vendredi 13 mars 2009
Audits : la méthode Dadis Camara, pour ou contre ?
Makanera Ibrahima Sory

Pour faciliter la compréhension de ma position, je me sens obligé de rappeler l’un des principes fondateurs de mes raisonnements à savoir, faute de mieux, on se contente de ce qui est possible car, à l’impossible nul n’est tenu.

 

Nous assistons à l’exposition médiatique des narcotrafiquants et autres anciens dignitaires du régime défunt, sous la houlette du chef de la junte militaire, en la personne de M. Moussa Dadis Camara.

 

Des voix s’élèvent pour condamner la méthode Dadis Camara, consistant en une exposition médiatique des accusés. Les questions qu’on peut se poser, peuvent être les suivantes :

 

1) Faut-il condamner la méthode Dadis Camara ?

 

2) Cette méthode n’a-t-elle pas des bons côtés pour ceux d’entre eux, qui n’ont rien à se reprocher ?

 

Pour répondre à la première question, je rappelle d’avance, que la médiatisation des procédures judiciaires n’est pas une invention de monsieur Dadis Camara. Des précédents ont existé dans beaucoup de pays, y compris en Guinée : le procès des mutins des 2 et 3 février 1996 et celui des gangs de Mathias ont été suffisamment médiatisés, sans que cela ne suscite une telle indignation.  

 

Préalablement à mon analyse, je souligne qu’un fait doit être évalué en considération de son environnement immédiat, parmi lesquels, les circonstances des faits en question, tiennent une place de choix. Donc, la méthode Dadis doit être évaluée en considération de cette période exceptionnelle que traverse notre pays. Un pays où toutes les institutions étatiques étaient en faillite, bien avant la prise de pouvoir par la junte militaire. La justice, l’Assemblée nationale et les autres institutions, dont on parle aujourd’hui, n’existaient que de nom.

 

Attention ! Je ne dis pas que tout est permis. Si la méthode peut être légitimement défendue, compte tenu des circonstances actuelles, le fond quant à lui, ne peut déroger à l’exigence d’équité avec laquelle tout citoyen doit être traité.

 

Certains reprochent à Dadis Camara de se comporter en procureur et juge à la fois. On lui reproche également, de n’avoir pas laissé ces affaires à la seule surveillance de l’autorité judiciaire guinéenne.

 

Ces prises de position semblent très curieuses. Il n’y a pas longtemps, ces mêmes personnes qualifiaient la justice guinéenne de « justice-fonds-de-commerce », à géométrie variable en fonction des portemonnaies ou des relations des parties en conflit. Analyse, que je partageais avec eux.

 

Avec une telle justice, non encore réformée, peut-on laisser les narcotrafiquants et anciens dignitaires, tous impliqués dans des affaires de millions de dollars, à la seule surveillance des juges guinéens ? Dans ce cas, on pourrait  légitimement s’attendre à voir d’un coté, des juges particulièrement riches et de l’autre, des narcotrafiquants et autres anciens dignitaires, en liberté totale : spectacle, que notre justice nous a souvent offert.

 

Plus grave encore, est qu’on ne sait pas jusqu’à quel niveau de l’Administration, le trafic de drogue bénéficiait de la protection. Nous avons vu que la haute autorité de la police était impliquée, ainsi que certains membres de la famille du défunt président. Qui peut nous rassurer que certains éléments de l’autorité judiciaire ne sont pas impliqués, vu la tranquillité dans laquelle, prospéraient le trafic de drogue et les détournements des deniers publics en Guinée ?

 

Dans cette affaire, Dadis Camara mérite confiance jusqu’à la preuve du contraire car, le fait de s’attaquer à ce fléau, nous conduit  à penser qu’il est extérieur à ces affaires. Sinon, il aurait pu faire comme l’ancien premier Ministre M. Souaré, qui avait clairement indiqué que les audits n’étaient  pas sa priorité. On connait désormais le pourquoi de tels propos.

