vendredi 19 février 2010
Audits sur 24 ans: Une mascarade étouffée dans l’œuf ?
Thierno Fodé Sow

La Guinée des projets au goût d’inachevé ! Voilà comment on pourrait résumer ce riche mais souffreteux pays de l’ouest africain. Une batterie d’audits ont été réalisés. Et tout est resté en l’état. Aucune décision judiciaire. Continuera-t-on alors à parler d’audits pour nous rebattre les oreilles et dans une large mesure, nous distraire avec ces projets costauds et sans suite ? Les mascarades, on en veut plus !
 

Le 4 juillet dernier, alors qu’on était certainement sclérosé et on se demandait que faire entre les quatre murs du QG de la junte, au camp Alpha Yaya Diallo, un communiqué a été diffusé sur les ondes de la RTG. Sa teneur se décline en la mise en route d’audits sur la gestion des dernières 24 années de Lansana Conté et des six mois du CNDD. Une autre folie rampante qui avait à l’époque pourtant provoqué une terrible frayeur chez les bandits économiques et autres requins. Chez les politiques, notamment les anciens PM, on se tord de rires jaunes. Et du coup, on a indexé les limites de ceux qui nous gouvernaient en ce moment, alors qu’ils n’avaient plus de quatre mois à passer à la tête de l’Etat.
 

 Le communiqué publié à cet effet était malgré cela clair : « Les audits concernent, la gestion de tous les anciens premiers ministres et leurs gouvernements successifs, tous les départements ministériels ainsi que les secteurs névralgiques de l’économie nationale : l’économie et les finances, les mines, SMD, SAG, FRIGUIA, etc. L’agriculture, l’industrie, le commerce et les petites et moyennes entreprises, le transport et les travaux publics. Les télécommunications : Areeba, Alô Guinée, Intercel, Orange, Cellcom. La pêche, le tourisme et l’hôtellerie, le patrimoine bâti public, toutes les sociétés en relation avec l’Etat. » S’il était bien pensé, réaliste et réalisable, à lui seul ce communiqué donnait des sueurs froides à tous ceux qui se sont fertilisés sur le dos de l’Etat et des pauvres contribuables guinéens.
 

Auparavant, quatre mois plus tôt, l’agent judiciaire de l’Etat Me Alfred Mathos avait promis devant l’acteur du Dadishow que : « Les audits vont continuer, et aucun secteur ne sera épargné ». A l’époque des secteurs comme la pêche, les mines, les finances, l’EDG, l’ACG Rusal, la Primature, etc. avaient été cités. Et « Air Guinée est parmi les priorités des priorités », martelait-t-on. Comme pour distraire les Guinéens plutôt obnubilés par le quotidien. Dès que la Primature avait été indexée, certains PM se sont dits prêts à répondre. Mais quand on entame des travaux de fond, certainement il n’y en aura des frissons. Pour rappel, Sidya Touré (1996-1999), Lamine Sidimé (1999-2004), Lounsény Fall (trois mois), Cellou Dalein Diallo (2004-2006), Eugène Camara (quelques jours), Lansana Kouyaté (2007-2008) ou Ahmed Tidiane Souaré (sept mois), chacun a géré cette Primature au fauteuil éjectable. Certains parmi eux ont commandité ou assisté à nombreux audits sans lendemain, d’autres en ont préférablement entendu parler.
 

Des audits à la disqualification électoraliste
 

Ce qu’il faut surtout relever, c’est la non pertinence des secteurs à auditer. En Guinée, il serait superflu en effet d’envisager des audits sérieux sans voir du côté de entre autres: la privatisation des Usines léguées par la 1ère République, la SOGUIPAH, l’ANAIM, la SEEG/SONEG, SOGEL/ENELGUI (sans oublier l'affaire Tombo 3 et 4), le ministère de la Défense nationale depuis le 3 Avril 2004, celui des Finances, Economie, plan et coopération, Agriculture, la cession de AREDOR, le Port autonome, la CNSS. Surtout quand les Guinéens sont fatigués d’entendre parler d’audits sans jamais voir les coupables purger leurs peines. C’est pourquoi, dès l’annonce des audits sur les 24 ans de gestion et de six mois du CNDD, l’opinion s’est mise devant une avalanche d’interrogations. Et certains observateurs ont tellement poussé leur analyse qu’ils se sont demandés si ce n’est pas une mascarade que préparaient secrètement Dadis Camara et les siens. Objectif ? Distraire – quelque 173 milliards 300 millions 692 mille 293 GNF avaient été quand même annoncés dans le cadre du recouvrement des ressources volées. Ce magot serait investi dans le programme d’urgence eau et électricité pour tous -, puis repousser la date des élections qui, à priori, ne sauraient plus être organisées dans les règles de l’art.
 

