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Ces articles soulèvent d'intéressantes questions qu'on peut discuter sereinement pour l’information des uns et des autres. Mais le communiqué, même si l'on comprend la colère de son ou de ses auteurs, pèche par des maladresses et des imprécisions qui ont poussé à une croisée de réactions contradictoires. Dans les périodes que nous traversons, il faut éviter, dans les discours, les tons comminatoires pour la chose défendue, fût-elle juste. Amadou Damaro Camara a donc opportunément bien agi en apportant les intéressants compléments d'informations qu'il donne sur l'aire géographique en cause.
Le hic est qu'il se trouvera toujours des contradicteurs pour lancer à la figure de ceux qui tentent d'apporter quelques témoignages qu'ils ne connaissent pas l'histoire. Mais qui la connaît cette histoire des uns et des autres, fondée sur l'oralité et sur « selon la tradition familiale »? Quoi qu'il en soit, Amadou Damaro a fait un effort. Pour déterminer le contour de ce Grand Konia qui déborde largement le cadre géographique de la Guinée actuelle. Observé sous cet angle et par delà la Guinée, aucun Etat africain ne se retrouve dans ses frontières ethnolinguistiques. Pour parer à cette situation inextricable, les Pères fondateurs de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA devenue UA), ont recommandé l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Et c'est dans ces frontières que sont mises en place les politiques économiques et sociales de chacune des nations. Jusqu’ici, les tentatives de politiques inter-états de réalisations dans des domaines précis n'ont pas été spectaculaires.
Les questions soulevées par le Communiqué du Grand Konia et la réaction d'Amadou Damaro ne trouveront de solutions viables que dans le cadre de la République de Guinée UNE ET INDIVISIBLE. Ce qui n'exclut nullement des solidarités multidimensionnelles extra-muros. Les problèmes du Konia comme de toutes autres entités guinéennes doivent, par la lutte des Guinéens, trouver des solutions consensuelles à l'intérieur de la Nation guinéenne. Des injustices ont été commises et maintenues ici ou ailleurs en Guinée mais on ne peut les imputer à aucune ethnie en particulier mais aux pouvoirs centraux guinéens.
Je suis konianké, donc mandingue et c'est comme cela que je les ressens. Je suis guinéen forestier, et c'est comme cela que je ressens pour la Guinée-Forestière entière les injustices qu'elle a toujours subies. Je crois que l'intelligence des hommes réparera ces injustices sans levée de boucliers sécessionnistes mais avec conviction et fermeté. Amadou Damaro écrit: « Administrativement, Beyla est l'un des premiers postes administratifs de la Guinée française (1905) ». J'ajoute, en guise de complément que c'est en 1892-1893 que tout le territoire du cercle de Beyla fut pratiquement conquis par les troupes coloniales du colonel Combes sur l'Almamy Samory Touré qui avait construit à Kérouané une remarquable forteresse (le tata de Samory). Kérouané fut du reste le premier poste administratif avant son transfert à Beyla.
Et quand Amadou ajoute: »La prise de conscience de la nécessité de s'organiser par les Konianké ne date pas de ce communiqué » du Grand Konia, je complète en disant que le « Premier Congrès des originaires du cercle de Beyla » (tel était le titre du Congrès), correspondant aujourd'hui aux deux préfectures de Beyla et de Kérouané sans Komodou, a eu lieu à Beyla, du 12 au 15 septembre 1956. Des délégations étaient venues de Nzérékoré (62délégués), Dakar (1), Kankan (7), Labé (1), Boola (4), Conakry (7), Siguiri (2), Kissidougou (1), Abidjan (1), Pita (1), N'Zo (1), Damaro-Simandou (6), Niala (1), Gouecké (1), Moussadou (8),Guirila-Fouala-Kouloundou (5), Kérouané (2), Beyla-village (2), Diakolidou (ville jumelle de Beyle-village) (36), Orodougou (1), Bamako (2),Ce Congrès avait traité de questions économiques et d'équipements routiers, de questions sociales et d'éducation-santé et enfin de « conscientisation » de la population sur les problèmes politiques généraux.
Sékou Touré qui était à cette date Conseiller territorial (député) du cercle de Beyla avait tenu une rancune tenace contre les organisateurs de ce congrès qui ne l'avaient pas associé (suffisamment, à son goût) à l'organisation du congrès. Les principaux organisateurs ont pâti de cette rancune malgré les très larges résultats du vote sur l'orientation du programme du Congrès en faveur du PDG. Ceux qui ont subi cette rancune et par delà, eux, leur terroir étaient; Kalil Fofana, Facély Camara, Youssouf Kourouma, Emile Condé, Yoro Diarra, Ibrahima Doré, Mory Kandé, Karamoko Kané, Ansoumane Camara, Mamadi Cissé, Sékou Touré (pas le leader bien sûr), Mamadi Camara, Moustapha Cissé, Mamadi Doumbouya, Mamadi Doré, Fan Lansana Soumaoro etc. D'aucuns ont retenu que les traces de la rancune du leader du PDG ont été longues. La sœur Mariame a cité les exceptions d'Alaphaix Kourouma et de Dr Kékoura Camara (Kaman-Kékoura), j'ai bien connu les deux qui étaient plus de Macenta que de Beyla et aucun d'eux n'avaient participé au Congrès de 1956. Mais je reviens au Communiqué du G. K.
