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Le multipartisme a été restauré en Guinée en 1992. On assiste alors à la floraison de plusieurs dizaines de partis politiques. Cependant, une remarque s’impose d’entrée de jeu. La plupart des partis significatifs de notre paysage sont à base ethnique. « Dis-moi ton nom et je te dirai le nom de ton parti » serait-on tenté de dire. Les causes de cette situation sont multiples et parfois lointaines et mériteraient d’être étudiées. Cet article constitue une ébauche très incomplète destinée à susciter la discussion et à être enrichie dans un débat et un échange fraternels et dépassionnés. L’auteur n’est ni un historien, ni un sociologue, mais un simple observateur de la scène politique guinéenne.
Etat des lieux à la fin de la guerre 1939-1945
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale et suite au discours du général De Gaulle tenu à Brazzaville en 1944, on rencontrait en Guinée deux types d’organisations politiques. Les Français résidents dans les colonies et les Africains dits « évolués » militaient généralement au sein de partis qui étaient de simples appendices des formations politiques métropolitaines. C’est d’ailleurs dans un tel contexte que naquirent les Groupes D’Etudes Communistes fondées par le PCF dans les colonies françaises. Ces GEC furent le creuset de formation des militants anticolonialistes les plus conséquents. Les autres africains adhéraient le plus souvent aux associations ethniques nées dans l’effervescence de l’après guerre. Une remarque s’impose d’ores et déjà. Il semblerait et cela mériterait d’être étayé, que de toutes les colonies françaises, c’est surtout en Guinée que de telles associations à caractère ethnique virent le jour. Donc ce serait une preuve de la vigueur du sentiment régionaliste dans ce territoire. Construites sur des bases exclusivement ethniques, ces associations défendaient les intérêts particuliers de ses membres et par conséquent ne permettaient pas aux aspirations nationalistes de s’exprimer. Tous les groupes ethniques donnèrent naissance à de telles associations. Nous Enumérons les plus importantes.
L’Amicale Gilbert Vieillard (1944-1954)
Elle naquit le 7 décembre 1944 à l’Ecole Normale de Sébikotane (Sénégal) à l’initiative et sous l’impulsion de Alfa Issagha originaire de Kankalabé.L’AGV se révéla un foyer d’agitation d’intellectuels foulbés francophones .L’association se voulait pan-foulbhé.Son ambition ne se limitait pas à la seule Guinée. Parmi ses membres progressistes on retrouvait Amadou Hampaté Ba, originaire du Macina , alors en service à Conakry , à l’IFAN-Guinée. Toujours selon Ibrahima Kaba Ba, en fin diplomate, Hampaté Ba s’efforçait de freiner les appétits des uns et des autres afin de promouvoir la renaissance et la modernisation de la fulanité.Messieurs Baldé Chaikou, Baldé Siradiou et Cellou Tounkara faisaient également partie du courant des démocrates idéalistes et sincères. En 1946, l’AGV adhère au RDA, mais s’en retire le 14 novembre 1949.
Le Comité (ou Union) de la Basse Côte
Crée le 26 février 1946, cette Union regroupe surtout des Soussous. Elle adhéra également au RDA, puis quelques années après elle connut une scission. La majorité demeure au RDA et une minorité regroupée autour de Nabi Youla et Karim Bangoura fonda le 25 juin 1949 le Comité de Rénovation de la Basse Côte qui combattit violemment le RDA.
L’Union Forestière
Fondée le 5 janvier 1946, elle regroupe les ethnies de la Guinée Forestière (Kissis, Guerzés, Tomas,….). Après une adhésion au RDA, cette association s’en retire en décembre 1949.
L’Union Mandingue
A l’origine, c’est l’Union des Malinkés créée le 13 mai 1944. Puis, c’est l’Union Mandingue (ou Union du Mandé) fondée le 23 mars 1946 qui lui succède. Parmi les fondateurs de l’Union des Malinkés, on trouve Sékou Touré, Sinkoun Kaba et Framoï Bérété qui en deviendra le Président. Sékou Touré reste membre de l’Union Mandingue pendant deux ans, puis il en démissionne et le 7 février, il est écarté du Comité Directeur. Cependant, il faut rappeler que depuis plusieurs mois auparavant déjà, l’Union refusait la double appartenance et avait expulsé le 15 avril 1949 les membres du RDA de sa Direction. L’Union Mandingue se retirera du RDA à l’occasion de son Congrès tenu le 7 février 1949 à Kankan et adopta des positions violemment anti RDA et anti PDG. Il est intéressant de remarquer que le Ministre de la France d’Outre Mer, Paul Coste-Floret, était à Kankan où justement il assistait au Congrès de l’Union Mandingue, le jour même où celle-ci se retire du RDA et vire Sékou Touré de la Direction de l’Union.
