Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) vient d’ouvrir un chantier aussi vaste et délicat que l’audit des vingt-quatre années de règne de feu Général-Président Lansana Conté et des six mois du capitaine Moussa Dadis Camara. Une décision qui sera, à n’en pas douter, de nature à troubler constamment le sommeil des prédateurs et autres dignitaires corrompus de la deuxième République.
L‘audit, par définition, est une procédure de contrôle de la comptabilité et de la gestion d’une entreprise. Par extension, c’est une mission d’examen et de vérification de la conformité (aux règles de droit, de gestion) d’une opération, d’une activité particulière ou de la situation générale d’une entreprise.
Comme on le voit donc, c’est cette vaste campagne de vérification que le CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) s’apprête à entreprendre pour répondre, dit-il, aux profondes aspirations des populations guinéennes dans leur ensemble. Parmi les personnes, les services et les secteurs dont la gestion sera auditée, l’on peut citer entre autres tous les Premiers ministres de feu Général Lansana Conté, la Banque centrale de la République de Guinée, la Société minière de Dinguiraye (SMD), la SAG de Siguiri, les sociétés de téléphonie, le Projet Coton, le transport de carburant, la Sogetrag, le Fonds koweitien, la Société navale de Guinée, Friguia, Air Guinée.
L’on n’a pas besoin d’être un auditeur particulièrement expérimenté pour se dire que l’on peut bel et bien s’attendre à des révélations fracassantes au terme de ces travaux qui seront effectués, espère-t-on, par un cabinet crédible. Car nul n’est sans savoir que les vingt-quatre années de règne du Général Lansana Conté ont été caractérisées par une succession de scandales financiers et des détournements de deniers publics.
Nombreux sont les hauts cadres, à différents niveaux de l’administration publique, qui accepté de s’abreuver à la source de la corruption, du clientélisme, de l’affairisme et de la concussion. Des Premiers ministres, des ministres ordinaires, des responsables de la Banque centrale, des directeurs nationaux ou des sociétés d’Etat ont souvent préféré s’enrichir démesurément au détriment de l’écrasante majorité de la population. Il y en avait parmi eux qui n’arrivaient plus à faire la différence entre les biens personnels et ceux de l’Etat.
Les fonds destinés à la réalisation des projets d’intérêt public ont été utilisés de la façon la plus scandaleuse qui soit. Comme conséquence, la pauvreté a gagné du terrain à un rythme accéléré.
Dans l’entourage présidentiel, certaines personnes ont fini aussi par croire qu’elles étaient les seuls enfants bénis de la nation. Elles n’ont pas hésité à profiter de leurs positions ou de leurs statuts respectifs pour accélérer le coulage économique du pays. Si le CNDD et son président, capitaine Moussa Dadis Camara veulent voir clair dans cette gestion plutôt scandaleuse des années Conté, le peuple de Guinée ne pourra que leur dire grand merci. Toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont trempé dans les malversations financières ces vingt-quatre dernières années vont devoir s’apprêter à répondre de leurs actes.
Espérons toutefois que ces audits ne détourneront pas le CNDD du principal et noble objectif qu’il s’est fixé pendant cette période transitoire, à savoir l’organisation des élections libres pour remettre le pouvoir aux civils.
Mamy Dioubaté
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com