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L’inefficacité
Les Guinéens ont des problèmes avec leur vie associative.
Une longue expérience des associations en France et ailleurs me pousse à partager mes idées, mes réflexions et mes projets pour une meilleure efficacité de tous et toutes. Depuis une vingtaine d’années en France j’ai côtoyé ce monde à Paris comme en province.
« Efficacité », voici le mot important. Je m’intéresse beaucoup à la question de l’efficacité parce que nous devons tous réfléchir à la meilleure façon d’unir nos efforts pour réussir nos projets et être performants.
Chacun sait que nous avons beaucoup de mal à mobiliser les gens et à nous mobiliser au sein de nos différentes associations ; nous avons aussi du mal à organiser et à réussir nos projets sur le long terme. Certains créent des structures sans être au courant des procédures, sans connaître les moyens en termes de droits ou de subventions à leur disposition ; ils finissent par tourner en rond. Forts en festivités de toutes sortes et en débats creux, on en oublie les objectifs fixés et les projets définis. Pour ce qui concerne les budgets de fonctionnement, il y a peu de transparence. Quelle association peut-elle se vanter de présenter un bilan fiable ! C’est plutôt la mauvaise gestion qui domine, à l’image du pays, malheureusement.
Plusieurs questions se posent à nous à ce propos : Comment sommes-nous organisés ? La multiplication des associations, par village, par ville, par rue, etc.… est-elle la meilleure façon d’être efficace ?
Est-ce que le petit nombre des membres ou des participants à ces associations est la meilleure façon d’atteindre nos objectifs ?
Moi je pense qu’il faut unir les mille et une associations qui existent, puisque nous sommes Guinéens et avons les mêmes ambitions pour notre pays. Il faut créer des passerelles entre elles, et donner les moyens à la coordination des associations de jouer son rôle, en tant que représentante de l’ensemble des associations.
Je suis convaincue de la nécessité d’être unis pour une meilleure efficacité. Je sais aussi qu’à partir du moment que nous connaissons les maux et les difficultés qui nous bloquent, nous pouvons à partir de là travailler à trouver des solutions appropriées. Sortir de l’informel
Il est capital, pour ne pas dire vital pour nous, de sortir de l’informel et de la dispersion pour viser plutôt des entreprises viables.
Je ne cache pas que pour moi le mot « entreprise » est plus important que le mot « association ». Je m’explique :
Les associations comme nous les organisons nous ont montré leurs limites. Soit nous les faisons fonctionner désormais comme des entreprises, soit nous devenons des entrepreneurs.
Plusieurs éléments nous poussent aujourd’hui à changer notre fonctionnement, à modifier notre comportement.
Les autorités guinéennes attendent nos propositions et notre participation à la bonne marche du pays. La diaspora est moins diabolisée et rejetée. Dans tous les cas nous sommes pris en compte dans les décisions politiques. C’est à nous de peser davantage pour nous faire respecter face aux dirigeants.
Il nous faut tout d’abord dépasser la vision misérabiliste et exclusivement humanitaire que nous avons de notre continent et de notre pays. Nous sommes assis sur une mine d’or en Guinée mais nous nous plaisons à jouer au mendiant ; alors que si nous nous retroussons les manches, le développement du pays est à notre portée.
Certains objectifs que se fixent les associations ne sont pas toujours réalistes. Nous devons laisser certaines activités à des spécialistes et des ONG qui ont une expérience et une expertise éprouvées dans les domaines concernés, comme la santé, les travaux publics, l’éducation, etc. On peut les accompagner, les soutenir mais pas les concurrencer ou nous épuiser en tentant de développer ce qui existe déjà.
Avoir de l’ambition
Je tiens à mettre l’accent sur notre manque d’ambition en général. On s’enferme sans réfléchir dans certains métiers en voyant très petit. Alors que nous pouvons mettre notre intelligence, notre créativité et notre énergie dans de grands projets qui peuvent bénéficier au pays et à nos enfants.
Nous pouvons contribuer à ce que nos enfants soient formés comme de futurs acteurs de l’unité que nous recherchons, au service du développement de notre pays.
Pour assurer l’avenir de nos enfants, pourquoi ne pas mettre en place une forme de tutorat pour les accompagner et les conseiller dans les études et les projets professionnels, afin de faciliter leur intégration dans le monde du travail.
Je n’oublie pas non plus en tant que femmes, que nous avons un rôle capital à jouer pour renforcer l’unité nationale et dépasser toutes formes d’ethnocentrisme. Nous sommes des mères, et nos enfants doivent échapper à ces malédictions pour le bien-être de tous et le développement du pays. Le salut dépend des plus jeunes sur lesquels nous devons fonder tout notre espoir, vu que nous nous sommes des générations sacrifiées.
J’espère que ces quelques idées amèneront d’autres personnes à participer au débat et à proposer des solutions pour améliorer le fonctionnement de la vie associative des Guinéens à l’extérieur et à l’intérieur du pays.
BARRY Yaya
www.guineeactu.com
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