lundi 22 juin 2009
Assez de cette flagrante et continuelle substitution des officiels français à la souveraineté des peuples!
Saifoulaye Diallo

« Nous sommes attachés au respect du calendrier électoral initialement proposé par la coalition des forces vives de Guinée qui doit, conformément aux engagements pris devant le Groupe international de contact sur la Guinée (GIC-G), être mis en oeuvre le plus rapidement possible par la junte » déclarait le porte-parole du Ministère français des Affaires étrangères dans un point de presse tenu au Quai d’Orsay le 16 Juin dernier.

 

Ce qui indisposerait tant Paris serait la remise en cause par le Capitaine Dadis Camarara du «calendrier qui lui a été proposé [il serait préférable de dire imposé] par les forces vives fixant les élections législatives au 11 octobre 2009 et l'élection présidentielle aux 13 et 27 décembre» en passant outre - délibérément et subrepticement - l’indispensable restauration des textes fondamentaux et leur adoption par un referendum. Et Paris, fidèle à son habitude, ne s’encombre pas de diplomatie quand il s’agit de l’Afrique des éternels “sujets”: «La réalisation pleine et entière du calendrier proposé par la coalition des forces vives est essentielle de même que la reprise des opérations de recensement et l'adoption du budget électoral». Se faisant ainsi le porte voix d’une entité aux contours incertains et aux intentions pour le moins obscures.

 

Les Guinéens apprécieraient bien si la France accompagnait la Guinée dans un processus raisonnable et désintéressé de transition menant à une stabilité institutionnelle permanente.

 

Au lieu de s’attacher au respect d’un calendrier qui n’augure aucune garantie que l’expression du peuple sera respectée, il faudrait plutôt aider à mettre sur place les conditions d’une telle garantie.

 

Pour l’instant, nous n’avons aucune expression authentique de la représentativité des partis politiques et autres associations qui s’autoproclament forces vives et qui veulent agir (à l’instar du CNDD) au nom de la Guinée.

 

Le problème est que ces “forces vives”, en voulant aller aux élections sans revoir les textes qui étaient en vigueur avant leur suspension par le CNDD, donnent l’impression de privilégier leurs intérêts particuliers en lieu et place de ceux de la Guinée.

 

En effet, la Loi Fondamentale de 1991 n’arrange pas certains leaders qui s’accommoderaient bien du tripatouillage en règle que feu Lansana Conté en avait fait en 2001 pour pouvoir continuer son forfait. C’est la seule raison pour laquelle ils n’auraient pas combattu l’adoption et la mise en oeuvre de cette loi fondamentale actuellement suspendue.

 

Donc, en exigeant de passer directement aux élections, sans rétablir et amender positivement la constitution de 1991 (qui contenait certains verrous aux dérives autoritaires de l’exercice des pouvoirs publics), ces leaders politiques et sociaux guinéens ont montré leur mépris pour la démocratie et leur volonté de profiter de l’impopularité des régimes d’exceptions pour faire passer leurs intérêts personnels.

 

Par contre, là où je pourrais - en partie - être d’accord avec «la France, [et] ses partenaires de la communauté internationale», c’est quand ils affirment que «la préparation des élections [moi je dirais: le retour à l‘ordre constitutionnel] doit rester la priorité des autorités au pouvoir». Nous, nous n’avions pas attendu la sortie du capitaine Dadis devant les diplomates le 10 Juin dernier pour le rappeler. En effet, dès Décembre 2008, nous avions posé cette priorité en terme d’interrogation: “Les «audits»: moyen de recouvrement des deniers publics ou facteur d'instabilité?” Et, si l’expression «La transition doit être la plus brève possible. La promesse d'organiser les élections d'ici la fin 2009 doit être tenue» ne sert qu’à faire pression sur la junte qui ne semble pas montrer trop de volonté à s‘orienter dans cette direction, tant mieux. Même si on aurait préféré que cette pression vienne des fils du pays d’abord: politologues, juristes, fonctionnaires internationaux, cadres dans les grandes firmes, professeurs d’université, actifs ou retraités…, qui restent terriblement silencieux face aux enjeux qui engagent le destin de la Guinée. La défaillance de leadership du CNDD, du gouvernement, des partis politiques, des syndicats, des associations, …, devrait pouvoir permettre aux fils du pays les mieux qualifiés de prendre la direction des opérations au lieu de la laisser à l’ambassadeur de l’Allemagne en Guinée ou au ministère français des affaires étrangères. La Guinée doit être bâtie par les guinéens et pour les guinéens.