Quoi qu’il en soit, en lieu et place d’élections, l’on a voulu programmer tambour battant d’autres audits s’étalant sur 24 ans et six mois de gestion du CNDD dont l’issue ne saurait être connue, vu le folklore auquel les Guinéens ont été toujours habitués. C’est devenu un rituel dans ce pays de brandir le glaive de l’assainissement des finances publiques. Mais, depuis que certains leaders politiques ayant présidé aux destinées de la nation à un moment donné ont décidé de chasser politiquement le chef de la junte et sa bande d’hommes en treillis, les choses se sont précipitées et périclité nombreux anciens hauts cadres de l’Etat dont le passage à la plus haute administration publique aura été incontestablement des plus dévastateurs. Par conséquent, il faut les faire cracher ce qu’ils ont déjà dans le ventre. Quoi de plus normal! Question tout de même : Pourquoi attendre sept mois après avoir ramassé le pouvoir dans la rue, pour programmer des audits contre X ? Est-ce au CNDD d'accomplir ce travail laborieux qui devrait prendre certainement beaucoup de temps et d’argent?
 

En effet, explique un analyste, si le CNDD, en particulier Moussa Dadis Camara respectait son engagement c'est-à-dire rendre le pouvoir avant 2010, le résultat des audits ainsi mené sera certainement livré au quatrième Président de la République de Guinée. Or, poursuit-il, pour le commun des observateurs, si la junte a décidé de lancer des audits c’est parce qu’elle veut utiliser les conclusions à son avantage. La chasse aux sorcières risque d’être la finalité de ces audits même si ce sont les cabinets internationaux qui en assureront la conduite. Ce qui est sûr, ces audits devraient manifestement annoncer les prémices d’un véritable bouleversement économique, social et surtout politique : si ce sont des cabinets d’audits dignes du nom, les travaux prendront au moins un an. Ce qui suppose que la junte aurait pu rallonger le délai, ne serait-ce que pour réclamer la paternité de l’acte posé. L’on se demande déjà quelles destinations vont prendre les autres audits antérieurement organisés et dont les résultats sont restés dans tiroirs ? Ces audits avaient pourtant concerné tous les départements ministériels. Mais, gâchis et mascarades aidant, on a ouvert d’autres chantiers, somme toute abandonnés à mi-chemin.
 
 
Où est la vérité ?
 

« Rédigé sous la bannière de la Société guinéenne de révision et de conseils (SGRC, cabinet d'audit indépendant), le est l'œuvre de consultants issus de grands cabinets internationaux, comme Ernst&Young et PricewaterhouseCoopers, qui ont planché respectivement sur les recettes, les dépenses et le patrimoine de l'Etat. Le fruit de leur travail a été remis au début du mois d'avril à Saïdou Diallo, ministre du Contrôle économique et financier, de l'Ethique et de la Transparence. Commandité par le gouvernement de Lansana Kouyaté, le rapport démonte les mécanismes d'un système qui a dilapidé une partie des ressources du pays, anéanti les réserves de change de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), favorisé une inflation à 40%, fait chuter les recettes du budget à 3000 milliards de francs guinéens (environ un demi milliard d'euros, soit la moitié du budget du Mali), et mis l'Etat dans l'impossibilité de fournir à la population des services élémentaires comme l'eau courante, l'électricité ou les transports publics.
 

Le ministère de l'Economie et des Finances n'est pas le seul à avoir été audité. La gestion de tous les autres départements a été passée au crible. Les résultats donnent le vertige. Un montant global de 262 milliards de francs guinéens a été détourné (229 milliards dans les ministères et services généraux, et 33 milliards dans les régions de l'intérieur du pays). Divers types de malversations ont été identifiés : détournement de ressources (56 milliards), paiement pour travaux non exécutés (20 milliards), dépenses non autorisées ou sans support (90 milliards) et dépenses non justifiées (20 milliards). Les audits ont également pu déceler 13 500 fonctionnaires fictifs, dont 13 000 pour le seul ministère de l'Education. Le parc automobile de l'Etat n'a pas été épargné : pas moins de 280 véhicules y ont été frauduleusement soustraits.
 

