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En chantant sur tous les toits que « tout va bien » entre lui et le général Lansana Conté avec qui il prétend entretenir de « bonnes relations », la crise actuelle démontre que Lansana Kouyaté nous a menti sur toute la ligne. Notre Premier ministre devrait donc être plus honnête et courageux en s’inspirant de l’action des syndicalistes grâce à laquelle il se retrouve à la Primature. Lansana Kouyaté nous avait dit : « Je souhaite que le sang des victimes des tueries de juin 2006, de janvier et février 2007 en Guinée puisse arroser l’arbre de la démocratie ». Si l’on n’a aucune raison de douter de la sincérité des propos tenus par ce diplomate qui a négocié la Primature à partir d’Abidjan, il faut quand même se demander si l’homme au boubou blanc a le sens de la Justice. Peut-il honnêtement souhaiter que son propre sang abreuve l’arbre auquel il fait allusion ? Kouyaté sait que l’arbre en question a germé dans un désert d’injustice depuis la première République. Aime-t-il assez la Patrie ? Autant que ceux qui avaient répondu massivement à l’appel des syndicalistes en affrontant à mains nues la terreur de l’armée du général Conté il y a de cela un an ? Aurait-il tenu le même langage si son épouse ou ses enfants étaient parmi les victimes ? Ces simples questions dont les réponses, même spéculatives, pourront nous édifier sur les vraies intentions de ce compatriote qui avait déclaré récemment sur les ondes de la BBC Afrique qu’en cas d’échec il allait « tirer les conséquences » qui s’imposent, excluant toute possibilité de « démission ». Kouyaté aime la Guinée pour la simple raison d’en être le Premier ministre avec le rêve d’en devenir son troisième président après la célébration du cinquantenaire de ce pays en grande pompe avec l'aide de Kadhafi, un de ses parrains. Si Kouyaté est incapable d’appliquer sa feuille de route correctement par “la faute de Lansana Conté“ et sa suite, il devrait descendre dans la rue accompagné de son épouse et de ses enfants, à l’image de ces braves femmes battues et violées et de ces courageux enfants arrêtés, torturés ou tués par balles en juin 2006 et en janvier-février 2007. Le mot d’ordre de grève du 10 janvier lancé par les syndicalistes est totalement incompréhensible. Car, un an après les tueries en Guinée la justice tarde à venir. Pourtant, si des policiers guinéens avaient tué et entassé 138 chiens devant le Parlement européen ou à l’Elysée et blessé 1800 autres, la réaction du monde entier n’aurait pas tarder à se faire entendre. Mais, avec plus de 138 morts et 1800 blessés, personne ne remue le petit doigt ! Il faut que les syndicalistes clarifient les objectifs de cette grève. Il faut savoir s'il est question de soutenir Kouyaté ou de demander le départ de Conté pour former un gouvernement de transition nationale composé de personnes issues de la société civile, des partis politiques et autres. Des hommes et des femmes qui n’ont jamais pris part à la gestion des affaires de l'Etat dans l’optique d’organiser, dans un bref délai, des élections libres, transparentes et acceptables par tous. En février 2007, les syndicalistes avaient quasiment rampé devant Conté en le priant de nommer au poste de Premier ministre quelqu’un en qui il avait « confiance » alors qu’il n’a plus la confiance du peuple. Il aurait pu nommer son épouse, un de ses enfants... Le décret du 3 janvier c’est l’histoire d’un “couillon“ qui descend un autre “couillon“. Que nos syndicalistes appellent à la grève pour que nos enfants se fassent tuer dans la rue pour Kouyaté qui passe le clair de son temps à chanter les louanges de Conté afin qu'il puisse restaurer, à son propre compte, le système du PDG est un acte criminel impardonnable ! D’après Kouyaté lui-même il « entretient de bons rapports avec le président ». Alors qu’il se débrouille tout seul. Nous savons tous qu’en 1993 Lansana Conté avait volé la victoire à Alpha Condé. Les syndicalistes étaient là. Nous savons aussi qu’en 1998 le même Lansana Conté avait volé la victoire au doyen Bâ Mamadou. Les syndicalistes étaient encore là. Ils étaient toujours là lorsque Conté a arbitrairement mis en prison ces deux leaders de partis. Ils étaient là aussi quand Conté tentait de régler son compte à Sydia Touré. Ce n’est pas Lansana Conté seul qui doit partir à la “retraite“. Il doit partir avec ce gouvernement. Les syndicalistes aussi sont fatigués. Ils doivent aussi partir. La plus part d’entre eux patinent à la Bourse du travail depuis le temps de la maudite “révolution“ de Sékou Touré, le tyran qui a assassiné notre valeureux Colonel Kaman Diaby. Les syndicalistes ont trahi les jeunes en voulant relever l’âge de la retraite par égoïsme. Ne l’oublions pas. Pourtant, ce sont ces jeunes qui meurent dans la rue contre l’oppression de Lansana Conté. Ce sont eux qui doivent diriger ce pays de la Présidence à la Primature en passant par la Bourse du travail. Personne ne doit mourir à la place de Lansana Kouyaté pour son rêve. Il y a des syndicalistes qui ont déjà troqué leur dignité contre des miettes que distribue Lansana Kouyaté. Ils sont prêts à manipuler nos enfants en les transformant en chair à canon dans le seul but de descendre des “couillons“. Kouyaté qui ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Conté doit pouvoir assumer les conséquences de ses faiblesses. C’est d’ailleurs ce dernier qui l’a “fabriqué“ de toutes pièces. Où est le problème ? Pour nous autres, n'acceptons pas que nos enfants soient manipulés, drogués et jetés dans la rue pour une cause obscure. Disons donc "NON" à la violence qu'ils sont en train de fomenter. Nous sommes les seuls à payer les frais. La situation des Guinéens est pire que la guerre et chaque grève en Guinée ressemble à une "petite guerre civile". Amadou Sadio Diallo Directeur de publication www.ondes-guinee.info Contact : diallo.amadousadio@gmail.com
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