 

L’idéal était de voir ces affaires à la disposition totale de la justice. Mais, faute de mieux, on se contente de ce qui est possible. C’est pourquoi, je m’abstiens de condamner la conduite de cette affaire judiciaire par d’autres que les juges. La médiatisation de la procédure des audits  rendra la tâche particulièrement difficile pour tout juge qui aura la tentation de monnayer son service contre rémunération, tel que nous avons l’habitude de le constater en Guinée.

 

La réponse à la deuxième question, à savoir, si cette méthode n’a-t-elle pas des bons côtés pour ceux d’entre eux, qui n’ont rien à se reprocher ? Peut être introduite par l’adage selon lequel : « celui qui n’a rien à se reprocher n’a pas peur de la transparence ».

 

Il est de notoriété publique que la grande majorité des anciens ministres du régime Conté, sont vus à tort ou à raison, comme des voleurs patentés. Cette image n’est pas sans conséquence sur leurs futures carrières en Guinée.

 

La médiatisation permet aux innocents, d’être blanchis, non seulement vis-à-vis de la justice étatique, mais aussi vis-à-vis de la justice populaire car, cette dernière justice, si elle n’envoie personne en prison, elle peut quand même ternir une image  à jamais, y compris celle des innocents.  

 

Pouvoir s’expliquer à la télévision devant le peuple de Guinée, est un moyen pour les innocents de tordre le cou au délit (extrajudiciaire) d’ancien Ministre, qui est encré dans la conscience collective des Guinéens. Il en a été ainsi pour  M. Tibou Camara, ancien Ministre de l’information, qui avait pu démontrer, contrairement à ce que disaient certains, que les 500.000 dollars offerts par le président Gambien, n’ont pas alimenté son compte bancaire personnel.

 

Ce que nous demandons au CNDD, c’est de faire en sorte que les accusés puissent bénéficier de toutes les garanties que requièrent leurs statuts, tels que le respect du droit de la défense, le jugement par une justice indépendante et surtout, que les éléments de preuves qui fonderont d’éventuelles condamnations, soient aussi portés à la connaissance de tous, par la même voie médiatique, pour éviter toute condamnation fantaisiste.

 

En tout état de cause, nous demandons au CNDD de tenir sa promesse selon laquelle, il est venu pour mettre de l’ordre dans la maison Guinée. Il doit continuer les investigations sans relâche, à la recherche de ceux qui ont dévasté notre pays, détruit l’économie, introduit de la drogue et massacré la jeunesse combattante pour la liberté.

 

Laisser ces individus dans la nature, avec les fruits de leurs méfaits, c’est prendre le risque de les voir revenir au pouvoir, par la bénédiction des biens mal  acquis, qui serviront à battre campagne, voir acheter des votes, dans un pays où la misère fait partie du quotidien. Eventualité qui réduirait à néant, tous les efforts déployés par le CNDD.

 

Nous demandons au CNDD que tout candidat aux élections nationales, doit être audité sur sa gestion passée de la chose publique, avant que sa candidature ne soit validée par la commission électorale. 

 

C’est pourquoi, tout Guinéen doit faire ce qu’il peut, pour éviter que les pillards des deniers publics,  les trafiquants de drogue et autres assassins, ne reprennent le pouvoir en Guinée.

 

Vive l’unité nationale, vive la Guinée !

 

 

Makanera Ibrahima Sory, Juriste
Membre du club D.L.G (demain la Guinée)
Membre de la rédaction de Guinea-Forum, chargé des Questions Juridiques
pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Makanera Mohamed lamine, mardi 17 mars 2009
Merci mon frere, que les accusés soient condamnés ou pas ya pas pire qu`une mauvaise image d`un homme ternie à jamais;
BANGALY TRAORE, samedi 14 mars 2009
Merci mon frere,c`est le moment de nettoyer avant les elections,le peuple de guinee merite aujourd`hui la verite et la justice sur la gestion pendant 24ans de regime defunt feu conte et sa famille.NB:c`est le moment de dire aux sages de la guinee,le peuple ne demander que la justice,finir les audits publics et organiser les elections en dec2010.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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