La consultation de registres disparates et peu lisibles a toutefois permis de découvrir que, pour la seule année 2006, 355 conteneurs de 20 pieds et 26 conteneurs de 40 pieds, censés appartenir à la présidence de la République et à la Fondation Maman Henriette Conté (du nom de la première dame du pays), ont été sortis du port sans paiement de taxes. A en croire le document, « toutes ces sorties ont été autorisées par le directeur national adjoint de la douane, Aboubacar Bruno Bangoura, sans aucun justificatif. Ces conteneurs sont débarqués directement dans des magasins de commerçants et mis sur le marché. Ils contiennent diverses marchandises : concentré de tomate, lait, sardines, dentifrice...! » (Source JA du 19 au 25 Mai 2008).
 

Aujourd’hui, si l’on exhume donc tous les résultats faits sur les audits, assurément, tous ceux qui sont passés par les hautes sphères civiles, administratives, militaires, etc. répondront de leurs actes. Certes, dans son ivresse du pouvoir, Dadis Camara aura été trop prétentieux en pensant réussir son challenge. Il oublie qu’il y a déjà des conclusions sur d’autres audits réalisés sous l’ère Kouyaté. Et conté et les siens que lui Dadis Camara a toujours protégé, ont sérieusement pillés les ressources de la République. Du moins si l’on en croit les auditeurs. Ce vieux général est parti, mais ses proches sont encore là dans des villas cossues. Si tout ce beau monde répondait de leurs forfaitures, il faudra à la Guinée construire de nouvelles cellules pour en accueillir - peut être même sans discernement - commanditaires d’audits et audités. Tant tout le monde s’est fertilisés dans la misère du citoyen moyen ou a abusé des ressources publiques, y compris le carburant des forces armées guinéennes.
 

Qui est fou puisque le régime de Lansana Conté avait érigé le vol et le détournement en devise. Ces deux fléaux qui ont agenouillé le pays étaient tellement admis qu’ils relevaient d’une pure banalité. C’est pourquoi, des présumés criminels économiques s’en sont mis pleines les poches. Mais les faits étant têtus, ces pillards et leurs acolytes pourraient être rattrapés un jour par leur sinistre passé. Le temps d’asseoir un Etat de droit et de fonder un pays réellement démocratique. Et si ces présumés voleurs de la République ne seront plus de cette terre, leurs biens seront saisis et mis à la disposition de la Justice. A l’image de ces supposés narcotrafiquants.


Thierno Fodé SOW


www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Le corbeau, samedi 20 février 2010
Bonjour, Merci ANATOLE. Dans les sociétés traditionnelles Africaines , particulèrement celles de la guinée profonde, on assiste des temps, au faites que les petites filles de 14, voire même 13 à 18 ans soient donné en mariage forcé aux vieils hommes de 50 à 70 ans voire même plus. Une pratique qui, d`alleurs est très courante chez les Malinkés du Manding et les Peuhls du foutas. C`est de cela qu`il faut plutôt parler Mr Sow. Comment voulez-vous que ça se passe? si les petites filles chassent sur le terrain de leurs aînées. Leurs faire perdre leurs maris (foyer), leurs gagne-pain (boulot). Puis que vous le savez au même titre que moi, le patron d`aujourd`hui à ses côté une jeune fille toute fraîche de 20 ans, à une Tantine de 50 ans. A qui donc la faute. LE CORBEAU.
MBD, samedi 20 février 2010
Mr. Merci, et je vous félicite et encourage à écrire des articles comme celui-ci, pour prevenir aux dirigeants d´aujourd´hui d´éviter de detourner les deniers publiques car un jour tôt ou tard, justice sera faite, à l´image d´autres pays qui sont entrain de le faire maintenant. Je vous souhaite plein succès et longevité. Je vous remercie.
Ibrahim, vendredi 19 février 2010
Bonjour cousin et merci pour tes articles qui sont d’utilité publique pour les guinéens. Tu es la preuve que les SOW sont plus intelligents que les BARRY. N’en déplaise à ANATOLE
Anatole, vendredi 19 février 2010
Bon retour Monsieur Sow sans vos habits de père la pudeur puritain. Vous êtes jeune mais vous apprendrez le moment venu qu`on n`est pas sénile à 40 ou 50 ans. D`autre part, laissez les adultes vivre leur vie comme ils l`entendent. De quel droit pourriez-vous édicter des règles de vie pour d`autres que vos enfants?

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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