 

Cependant, ne nous trompons point d’objectif; car, à mon humble avis, la durée de la transition - pour importante qu’elle soit - n’est pas fondamentale en soit. Elle peut être de dix semaines ou de dix mois, pourvu qu’elle permette d’aboutir à la mise en place de règles du jeu parfaitement transparentes et opérationnelles. Toutes les attentions devraient s’y focaliser. Or, nous sommes loin de cette situation. Donc la bonne foi des uns et des autres est requise à ce stade critique de l’Histoire de la Guinée.

 

Le capitaine Dadis a fait preuve de patriotisme et de courage politique en ouvrant la porte au dialogue pendant cette rencontre avec les diplomates accrédités à Conakry (le 10 juin 2009). Il faudrait en saisir l’opportunité pour créer un cadre saint et cohérent permettant d’assurer des élections crédibles et surtout, d’écarter ces opportunistes qui ne jurent que pour leurs intérêts personnels au profit de ceux qui sont véritablement engagés pour la Guinée.

 

Aujourd’hui, le “gouvernement” (qui brille par son manque d‘initiative) est supposé ne pas avoir de couleur politique. Pour quoi ne pas lui donner les moyens (humains, techniques, financiers, matériels et règlementaires) d’organiser cette transition? Qu’est-ce qui empêcherait objectivement de domicilier les immenses moyens que réclame la Commission Nationale Électorale “Indépendante” (CENI) - qui n’a plus sa raison d’être à partir du moment que ni le PUP, ni aucune autre force politique et/ou sociale ne contrôle l’appareil d’État - au Ministère de l’Administration du Territoire qui est stupidement le maître d’oeuvre traditionnel de l’organisation de consultations électorales partout dans le monde?

 

La France de Napoléon, père de l’Administration Publique moderne, ayant l’une des traditions démocratiques les plus anciennes du monde, ne fait pas preuve de responsabilité en s’attachant à un “calendrier” qui ne respect aucun principe démocratique.

 

Les guinéens doivent avoir un sursaut de patriotisme et accepter de composer avec le CNDD pour jeter les bases d’une Guinée stable et prospère.

 

La corporation en robes noires ne doit pas abandonner le fer pendant qu’il est chaud et retourner dans les conditions misérables de l’exercice de sa profession. Elle doit s’associer aux autres organisations socioprofessionnelles, aux forces syndicales, aux partis politiques en état opérationnel, à toutes les personnes ressources…, pour revoir tous les textes essentiels (Loi Fondamentale de 1991, lois organiques régissant les activités politiques et sociales…, etc.) au bon fonctionnement d’une démocratie et d’un véritable État de droit. C’est maintenant ou jamais qu’il est possible de le faire. Mais pas quand une “élection” installera un irresponsable au pouvoir; on a plein d’exemples autour de nous (Mauritanie, Niger …) pour nous permettre de laisser passer cette opportunité.

 

Le planning qui sortira de ce projet de restauration des institutions républicaines et des textes fondamentaux est le seul à même de pouvoir donner un calendrier acceptable pour les élections.

 

Aucun diktat ne devrait venir à bout de ce processus vital pour une Guinée viable, déterminée désormais à se donner les moyens (institutionnels, juridiques et règlementaires) d’être à l’abri de tout accident fatal de l’Histoire.

 

 

Saifoulaye DIALLO, Conakry, Guinée.

