jeudi 12 mars 2009
Audits : un parfum d’échec retentissant !
Thierno Fodé Sow

Depuis que le CNDD a entamé, tambour battant, les audits et l’interpellation des présumés narcotrafiquants, une euphorie sans précédent s’est emparée de nombreux réformistes. L’initiative audacieuse a été saluée avec pondération par certains.

Seul hic : tous les présumés sinon presque, ne cessent de charger le défunt président Conté. Comme pour noyer le poisson. On redoute alors, un échec retentissant de l’opération, avec ce parfum de sentimentalisme qui s’est invité dans les séances d’audit.

Le CNDD engrange des points, avec l’adhésion de la population, pour les idéaux décrétés : lutte contre le narcotrafic et les détournements à la pelle, qui ont eu lieu sous le régime défunt. On s’enthousiasme et on fonde grand espoir sur cette opération civilo-judiciare, somme toute  historique.

La rupture avec l’ancien système est presque consommée. L’effet ‘’Dadis’’ mobilise et porte en lui seul, l’espoir de toute une population spoliée, abusée et affamée pendant cinquante ans : 26 ans d’autocratie et 24 ans de pseudo démocratie, jetant les bases d’un libéralisme évasé, dans une pagaille indescriptible. 

Aujourd’hui donc, la dadismania reste la chose la plus distribuée. D’autant plus que, mêmes les plus sceptiques quant à la réussite de l’opération mains propres, sont quasiment acquis à la cause. Pourtant, on ne saurait occulter ces questions qui divisent, au vu du parfum d’échec retentissant, qui sort en pointillé.

En effet, l’implication physique et morale du chef de la junte dans les interrogatoires télévisés des présumés narcos et fossoyeurs de l’économie nationale, risque fort de porter un coup à l’opération judiciaire. A y voir de près, le sentimentalisme, l’émotivité, etc. commencent à prendre corps. Il suffit d’analyser certaines réactions sobres de notre Dadis national, vis-à-vis de certaines déclarations de présumés coupables.

Wallaye, billaye, tout a été remis, main à main, à Lansana Conté !

« J’ai tout donné, main à main, au Général Conté », « C’est lui qui m’avait ordonné de faire… », « C’était un don exclusif au Président défunt », « Cet argent était destiné aux frais d’études des enfants du président défunt », « L’argent n’était pas destiné au cinquantenaire », « La serviette était scellée », « On a offert douze véhicules au Président Conté »...

On aura tout entendu dans ces  honteuses rengaines qui perforent le plafond de la salle des auditions du camp Alpha Yaya Diallo. C’est à se demander actuellement, si le défunt Président-paysan ne se remue pas dans sa tombe, à cause des multiples accusations portées contre lui, depuis que ceux-là mêmes, en qui il a toujours eu confiance, passent devant la Commission d’audit du CNDD.

Parfois, ces anciens dignitaires se défendent, la main sur le palpitant ou la main sur le coran. Le tout à propos de : 500 mille dollars du Gambien Yaya Djammeh, 500 cent millions FCFA de Wade, 500 mille Euros de Obiang N’Guéma, 12 véhicules, le Fonds minier, et... le Fonds koweitien ? Mangeoire quand tu nous tiens !

Ces montants bien insignifiants à un certain niveau, par rapport au ravage économique commis impunément, auraient pu être crachés illico daredare. Si et seulement si, la fermeté avec laquelle les narcos ont été auditionnés, avait prévalu avec les présumés voleurs de la République. 

Mais, curieusement, l’homme Dadis que chacun craignait au départ, semble en train de perdre son mythe aujourd’hui. Surtout face à d’endémiques professionnels de la manipulation, du mensonge et de la confusion. En sa qualité de militaire attitré, sa rare intervention aurait cependant dû donner de la sueur froide à ces présumés coutumiers de gros magots, généralement indûment mal acquis.

Mais, à force d’échanger à tout va, les voleurs de la République et autres narcotrafiquants seront toujours prêts à faire le folklore habituel pour brouiller les pistes, en forçant un sourire jaune. Tout en utilisant des termes déclamatoires comme « M. le président, vous êtes un grand homme de par votre humilité… », « Vous êtes patriote, M. le président… », etc… 

Des cadres à la défaillance morale chronique, raflent toujours la mise, dans ces matières. C’est dire que le chef de la junte ne doit pas perdre de vue, que des ministres de la récidive, sont spécialistes en scénarios. Vous souvenez-vous des larmes de crocodile d’un ministre, alors chef de campagne de Lansana Conté ? Ils sont capables de tout : du plus digne au plus abjecte !

