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Cela paraît invraisemblable pour ses détracteurs. Pourtant, Alpha Condé, affichant l’air de faire marche arrière a interdit aux nouveaux membres du comité d’audits de « faire la chasse aux sorcières », alors que lui-même passait tout le temps à brandir le glaive des audits pour sans doute dissuader les uns et rassurer un électorat de plus en plus exigeant et porté sur la bonne gouvernance. Sous d’autres cieux, la nouvelle posture du président est synonyme de "mettre de l’eau dans son vin". Ne serait-ce qu’au nom de la paix et de la quiétude sociale.
Cette position jugée allégée d’Alpha Condé – pour des raisons strictement politiques ‒ pourrait de fait être adoptée aussi dans le souci d’être accompagné par l’ensemble des partenaires au développement dont certains s’inquiètent déjà de la divergence de vues à propos du financement des législatives. Quoi de plus normal, si le président Condé réussit à faire passer la pilule au niveau de ses cibles, surtout que plus rien ne semble arrêter la machine infernale devant prendre à la gorge tout bradeur et/ou délinquant économique présumé !
« Je vous donne carte blanche de contrôler… »
Alpha Condé s’est exprimé mardi soir lors de l’audience qu’il a accordée au Palais Sékhoutouréya Jonas Mukamba Kadiata Diallo, président du Comité d’audit nommé le 18 mars 2011 et de ses deux vice-présidents, Lamarana Diallo, économiste et Mouctar Baldé, ancien membre du Comité d’audit sous le CNDD, tous deux nommés le lundi 6 juin 2011.
Réalisant peut être que la menace sans cesse brandie ‒ à l’encontre d’une poignée d’adversaires politiques et d’autres ‒ ne semble pas émouvoir les concernés ou supposés comme tels, Alpha Condé se rétracte, tout en renouvelant en revanche, sa réelle volonté de ne protéger personne, fût-il un allié. « Je n’ai l’intention de protéger personne. C’est pourquoi je vous donne carte blanche de contrôler tous les services financiers en vous servant de la loi. Sans faire de chasse aux sorcières », a notamment rassuré le Président guinéen, apparemment dans un beau jour.
Cet engagement fait suite aux déclarations déjà faites dans JA. « Pas de chasse aux sorcières, mais une volonté forte de clarifier les choses. Les présumés coupables seront convoqués devant la Justice, ils se défendront, et les juges apprécieront. Des audits ont été effectués avant notre arrivée au pouvoir, d’autres sont en cours. J’avais d’ailleurs été clair à ce sujet pendant ma campagne en annonçant que je ferais tous les audits nécessaires. Lorsqu’il s’agit des intérêts du peuple et du pays, je n’ai pas d’états d’âme : je ne protège personne sous prétexte qu’il m’a soutenu. » Quant aux nouveaux promus, ils ont traduit toute leur gratitude à l’endroit du bienfaiteur. Jonas Mukamba Kadiata Diallo et ses collègues ont promis de mener à bien les tâches à eux confiées pour le bonheur de la Guinée.
Mouctar Baldé devra tenir sa langue
Mouctar Baldé, alors 2e vice-président du comité d’audit sous Dadis Camara avait payé les frais de sa sortie à la télévision nationale, le 4 avril. Ce, après avoir donné, vendredi 3 avril, de larges détails sur le niveau des audits, alors en cours. Il sera débarqué le lendemain, mis aux arrêts au camp Alpha Yaya Diallo pour « détournements et corruption » et « faute lourde ». Avec lui, le journaliste Fanah Soumah qui lui, était directement suspendu dimanche 5 avril 2009 par le DG d’alors, Alpha Kabinet Doumbouya. Péché mignon commis ? Débat autour d'un sujet supposé sensible : différend entre Futurelec et État guinéen. Il n’en fallait donc pas plus pour mettre Dadis Camara dans tous ses états.
Entre Dadis et Alpha, il n’y a qu’un pas. Autant alors tenir cette fois-ci sa langue. Même si le vent du changement, de la démocratie qui, elle, est synonyme de liberté d’expression, etc., est en train de souffler sur notre nouvelle République. L’important est de réussir à éradiquer la mal gouvernance, en finir avec l’impunité et restaurer la crédibilité ou l’autorité de l’État. C’est manifestement toute la Guinée qui aura gagné.
TFS pour www.guineeactu.com
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