 

www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
M.L. Sacko, dimanche 28 juin 2009
Merci Mr. S. Diallo pour votre analyse que je trouve très sage; évidemment il ya un groupe qui n`appréciera jamais votre sortie, ceux là qui veulent précipiter le pays dans des élections sans lendemain. Je condamne cependant tout pouvoir militaire en Guinée. Personnellement je ne comprends pas pourquoi des gens veulent à tout prix que nous construisons notre Guinée sur une dune. Je pense qu`il ya toute une série de préparations à faire pour une élection qu`on veut équitable et transparente. Comment peut-on aller aux élections sans listes électorales fiables? Car jusque maintenant le recensement des électeurs n`est pas achevé; ou alors les gens veulent qu`on aille aux consultations en se référant aux listes électorales établies par le PUP sous Conté? Je ne crois pas que cela soit la solution. Le pays vraiment dispose de moyens techniques et financiers pour organiser des élections crédibles? Soyons réalités.
Mariama, mercredi 24 juin 2009
Merci Tabara pour la reponse donnee a A. Diallo. Avant d`intervenir dans un article il est tres important de comprendre le sens, de l`analyser avant toute reponse. Ca ne sert a rien d`intervenir si l`intervention n`est pas basee sur du serieux. Que Dieu sauve mon pays.
Saifoulaye DIALLO, mercredi 24 juin 2009
Erratum Dans la phrase suivante: Qu’est-ce qui empêcherait objectivement de domicilier les immenses moyens que réclamme la Comission Nationale Électorale “Indépendante” (CENI) - qui n’a plus sa raison d’être à partir du moment que ni le PUP, ni aucune autre force politique et/ou sociale ne contrôle l’appareil d’État - au Ministère de l’Administration du Territoire qui est statutairement le maître d’oeuvre traditionnel de l’organisation de consultations électorales partout dans le monde? Il faudrait prendre "statutairement" et non "stupidement". Ensuite, pour mieux clarifier mes propos, je pense jusqu`à preuve du contraire que ce n`est pas une simple élection qui peut résoudre les problèmes de la Guinée. Il y en a eu beaucoup au temps de Lansana Conté! Ensuite, le seul départ de Dadis ne peut pas résoudre non plus les problèmes de la Guinée. Sékou Touré est parti, on est tombés sur plus stupide que lui; où est Lansana Conté? C’est quelqu’un de lunatique que l’on retrouve. Donc, tant que les guinéens n’accepteront pas de se donner les structures et la règlementation requises, les problèmes resteront les mêmes: le retour définitif des militaires dans les casernes, la possibilité de faire élir le guinéen qu`il faut, etc. seront de vains espoirs, parce que soumis aux aléas du hasard. Si on fait des élections dans les conditions actuelles, qu`est-ce qui risque de se passer? Soit on tombe sur un vrai "ATT" et, serait tant mieux, on aurait une chance pour lancer les réformes républicaines. Et, je crois que beaucoup de nos concitoyens misent sur cette option. Mais, on peut aussi tomber sur pire que Lansana Conté; ce sera un éternel récommencement. Voir les exemples du Kénya (avec tous les morts qui ont suivi leur dernières élections présidentielles), de la Mauritanie (où le comportement du président élu a provoqué une crise qui a ramené l‘Armée au pouvoir) et, actuellement du Niger où le président a nitié - malgré toutes les protestations - un processus de revision constitutionnelle pour se maintenir au pouvoir. Donc, pour ce soustraire de cet aléa, asseyons-nous et concoctons quelque chose qui augmente nos chances de tomber sur le bon guinéen et de sortir définitivement de ce cycle d’accidents malheureux de l’Histoire. Si le système est opérationnel (c’est le cas “des grands pays” comme dit Nourdine), les élections peuvent être imparfaites, il y aura toujours une solution de rechange. Dans les pays dévelopés, ils ont des systèmes plusieurs fois centenaires: Parlement, Cour Suprême (où les juges sont inamovibles), Administration dynamique et opérationnelle gérée par des personnes bien formées et toujours informées, une justice indépendante (dans laquelle les juges statuent librement sans craidre un décret qui détruira leur carière) etc. Vous conviendrez que ce n’est pas le cas chez nous. Alors, pour quoi se payez le luxe de quémander de l’argent et de le gaspiller (au moment où nous manquons de tout) dans une mauvaise élection alors que rien ne nous empêche de nous offrir un système ne pouvant générer que de bonnes élections? L’exemple de la Côte d’Ivoire est sous nos yeux: une mauvaise élection a bloqué tout le système depuis 2002. Conséquence: la plus grande économie de la région est dans l’agonie.