Encore une fois, tous ou presque accusent le président défunt. Du grain à moudre
pour la Justice, qui doit « s’appuyer sur les indices », comme l’a si bien indiqué le ministre de cette institution. 

Comme quoi, pour que les présumés disent la vérité –ce qui n’est pas du tout évident-, la bible ou le coran ne les effraient pas. Ils sont plus que des ‘’repris de justice.’’ La croyance divine est de fait, une petite affaire par rapport à ce qui les attend : les éventuelles peines. Surtout que le chef de la junte lui-même, a dit qu’il faut se fier aux pièces comptables.

Or, chacun sait que, sous le régime de Lansana Conté, les papiers tenaient toujours du non lieu. S’ils ne sont pas, tout simplement, falsifiés. Il existe des artistes pour cela. Tout est gré à gré. La seule victime reste donc le peuple, le pauvre contribuable.

Quand un Farba parle, au lieu de le culpabiliser, on l’applaudit. Sa langue est bien mielleuse. On le regarde donc, et on ouvre sa bouche. En attendant qu’il finisse de noyer le poisson. Tout ce beau monde n’est donc pas Dadis, en matière d’honnêteté. La barbe n’étant pas toujours synonyme de sagesse.

Le Président Dadis doit s’inspirer de l’enseignement de ce médecin et sociologue français : « Ce n'est pas avec la raison, et c'est le plus souvent contre elle, que s'édifient les croyances capables d'ébranler le monde. » Et si le chef de la junte entend éclaircir la situation avant son départ, il doit avoir à l’esprit que « les volontés précaires se traduisent par des discours, les volontés fortes, par des actes ».

C’est pour donc éviter tout sentimentalisme, que chacun s’attend à l’éclipse du chef de la junte, au profit de la Justice. Surtout que le nouvel homme fort de Conakry a mille fois dit, qu’il n’est pas spécialiste en la matière. Pourquoi alors il intervient ? Il risque comme cela, d’influencer le procès. Il risque de se faire dévoiler : les intelligents ont déjà compris qu’il suffit de se concentrer sur le mot patriotisme, pour se voir doté de circonstances atténuantes.

Désormais, chaque ministre passe et évoque, avec tout le lyrisme qui sied, le patriotisme si cher au président. Qui est fou ? Cette stratégie-là, même toto (pas le ministre de la sécurité) pourrait l’épouser. Et passer les mains  « sales » hautes.

Encore une fois, personne ne peut trouver son compte dans un éventuel échec de l’opération « mains propres ». L’initiative est à saluer et à soutenir. Mais pas dans la complaisance. Comme celle enregistrée avec celui que tout le monde appelle  « l’architecte des faux décrets de l’ancien régime ».

En effet, comme nous l’a rapporté Fodé Tass Sylla : « le malheureux Idrissa Thiam a reçu les excuses du CNDD, du gouvernement et de tout le peuple de Guinée, pour les quelques semaines de prison qu’il a endurées depuis le 11 février au camp Alpha Yaya. Il est libéré, et sa voiture, enlevée par des militaires, lui est rendue, en attendant de voir pour les pertes subies à son domicile de Nongo ». Et le fonds koweitien dans tout cela ? Allez-y le savoir. Pourvu que cet exemple n’inspire plus !

En attendant, on se rebiffe. On ne se gênera pas de dire demain que cet argent-là aussi, a été donné à Conté, cette fois-ci, pour « changer sa garde-robe dans la tombe ». Iskine ! 


Thierno Fodé SOW
pour www.guineeactu.com

 

 

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Vos commentaires
Roska balde, jeudi 12 mars 2009
C`est dans l`habituelle mamaya mon cher, si dadis veut simplement ké le peuple soit informé, il lui suffirait d`electrifier les menages et laisser librement la justice faire son travail; et ce à l`image des proces des gangs et des militaires malfrats dans les années 90. Tout ce kil devait faire était de faire engager des poursuites avec des pieces comptables a l`appui mais se substituer a la chaine judiciaire revient a confirmer conté << C`est moi la justice>>. Le serieux n`a vraiment pas commencer en guinnée, je suis sceptique meme apres des elections car avec ces actuels politiques l`avenir demeure encore hypothequé. Dadis n`a pas la moindre capacité de faire avouer des gens comme thermite, souaré...Pour poser les jalons d`un etat de droit, nous devons commencer a agir comme dans un etat normal.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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