samedi 14 août 2010
Avec Alpha, les « normes » reviennent !

Alpha Condé a fait du changement, le thème et le leitmotiv de sa campagne.

Le changement est une dynamique inéluctable dans la vie des sociétés. Il peut être positif ou négatif en fonction des paradigmes sur lesquels il s’appuie et du leadership qui l’impulse. Il va de soi que le leader du RPG n’a pas la même perception du changement que ses concurrents, notamment Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo. Car ils n’ont pas appris la politique et l’économie à la même école. Alpha Condé est pétri de marxisme-léninisme. Sidya et Cellou, sans fréquenter les mêmes universités, ont bûché les théories économiques libérales et néolibérales. Le changement qu’Alpha Condé propose à la Guinée et qu’il n’a malheureusement pas déroulé dans son entièreté, durant la campagne, ne pourra être autre chose que le reflet de son cursus universitaire, de son parcours et de ses fréquentations politiques, adapté au contexte sociopolitique guinéen fortement marqué par l’ethno stratégie. Le marxisme-léninisme sera la doctrine d’incubation des politiques économiques, sociales et culturelles de l’équipe Alpha Condé au pouvoir, si par miracle, elle y parvenait. Les indices de telles velléités ont parcouru, tout le long de la campagne, les discours trompeurs du leader du RPG. Déjà, il menace et cloue aux piloris les commerçants qu’il accuse en même temps que son adversaire Cellou Dalein Diallo, d’avoir mis l’économie nationale à genoux, en oubliant seulement de citer la kyrielle de prédateurs qui renforcent désormais son équipe. Il est capable, comme Sékou Touré en son temps, de nationaliser les circuits de distribution de l’économie tout en déclenchant contre les commerçants une chasse aux sorcières. Les affres de la loi cadre de novembre 1964 sur le commerce se profilent ainsi à l’horizon. Il faut rappeler que cette loi avait brutalement mis fin aux initiatives privées et ruiné en une seule semaine, des milliers d’honnêtes guinéens exerçant la profession de commerçants. Certains peuvent à présent se réjouir de cette perspective, ignorant que ce ne serait sans doute là que le début d’une longue croisade contre les professions libérales, comme on l’a vu à partir de novembre 1964. Une telle dynamique nous conduira inéluctablement à la collectivisation de l’économie et conséquemment au monopole d’Etat que même les Soviétiques ont fini par abandonner. Le changement destiné à corriger le dysfonctionnement actuel des circuits de distribution des biens et services marchands, aboutira alors à un passé qu’on croyait révolu, où prévalait le principe marxiste «A chacun selon ses besoins ». On acquérait ces biens et ces services au moyen de tickets de rationnement, au bout de longues files d’attente, dans des magasins d’Etat. Qui voudrait encore revivre ou vivre cette époque cauchemardesque caractérisée par une rupture de confiance entre l’Etat et le secteur privé national qui a dépéri et disparu. L’Etat redeviendra, comme à l’ère de la révolution, le seul employeur parce qu’étant le principal créateur d’emplois. Comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, on assistera à la raréfaction des biens, sur le marché, y compris les denrées de première nécessité. On recommencera à attendre d’hypothétiques bateaux de marchandises. Comme naguère !

Lorsque l’on sait qu’Alpha Condé est l’un de ces utopistes qui rêvent d’une zone monétaire à l’échelle du continent africain, sans se préoccuper des contraintes imposées par les critères de convergence, il y a lieu de s’interroger sur l’efficacité des politiques monétaires qu’il entreprendra. Il faut craindre que la gestion socialo communiste inappropriée de la monnaie nationale dans la perspective de la construction d’une telle zone monétaire, n’entraîne une forte dépréciation du franc guinéen qui n’aurait plus que la valeur d’une monnaie de singe.

Aussi, Alpha Condé est devenu au fil des années et pour assouvir la soif de pouvoir qui l’étreint, un fin ethno stratège. Tenez ! L’ensemble des candidats malinkés ont rejoint, après le 1er tour, le RPG faisant du coup de ce parti, un véritable rassemblement mandingue qui s’est inscrit dans la logique « Tous contre Un ». Ce n’est pas l’appui de quelques partis insignifiants de la Basse Guinée dont les têtes d’affiche n’ont même pas, ensemble, obtenu au premier tour, 2 % des suffrages des guinéens, qui peut brouiller cette image que l’on peut avoir de Alpha Condé, membre actif de l’International Socialiste. Sous sa férule, une vaste campagne de dénigrement et de calomnie voire d’injures grossières, se développe contre l’UFR et son Président qui ont commis le sacrilège de constituer une alliance avec l’UFDG sur une base pourtant objective et rationnelle. A dire vrai, le seul reproche qu’Alpha Condé, ses militants et autres ouailles font à Sidya et l’UFR, c’est d’avoir choisi « le camp des peulhs ». C’est pourquoi, il use de tous les subterfuges (neveu des soussous, ami des forestiers, etc.) pour rassembler la Guinée maritime et la Guinée Forestière contre la Moyenne Guinée. Une stratégie suicidaire car fratricide ! Sékou Touré n’avait-il déjà pas invité sans y parvenir, lors de sa campagne connue sous le nom de « racisme peulh », l’ensemble de la Guinée à aller en guerre contre le Fouta Djallon, en s’armant de fusils, de bâtons, de pilons, de coupe-coupe, etc. ? L’histoire ne devrait pas se répéter, car elle apporte à l’Homme les matériaux indispensables à la construction du présent et de l’avenir. Alpha Condé et le RPG n’ignorent pas cette lapalissade. Mais les perspectives des délices du pouvoir les aveuglent !

