 |
Avant de commencer mon propos, je suis réconforté que mon analyse selon laquelle le problème en Guinée n’était que partiellement Lansana Conté se vérifie en voyant comment Souaré s’est montré révérencieux et soumis face à Dadis Camara alors que 24 heures avant, il jouait au "challenger". Il y a une différence entre être respectueux et être soumis dans l’espoir d’obtenir quelque chose. Je reconnais qu’au moins Kouyaté est fier et se tient "droit". Ceci dit, j’ai inventé le mot "Contéisation" qui veut dire transformer une honnête et modeste personne en dictateur cupide et vicieux comme ils l’ont fait pour Lansana Conté qui était innocent. En effet, je suis sidéré de voir que le scenario de 1984 se répète : sans que le CNDD ait encore posé un acte concret, la majorité des Guinéens ont déjà baissé leur garde comme si le combat était fini alors qu’il ne fait que recommencer avec une autre autorité. De nombreux Guinéens ont contribué à transformer le Général Conté en mal et ont été les premiers à le critiquer après qu’il les eut chassés. Les professions de foi et promesses ne doivent valoir que par leurs concrétisations !
Si le CNDD s’était manifesté il y a un an, j’aurais été aveuglément leur premier supporteur et militant. Leur intervention sur la scène politique aurait été plus opportune et salvatrice. Bon ! N’étant pas adepte de politique fiction et la cause semblant entendue, nous sommes obligés de prendre acte de la prise du pouvoir par CNDD et Dadis Camara président de la République. Néanmoins, sachons raison garder en évitant de faire du zèle et des adresses trop révérencieuses et surtout trop soumises à son égard: il faut aider le Capitaine Dadis Camara à garder la tête froide et qu’il sache qu’il est rentré à "l’école de la Politique" et comme un élève, il sera soumis à des examens de passage à chaque étape. Et pour cela, ce n’est pas à lui de faire le plus d’effort mais plutôt à nous de rester vigilants et de lui dire qu’il n’a que la garde du Pays et non ce dernier à sa disposition. Nous avons lu et écouté tous ses discours d’allégeance avec stupeur tant ils sont opportunistes et intéressés pour la plupart alors que nous ne savons même pas encore si il y a une main invisible derrière et qui ils envisagent de nommer Premier Ministre, chef du gouvernement. Nous, Guinéens, avons un gros problème d’intimidation et de soumission face à l’Autorité ce qui est incompatible avec la démocratie qui est aussi l’art de défier par la rhétorique et parfois par l’action le gouvernement et/ou le chef de l’Etat. C’est donc un handicape pour un contre pouvoir efficace.
La précaution et la sagesse aurait été d’attendre de voir quels sont leurs premiers actes de gouvernement avant de relâcher la pression. N’oublions pas que tout ce qui brille n’est pas or ! Et à partir du moment où tout est suspendu pour l’instant, quel sera leur attitude face à la liberté d’expression et de presse quand on sait qu’il y a juste quelques jours des soldats, dont certains sont membres du CNDD, s’en étaient pris à des journaux et à ceux qui les vendaient à cause du contenu qui parlait d’eux. Mais malheureusement le clientélisme semble être une seconde nature chez nous les Guinéens ; pour preuve ce 25 décembre au camp Alpha Yaya. Chacun tente à travers ses déclarations de subtilement se "vendre" au CNDD en oubliant, comme on me l’a fait remarquer à juste titre, que ses membres semblent ne pas être des naïfs et savent où ils veulent aller. Espérons seulement que notre destination est la même !
Quant à la durée de la transition, il faut faire front dès maintenant pour qu’au plus tard le 31 décembre 2009, le deuxième tour de la présidentielle ait eu lieu, s’il est nécessaire. Il est indispensable de ne pas leur laisser de répit pour exiger qu’ils organisent ces scrutins bien avant 2010 ! Il y a un axiome en politique qui veut que tout militaire, nonobstant ses promesses main sur le cœur, qui reste plus d’une année au pouvoir ne le quittera que contraint ou par la force : l’auguste Jerry Rawlings (Ghana) n’a pu résister de se faire élire en tant que civil par la suite même s’il a fini par partir honorablement à la fin de son mandat ; ATT au Mali comme Rawlings; le Général Guéi (Côte d’Ivoire) a dû être chassé par un vaillant Gbagbo ; Yaya Jammeh en Gambie ; en Mauritanie les militaires sont revenus. Il y a de nombreux exemples. Le pouvoir est le plus puissant aphrodisiaque (source :?).
Est-ce que l’accueil par la foule de Dadis Camara est un signe d’approbation ? J’en doute en Guinée : en 1984, souvenez-vous de l’attitude du peuple à la mort de Sékou Touré et une semaine après leur jubilation pour avoir été sauvés du PDG ; en mars/avril 2006 (sous Cellou Dallein), du retour du Général après son évacuation sanitaire en Suisse par Santullo alors que sa popularité semblait au plus bas, quand la population lui a fait spontanément une haie d’honneur de l’aéroport au camp Samory/palais présidentiel, à ma grande surprise ; ou bien de ces "déflatés" (chômeurs) attroupés près du petit palais qui criaient au passage Conté que lui était bon mais que c’était ses ministres les fautifs et vauriens, le sachant très bien le responsable suprême de leur malheur. Et récemment, l’investiture de "Sa Majesté " Kouyaté qui a connu un mouvement populaire aussi. En Guinée, méfions nous de la versatilité du peuple. Sans vouloir manquer de respect à mes compatriotes, on ferait parader un mouton coiffé sur un véhicule officiel, je suis certain qu’une "certaine" foule sortirait pour acclamer. Juste pour dire que le peuple de Guinée est comme conditionné pour ovationner tout ce qui est une autorité ou lui ressemble. Pour finir, disons que prudence est mère de sureté : attendons un peu pour donner quitus au CNDD pour voir si ce sera Rawlings ou Guéi.
Ibrahima Diallo - "Ollaid" pour www.guineeactu.com
|
 |