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Peut-on vraiment parler de scandale financier quand les 200 milliards et poussières qui constituent l’objet de tout ce scénario de détournement de fonds publics, représentent, en réalité, l’ensemble des déficits - en termes de sommes compromises et de véhicules reformés ou manquants - reprochés à tout un personnel administratif commis au service de l’Etat, durant une période bien déterminée ? Pas exclusivement aux ministres, comme l’on s’emploie à le faire comprendre à l’opinion nationale. L’artifice risque de produire l’effet boomerang. Puisque, au-delà du caractère sélectif de l’entreprise qui ne couvre que la période 2006 - 2007, il y a que le dessein des maîtres d’œuvre du projet n’aura pas atteint son but, sinon que si l’objectif visé était de vouer aux gémonies les présumés pilleurs des deniers publics, la montagne aura accouché d’une mouche. Faut-il souligner que la période couverte par l’audit est celle où les activités du gouvernement ont été perturbées par les mouvements de grève ? Aussi, l’on aurait rendu plus de service à l’Etat, si les périodes antérieures, notamment celles qui ont été particulièrement marquées par des scandales financiers des plus explosifs, avaient été considérées. Le choix de la période 2006 - 2007, s’explique par ceci : c’est la période qui a précédé la nomination du premier ministre Kouyaté, c’est aussi celle pendant laquelle les mouvements de grève ont conduit à ce compromis de changement. La hantise de voir revenir les anciens ministres réputés proches du pouvoir et les préjugés qui leur attribuent le sacré pouvoir de déstabiliser le nouveau gouvernement - à travers des formules ésotériques et autres procédés occultes - justifient tout ce scénario que la publication du rapport d’Audit, à un moment où la cote du premier ministre est en baisse, s’emploie à livrer, moins pour dissuader les anciens ministres que pour focaliser l’attention des citoyens sur l’ampleur des dégâts imputés à ces hommes. Il se trouve, curieusement, qu’à la lecture de ce recueil d’hypothèses, les ministres sont moins impliqués que leurs subalternes : Directeur nationaux, Inspecteurs, Comptables simples plantons commis aux services quotidiens du personnel, sont les plus indexés. Nulle part, il n’est directement reproché à un ministre, nommément, d’avoir détourné tant de francs des caisses de l’Etat. Dans le rapport, il est fait état de sommes compromises, soit parce que les dépenses, parfois de souveraineté, sont faites sans support comptable ou sans autorisation. Dans certains cas, ce sont des dépenses faites sur l’ordre présumé du ministre. Il est aussi question de taxes non perçues par l’Etat, pour défaut de précomptes. Tout s’emballe dans un long récit où les hypothèses et autres démarches non rationnelles produisent des chiffres. En effet, dans le chapitre Ministère des mines, au niveau des Fonds de promotion et de développement minier, il nous est livré ceci : « Au niveau du bureau national d’expertise des diamants et autres gemmes, sous réserve des incertitudes afférentes au défaut de pièces justificatives probantes pour un niveau de dépense quasiment négligeable (GNF 39.725.000 sur 1.370.391.670), les comptes soumis au contrôle sont réguliers, sincères et donnent une image fidèle des opérations et de la situation financières » Le rapport ira jusqu’à nous faire découvrir certaines méthodes auxquelles il sera fait recours pour son élaboration (Voir chapitre ministre de la jeunesse). Nous citons : « Malgré le refus délibéré de communiquer les documents de base des dépenses (marché, facture) et le manque quasi-total de comptabilité, il a été possible, à travers des confirmations indirectes, par des rapprochements et des recoupements avec les données reçues de services extérieurs, de disséquer les différentes rubriques des dépenses pour situer les responsabilités des uns et des autres ». Eh bien bravo ! Cette littérature financière reste d’autant plus équivoque pour le profane qu’il serait en droit de se poser mille et une