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Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) vient de lancer un appel d’offre international en direction de cabinets d’audits indépendants, qui auront la lourde tâche de faire la lumière sur la gestion des 24 ans du régime de Lansana Conté. La junte dit mener cette opération titanesque dans le but de rétablir la confiance entre les citoyens et les pouvoirs publics.
De nombreux Guinéens ont été surpris d’entendre un communiqué sur les antennes de la radio nationale samedi dernier, relatif à un appel d’offre sur le choix des cabinets d’audits indépendants nationaux et internationaux.
« Le CNDD a pris acte de la volonté récemment exprimée par les Guinéens de voir se poursuivre et s’intensifier la campagne d’audit et d’assainissement des différents secteurs de l’économie nationale. Une volonté sans cesse réitérée et affirmée avec force dans les déclarations et prises de position de nombreux leaders d’opinion et de citoyens à travers le pays et le monde. Le CNDD constamment à l’écoute de la population a décidé d’engager une vaste opération de contrôle et de vérification dans tous les départements ministériels pour les 24 années du régime précédent », indique le communiqué du CNDD.
Cette démarche selon la junte vise à « rétablir la confiance entre les citoyens et les pouvoirs publics en situant clairement les responsabilités dans les grands dossiers de l’Etat et en identifiant les auteurs et leurs complices dans les grands détournements que le pays a connus et aussi tous les scandales financiers qui ont marqué les années antérieures et la mémoire collective ». Le même communiqué précise que le droit d’inventaire a pour but de tirer les leçons du passé pour que le CNDD n’hérite pas des pratiques et habitudes de gestion qui ont terni l’image et la crédibilité de l’administration publique et ont causé la ruine du pays. Ces audits porteront également sur les 6 derniers mois de gestion des nouvelles autorités « dans un souci d’équité et de transparence absolue. »
Le CNDD pour garantir l’Indépendance des équipes chargées de procéder aux audits et pour la crédibilité des conclusions a décidé de lancer un appel d’offre international ouvert à tous les cabinets d’audits privés nationaux et étrangers de grande renommée et rompus à la tâche. Un cahier de charge à cet effet sera élaboré et par voix de presse, en collaboration avec le comité d’audit et de surveillance en collaboration avec les secteurs stratégiques de l’économie.
Les auditeurs se pencheront sur la gestion de tous les Premiers ministres et leurs gouvernements successifs, tous les départements ministériels ainsi que les secteurs névralgiques de l’économie nationale, à savoir l’Economie et les finances, les Mines, Friguia, SAG, l’Agriculture, l’Industrie, le Commerce et les petites et moyennes entreprises, les Transport et travaux publics. Cette liste non exhaustive touche également les télécommunications Areeba, ALO- Guinée, Intercel et Orange. Pour la junte, cette démarche est motivée par le souci de prendre en compte le vœu ardent des populations guinéennes de moraliser la vie publique en mettant fin à l’impunité ambiante.
Pour ce qui est du sort des coupables de détournement, les sanctions administratives et juridiques suivront automatiquement et avec tolérance zéro, conclut le communiqué. Cette décision de la junte d’étendre les audits aux 24 ans du régime de Conté, largement commentée dans les cafés et les salons feutrés de la capitale guinéenne est diversement interprétée. La majeure partie des citoyens pense que vouloir auditer la gestion de la deuxième République à partir du 3 avril 1984, date à laquelle le CMRN a pris le pouvoir après la disparition de Sékou Touré, ne répond pas à un vœu des populations, contrairement à ce que le CNDD a dit. Mais que cette manœuvre viserait plus tôt à disqualifier certains leaders politiques engagés dans la course pour la présidence. Les défenseurs de cette thèse vont jusqu’à accuser la junte de vouloir coûte que coûte se maintenir au pouvoir, à travers des prétextes qui n’ont pour seul but que de dissuader la classe politique dont certains membres ont été de proches collaborateurs du président défunt. Pour eux, la junte devrait se contenter des audits déjà en cours et qui ont permis à ce jour de recouvrer près de 170 milliards de francs guinéens au lieu d’entraîner le processus de transition dans l’impasse. En voulant faire un état des lieux des 24 ans de règne de Conté qui, on le sait, ont été marqués par de nombreux scandales financiers, dont les auteurs ne sont plus pour la plupart de ce monde.
Une minorité salue toutefois cette démarche du CNDD de vouloir situer l’opinion sur la façon dont l’argent du contribuable a été géré par le régime défunt. En attendant de connaître la réaction de la classe politique sur cette décision du CNDD, il faut dire que le sujet fait débat dans la cité.
Et les détracteurs de Dadis parlent même d’une fuite en avant.. .
Dian Baldé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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