Répétons que les autres associations ethniques sous la pression de l’Administration Coloniale en feront également autant et se retireront du RDA.
Sékou Touré fustige les associations ethniques
A propos des associations ethniques Sékou Touré écrira : « qu’elles avaient leur raison d’être en 1946, car à cette époque il n’existait ni en AOF, ni en Guinée un seul groupe spécifiquement africain appelant à l’union des groupes ethniques et des races. Mais au moment où un mouvement démocratique comme le RDA, qui à l’heure actuelle est le seul correspondant aux profondes aspirations de notre Afrique, tend à unir dans un front commun toutes les couches sociales sans distinction de races pour opposer leur grande force au colonialisme oppresseur, il n’est plus juste ,plus tolérable, que des groupements racistes continuent à vivre. En effet, l’heure des groupements racistes est révolue. Les hommes qui travaillent à leur maintien divisent les africains et par conséquent retardent leur évolution » (Sékou Touré dans le Réveil, organe du RDA N° 368 du 13 juin 1949).
Sékou Touré reprochait à ces associations ethniques la persistance d’un sentiment de supériorité d’une ethnie sur les autres : « Les Malinkés créèrent l’Union du Mandé et comme la capitale du grand empire du Mali se trouvait en Haute Guinée, le Malinké se disait supérieur aux autres. Les Foulas aussi fondèrent aussi leur parti. L’Amicale Gilbert Vieillard, et soutenaient qu’ils descendaient de blancs, et par conséquent, étaient supérieurs aux autres qui n’étaient que des bhaléblés, c'est-à-dire des nègres.Les Soussous, quant à eux créèrent le Comité de Basse Guinée et quel était leur motif de fierté ? Que les Blancs étaient venus en premier lieu en Basse Côte, les autres sont donc des déifu c'est-à-dire des barbares. Les Forestiers créaient aussi leur parti, dont tous les autres se moquent : ce sont des sauvages, ils vivent dans la forêt ». (AST, revue RDA N°32 La Révolution et la lutte des classes).
Evolution ultérieure
Voilà quelques idées sur les sources de l’ethnocentrisme. Nous n’avons pas l’intention de poursuivre l’étude de l’évolution historique du racisme et de l’ethnocentrisme en Guinée. Donc nous n’évoquerons pas ici la guerre déclarée aux Peuls en 1977, ni celle déclarée aux commerçants malinkés de Kankan dans les années 70 ; nous n’évoquerons pas non plus le « wo fatara » de Conté à l’adresse de la communauté malinké en 1985, ni les pogroms de Haute Guinée en 2010 .Ce n’est pas indispensable pour tirer certaines conclusions. Je retiens seulement qu’à la base du racisme, il y a un sentiment de supériorité.
Le racisme est un mythe réprouvé par le Coran
Dans la Sourate Baqara et dans maints autres endroits du Coran, l’allégorie mettant en scène la tentation d’Adam par Satan évoque comment l’homme est devenu aliéné à de faux dieux. Tout d’abord Iblis dit à Dieu : « Vous m’avez créé à partir du feu et Adam à partir de la boue. Je lui suis (donc) supérieur ».Voilà comment Iblis fait à son avantage une comparaison entre lui et Adam, et cherche ainsi sur de telles bases à instaurer de nouveaux rapports, des rapports inégalitaires. Iblis crée de la sorte un culte des essences supérieures dont le culte de la race est une variante. Il devient ainsi étranger à Dieu et se voit chassé du Paradis. Se posant en rival d’Adam, Satan cherche à le tromper et à l’égarer en lui suggérant : « Tu peux devenir éternel si tu veux » .Obnubilé par cette suggestion diabolique, de devenir tout puissant et éternel, à l’égal de Dieu, Adam désobéit à Lui. Il renonce du même coup au principe du Tawhid et ce faisant adopte une orientation dualiste conductrice da sa pensée et de son action .Le mythe de la race est l’un des plus vieux mythes de l’histoire humaine. Il était dès le début, à la base de l’antagonisme entre l’homme et Satan. Il demeure la toile de fond des guerres et des divers conflits ou antagonismes.
Doumba
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