questions sur tout le reste. Le sensationnel n’est pas atteint dans ce tout premier épisode du long feuilleton des scandales financiers 2006 - 2007, c’est le moins que l’on puisse dire. A moins que d’autres documents plus convaincants nous précisent, éventuellement, quel ministre doit quoi à l’Etat. C’est en définitive, ce qu’attendent les citoyens. Toutefois, il aurait été souhaitable que l’audit couvre toutes les périodes antérieures à 2006 - 2007, pour mettre en évidence les défaillances ayant mis le pays dans cette situation dramatique. Cela dépasse le simple cadre de la recherche de coupables présumés. Les vrais pilleurs des biens de l’Etat font la sieste à l’ombre de leurs fortunes. Le sérieux du travail abattu sera connu à la comparution des présumés coupables, en tout cas, les ministres suspectés attendent d’être interpellés par un rapport moins hypothétique. Les couacs du rapport Sur le ministère des Mines : Le rapport fait plus de constats qu’il n’identifie les auteurs des faits d’éclat. Ainsi, ces faits sont, parfois, d’autant plus hypothétiques que le manque de précisions sur les présumés déficits laisse du flou. Il nous est servi, pour illustrer ce constat, des recettes comme ceci : « Une soixantaine de véhicules non réformés qui appartiennent à l’ANAIM, inventoriés en 2003, n’ont pas été identifiés à l’inventaire et ne figurent plus sur le fichier de 2006 mis à disposition. Le rapport fait plus de constats qu’il n’identifie les auteurs des faits d’éclat. Ainsi, ces faits sont, parfois, d’autant plus hypothétiques que le manque de précisions sur les présumés déficits laisse du flou. Il nous est servi, pour illustrer ce constat, des recettes comme ceci : « Une soixantaine de véhicules non réformés qui appartiennent à l’ANAIM, inventoriés en 2003, n’ont pas été identifiés à l’inventaire et ne figurent plus sur le fichier de 2006 mis à disposition. Le rapport fait plus de constats qu’il n’identifie les auteurs des faits d’éclat. Ainsi, ces faits sont, parfois, d’autant plus hypothétiques que le manque de précisions sur les présumés déficits laisse du flou. Il nous est servi, pour illustrer ce constat, des recettes comme ceci : « Une soixantaine de véhicules non réformés qui appartiennent à l’ANAIM, inventoriés en 2003, n’ont pas été identifiés à l’inventaire et ne figurent plus sur le fichier de 2006 mis à disposition. Dix neuf (19) véhicules non identifiés à l’inventaire figurent cependant sur les états mis à disposition »… En conclusion ; « Enfin, au regard des constats, il y a urgence à faire recouvrer les sommes détournées (?), réintégrer au patrimoine les éléments indûment soustraits. » Sur le ministère de l’Agriculture : A ce niveau également, c’est la même littérature trempée. Les malversations présumées concernent plus les véhicules n’ayant pas répondu à l’appel, que les sommes détournées par le ministre. Les responsabilités sont situées au niveau des différentes entités et du cabinet du ministre. Sur le ministère de la Pêche : Le tout premier point abordé concerne les 28 véhicules absents du parc. Au niveau des recettes, des irrégularités sont relevées. Les mis en cause sont : l’agent intermédiaire du trésor, le chef sortant de la DAAF et le directeur de la pêche maritime. Sur le ministère de la Communication regroupant ministère de l’information et ministère des télécommunications : Au ministère de l’Information, trois (3) ministres se sont succédés durant la période considérée. Lequel est concerné par l’audit? Comme dans les autres départements ministériels, ce sont les véhicules qui sont absents du parc. Dans le cadre des recettes, des détournements sont reprochés aux ‘’responsables subalternes’’, nommément cités. Des agneaux sacrificiels pour extirper le mal du scandale financier ? Tout se résume par le fait que ce rapport aura produit l’effet contraire. Cependant, des réserves sont à faire, puisque la totalité du rapport n’est pas livrée. Thierno Dayèdio Barry, L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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