Au fond, je pense qu'il y a de grosses maladresses dans la formulation « etniciste » à peine voilée des animateurs du Grand Konia. Le Konia qu'ils doivent défendre sans aller à l'encontre de l'unité nationale guinéenne, comme ils l'affirment, est de présenter sereinement les problèmes de cette partie de la Guinée qui va de Komodou-Kérouané-Banankoro-Damaro-Kosankoro à Karala-Sinko-Beyla-Boola. Le premier groupe cité autour de Kérouané, agissant dans le cadre de la Haute-Guinée à laquelle, il appartient administrativement. Le second groupe qui forme la préfecture de Beyla faisant de même en Guinée-Forestière, sa région administrative. Ces indications n'empêchant nullement des solidarités locales.
J'ai plusieurs fois écrit que des frontières administratives à l'intérieur d'un même pays n'avaient aucune espèce d'importance. Mais il y en a qui ramènent toutes ces questions à des considérations ethnologiques. Quand est-ce que nous, Guinéens, allons trouver, enfin de compte, la voie de la construction de la Nation guinéenne si nous continuons de voir cette construction à la lorgnette ethnique? En pensant cela, si l'on doit être classé parmi les naïfs, je préfère être de ceux-là plutôt que parmi les malins. Et on a vu en Guinée, à quoi a conduit le pays, la présence de trop de malins ou de ceux qui se croient malins. Il faut; c'est une prière et non un commandement que les intellectuels et tous ceux qui réfléchissent un tout petit peu en Guinée, en viennent à se sortir de la malédiction « ethniciste »que nous ont jetée par dessus la tête nos premiers dirigeants politiques. Il faut sortir la Guinée du message démoniaque des diviseurs. Ceux-ci n'existent pas que dans le Konia ou dans le reste de la Forêt comme certains voudraient le faire croire mais également aussi ailleurs. Dans toute région, ce qui importe ce sont des solidarités en tous genres. Qui se créent entre les habitants de cette même région pour son développement humain, économique et social. Mais solidarité n'est pas forcément synonyme d'ostracisme envers d'autres Guinéens.
Parler donc de Grand Konia dans cet article qui, volontairement se place dans un contexte de la balance à faire entre nos quatre régions, fausse les données d'appréciation puisqu'une partie de ce Grand Konia est en Haute-Guinée, l'autre partie en Guinée-Forestière et des éléments épars hors de Guinée. Des manifestations culturelles peuvent réunir ce grand ensemble mais des politiques de développement à ras du sol, auront encore du mal à franchir les frontières. L'autre aspect qui a été critiqué dans cet article est l'anonymat absolu de signature adopté par les adhérents de l'association ou du collectif désigné. Quand on énonce une position politique aussi claire que celle du Grand Konia, les textes sont signés au moins par le Président ou un Secrétaire comme le fait le Président des « Sans Voix ». Nous ne sommes tout même plus dans la période 1958-2008. Condé N'Famara Dassin a eu raison, sur ce point de dire que le Grand Konia ne parle pas au nom de tous les Konianké, lui qui est Président de l'Association « Beyla-Socia » (Le chemin du Village-Beyla) à Paris.
Moi qui suis mandingue, je précise pour ce que je crois et ce que j'ai appris que le Konia n'est pas une ethnie, à proprement parler (koniakas signifie habitants du Konia), il s'agit bel et bien d’une province historique du Grand Mandingue où se sont, sans aucun doute, produits des brassages de populations. L’Almamy Samory Touré, désigné par tous les dictionnaires du Monde où son nom est mentionné comme souverain mandingue, avait son berceau familial dans ce terroir. De même, le terme Forestier n'est pas une ethnie mais un groupe d'ethnies qui se sont toujours bien entendues, A ce sujet, j'ai plusieurs posé la question sans réponse de savoir, pourquoi ailleurs en Guinée, n'a-t-on pas appelé d'autres ethnies « les savaniers », « les montagnards », « les côtiers », etc. ? Pourquoi tous les autres habitants de la Région forestière et qui ont des noms propres pour leurs ethnies, ont-ils été désignés de façon « Résiduelle » par le couvert végétal de leur région? Je me suis posé cette question sur laquelle j'ai mes réponses mais j'attends d'autres pour enrichir mes réflexions. Quoi qu'il en soit, les choses étant ce qu'elles sont, je demeure, Guineen, Mandingue et Forestier à la fois. Je n'y trouve pas d'incompatibilités et je m'en trouve bien. Je souhaite seulement que dans le cadre de l'unité nationale guinéenne, les hommes et les femmes politiques de la Guinée-Forestière conjuguent leurs efforts auprès des gouvernements centraux à venir pour un désenclavement et un développement humain, économique et social de cette région à la nature généreuse mais laissée pour compte des préoccupations majeures du pays entier. Tout en sachant l'injustice faite à cette région par les pouvoirs centraux, j'ai toujours souhaité un réveil de la part de ceux qui se sont jetés dans la bataille de la politique active. C’est pourquoi, je suis d'accord avec Kamano quand il parle d'Union de la Forêt à condition, bien sûr, que cette Union ne soit dirigée contre personne d'autres en Guinée mais pour le renforcement de cette région et de la Guinée elle-même. D’autres peuvent avoir les mêmes idées ailleurs, d'union pour le développement régional. Cela ne constitue pas des chemins de division si l'on n'exalte pas des sentiments ethnocentristes.
C’est par le développement régional qu'une nation se développe dans son ensemble, le Pouvoir central tentant de corriger par ci par là les déséquilibres régionaux par une politique d'aménagement du territoire national. J'ajoute enfin pour Me Lama de Dakar que des tas de Koniankés installés de longue date en Forêt l'ont toujours considérée comme leur région et y ont travaillé pour la prospérité commerciale et urbaine de villes moyennes ou grandes comme Nzérékoré.
Je pense que toutes ces questions peuvent se discuter en termes non antagonistes.
Ansoumane Doré (Dijon, France)
www. guineeactu. com
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