Au-delà des intérêts de clans, de tribus et d’ethnies, les Guinéennes et les Guinéens devraient se méfier de confier la gestion du pouvoir à un homme dont la formation intellectuelle et les options politiques le prédisposent à instaurer dans notre pays un système politique, économique et social dont tout le monde, ici et ailleurs, connaît le danger et les limites. Qu’il impose aux populations, mimant la Première République, des « normes » en bétail (Moyenne Guinée), en produits agricoles (Haute Guinée et Guinée forestière) et en produits halieutiques (Basse Guinée), n’étonnerait personne car cela participe de la construction du système économique cohérent avec ses options idéologiques! Or, l’un des mérites du régime du Général Lansana Conté, c’est d’avoir aboli les « normes », dès 1984. Les Guinéens lui en sont restés longtemps reconnaissants.


Abraham Kouyaté


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
SOW JEAN BERTRAND, mardi 17 août 2010
L`Homme par nature a peur du changement meme quand il le souhaite vivement. On sait ce que l`on perd mais on NE sait PAS ce que l`on gagne. Meme s`il a peur, l`homme ne peut pas arreter le changement, le progrès....Il doit et il a intéret à s`adapter. Il choisira la piste ou la situation la plus à meme de repondre à ses désirs.
KABA, samedi 14 août 2010
Mr Kouyaté. La première question que vous pose est de nous dire le ou les points du programme de Alpha vous indique la pensée marxiste? 2ème remarque: vous parlez du liberalisme que Sidya et Cellou auraient appris à l`université mais ils ont été aux commandes tous les deux et ojourd`hui il n`est point un secret de policinelle de constater l`extrême pauvreté de la Guinée. Sur ce site beaucoup parlent de communisme, de liberalisme sans savoir vraiment de quoi ils parlent. On melange ce système politique et modèle économique. si nous prenons le cas de la Chine, la chine est un pays communiste encore aujourd`hui car il y a un seul parti (parti-Etat) avec un système économique libéral. J`ai lu les programmes politiques de Sidya, Cellou et Alpha: on retrouve les mêmes priorités à savoir l`agriculture, l`éducation, la santé...Et croyez moi ce n`est pas le programme politique d`un parti libéral comme croient certain.
lamso, samedi 14 août 2010
meme si on eliminait le commerce en guinee,cela ne vous arrangera pas YOUSSOUF BANGOURA,cela ne va pas vous de l´eau ,de l´electricite,des routes,chercher ailleurs d´autres solutions ou vous faites revenir votre guide supreme ,les hameaux vont toujours exister tant que les espoirs sont mis sur les biens de l´etat.seul le travail peut liberer cette population. alors que l´etat construise des supermarchés et vende des prix justes ou est le probleme. meme si on vent un sac de riz a 5000FG,un sans emplois ne l´aura pas aussi. combien des personnes sont employes par le gouvernement ?.
kalil diallo, samedi 14 août 2010
avec l´arrivée de ce communiste au pouvoir chaque citoyen de conakry aura comme disait TIBOU BARRY. 9morceaux de sucre ouzbeck deux kilos de farine du tadjiikstan un tube d´entifrice bulgare une paire de chaussure made in bulgare 2 tennues blanches ,une pour les manifestations populaires et l´autre pour servir de linceul au cas ou le militant complotait contre la revolution et qu´il fallait bien le fusiller. ce serait un grand pas en arriere,il faudra difficilement voir ou est ce qu´on peut acheter une paire de chaussure au complet.
Youssouf Bangoura, samedi 14 août 2010
Mr Kouyaté, vous critiquez severement la vision politique d`Alpha Condé, que dites vous du liberalisme sauvage et anarchique proné par le camp d`en face ? Dites nous, est-ce que notre pays a besoin du liberalisme pratiqué en occident ? Un pays pauvre comme le notre a forcement besoin du socialime à ses debuts . Le liberalisme proné par Dalein et Sydia ne nous menera que dans l`enfer . Il y a plus de pauvres aujourd`hui en Guinée qu`il y a vint ans . S`il vous plait, arrêtez de nous tromper, peut être que nous n`avons pas votre niveau d`instruction, mais nous comprenons parfaitement comment un pays peut se developper . De quel pays, avez vous vu les commerçants fixer les prix selon leur humeur ?

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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