ce gouvernement travailler.
Le Capitaine Camara se dit patriote, et la patrie, c’est toute la Guinée, de Yomou à Koundara et de Siguiri aux Iles de Los ! On sait que le CNDD n’est pas le gouvernement, mais à la lecture de ses 32 membres, on constate que compte n’a pas été tenu des sensibilités régionales, comme vient de le souligner le sage et très clairvoyant Ansoumane Doré !
Il est vrai qu’on récompense en priorité ceux qui se sont effectivement battus, mais un chef doit être plus équitable que juste ! Entre l’alcool et le fusil, certains ont malheureusement choisi la bouteille et, au lieu d’aller à la chasse et participer au partage, ils attendent l’arrivée du gibier pour quémander, honteusement, un morceau qu’on veut bien leur donner. Pourtant, mieux vaudrait, pour un soldat, mourir par balles que par alcoolisme teinté de couardise. Dignité, où es-tu ?
- réorganiser l’armée en revoyant la chaîne de commandement. Un grade se mérite, autrement tout se dégrade. Le Capitaine Camara s’est autoproclamé président de la république. Il ne faut pas qu’il se proclame Général de…division ! Quand on est en tête, on est capitaine et c’est largement suffisant. Nasser et Boumediene sont restés modestement colonels et pourtant, ils avaient l’ascendant sur tout. Mobutu était maréchal mais on a vu comment il a fini !
- le goût immodéré des titres ayant un coût moral, le Capitaine Camara doit refuser le qualificatif « Excellence », que des démagogues commencent à lui attribuer ! Pour le moment, il doit exceller dans l’application de son programme : mettre de l’ordre, lutter contre la corruption et l’impunité, organiser des élections crédibles, etc.
- entré subitement au devant de la scène politique, le Capitaine Camara a le vent en poupe ! Pour qu’il reste l’« ami public n° 1 », il doit maintenir le cap au service de l’intérêt national.
Dernier conseil à destination de Mme Camara : vous avez pour le moment le titre de « première dame » et certains vont tourner 7 fois autour de vous, comme si vous étiez la « Kaaba ». Ne créez jamais, au plus grand jamais, d’ONG ou d’association bidon et n’allez jamais faire le marché en voiture 4X4 ! Ce sera la meilleure façon d’aider votre mari.
Bonne année 2009 !
Ibrahima Kylé Diallo
Directeur de www.guineenet.org
pour www.guineeactu.com