Tabara, mercredi 24 juin 2009
A. Diallo, merci d`intervenir sur le fond, comme l`a fait Saïfoulaye en apportant des éclairecissements. Vous serez bien inspiré de nous éviter les allusions personnelles dans un débat d`idées. Le devenir de la Guinée est un sujet trop important pour le sacrifier à l`autel d`attaques personnelles. Amicalement à vous.
A. DIALLO, mardi 23 juin 2009
Mr Diallo, vous avez retrouve un texte de votre homonyme que vous avez mixe a la saveur du jour ou quoi?
Saifoulaye DIALLO, mardi 23 juin 2009
L`irresponsabilité (peut-être leur insuffisance) des acteurs politiques et sociaux, l`indifférence des intellectuels (universitaires, technocrates, diplomates, ...) et la prostitution quasi généralisée des fonctionnaires et autres membres de la société civile face à tout tenant du pouvoir, ..., ont toujours constitué le lit des dictatures en Guinée. Mais, il ne faut pas se leurrer: actuellement, nous avons l`attention de la "communauté internationale", parce que nous avons à faire à un régime d`exception. Si nous laissons passer l`opportunité de construire un vrai État de droit (par la mise en place d’une constitution équilibrant mieux les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, d’une charte des partis politique banissant toute fantésie individualiste et régionaliste, un code électoral sans ambiguïté, ... ) maintenant, il sera trop tard quand une "élection" installera quelqu`un de mauvaise foi et sans vision d`avenir au pouvoir. Les gens resteront indifférents à se qui se passera en Guinée. Et, puisque les conditions actuelles (la mentalité des gens, les lois et règlements disponibles) font du président (quel qu`il soit par ailleurs) un quasi dieu, vous voyez ce que ça va faire? Alors, les gens doivent rester vigilants et ne pas accepter de hurler avec les loups! Le CNDD ne tient à rien! Je l`ai démontré dans l`article "le corps judiciaire a ouvert la voie". Mais, "les forces vives" écartent une étape fondamentale dans leur programme: la révision des textes et leur adoption par référendum. Le fait que la "communauté internationale" n`ait pas relevé cela m`a tiqué; d`où le ton de mon article. Après tout, on ne doit pas attendre tout de l`extérieur! Il faudrait que l`appui venu de l`extérieur soit l`appoint; mais, pas le fondamental. Si non, oublions la souveraineté, indispensable à la maîtrise de notre avenir.
conde, mardi 23 juin 2009
Mr Diallo Ce genre de discours a ete entendu depuis des annees en guinee. On ne devient pas du jour au lendemain un revolutionnaire pur jus ,votre reaction est exactement celle de celui refuse d`entendre la verite. bon courage nouveau revolutionaire.
nourdine, mardi 23 juin 2009
Mr diallo, vous faites tout pour compliquer les choses au détriment du peuple; le chronogramme n`est pas l`ouevre de la france mais plutôt des guinéens; la france ne fait que nous rappeler au respect de notre engagement;au lieu de condamner la france il faut avoir le courage intellectuel de dénoncer les dérives du cndd et situer clairement les responsablités. mr diallo,si tu souhaites le bonheur pour le peuple de guinée, il faut t`associer au combat pour le retour immédiat des militaires dans les casernes. il nous faut un CIVIL comme président même si c`est à travers une élection imparfaite.(les élections dans les grands pays ne sont pas non plus parfaites). Arrêtez donc de compliquer les choses.
Tabara, mardi 23 juin 2009
Et pourtant le texte est très clair. Peut-être qu`en le relisant attentivement vous en cernerez la quintescence:Une Guinée bâtie, en priorité, par les guinéens en privilégiant des solutions structurelles et non conjoncturelles.C`est une invitation à ne pas bâtir la démocratie guinéenne sur des fondements bancals.Bien à vous A.T.Diallo.
A.T. DIALLO, lundi 22 juin 2009
Trops de condiments gate la sauce...Je ne comprend pas le fond de la pensee de l`auteur dans ce texte!; Tout ce qui est clair se dit simplement et les mots pour le dire viennent aussi aisement!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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