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« Nous sommes attachés au respect du calendrier électoral initialement proposé par la coalition des forces vives de Guinée qui doit, conformément aux engagements pris devant le Groupe international de contact sur la Guinée (GIC-G), être mis en oeuvre le plus rapidement possible par la junte » déclarait le porte-parole du Ministère français des Affaires étrangères dans un point de presse tenu au Quai d’Orsay le 16 Juin dernier.
Ce qui indisposerait tant Paris serait la remise en cause par le Capitaine Dadis Camarara du «calendrier qui lui a été proposé [il serait préférable de dire imposé] par les forces vives fixant les élections législatives au 11 octobre 2009 et l'élection présidentielle aux 13 et 27 décembre» en passant outre - délibérément et subrepticement - l’indispensable restauration des textes fondamentaux et leur adoption par un referendum. Et Paris, fidèle à son habitude, ne s’encombre pas de diplomatie quand il s’agit de l’Afrique des éternels “sujets”: «La réalisation pleine et entière du calendrier proposé par la coalition des forces vives est essentielle de même que la reprise des opérations de recensement et l'adoption du budget électoral». Se faisant ainsi le porte voix d’une entité aux contours incertains et aux intentions pour le moins obscures.
Les Guinéens apprécieraient bien si la France accompagnait la Guinée dans un processus raisonnable et désintéressé de transition menant à une stabilité institutionnelle permanente.
Au lieu de s’attacher au respect d’un calendrier qui n’augure aucune garantie que l’expression du peuple sera respectée, il faudrait plutôt aider à mettre sur place les conditions d’une telle garantie.
Pour l’instant, nous n’avons aucune expression authentique de la représentativité des partis politiques et autres associations qui s’autoproclament forces vives et qui veulent agir (à l’instar du CNDD) au nom de la Guinée.
Le problème est que ces “forces vives”, en voulant aller aux élections sans revoir les textes qui étaient en vigueur avant leur suspension par le CNDD, donnent l’impression de privilégier leurs intérêts particuliers en lieu et place de ceux de la Guinée.
En effet, la Loi Fondamentale de 1991 n’arrange pas certains leaders qui s’accommoderaient bien du tripatouillage en règle que feu Lansana Conté en avait fait en 2001 pour pouvoir continuer son forfait. C’est la seule raison pour laquelle ils n’auraient pas combattu l’adoption et la mise en oeuvre de cette loi fondamentale actuellement suspendue.
Donc, en exigeant de passer directement aux élections, sans rétablir et amender positivement la constitution de 1991 (qui contenait certains verrous aux dérives autoritaires de l’exercice des pouvoirs publics), ces leaders politiques et sociaux guinéens ont montré leur mépris pour la démocratie et leur volonté de profiter de l’impopularité des régimes d’exceptions pour faire passer leurs intérêts personnels.
Par contre, là où je pourrais - en partie - être d’accord avec «la France, [et] ses partenaires de la communauté internationale», c’est quand ils affirment que «la préparation des élections [moi je dirais: le retour à l‘ordre constitutionnel] doit rester la priorité des autorités au pouvoir». Nous, nous n’avions pas attendu la sortie du capitaine Dadis devant les diplomates le 10 Juin dernier pour le rappeler. En effet, dès Décembre 2008, nous avions posé cette priorité en terme d’interrogation: “Les «audits»: moyen de recouvrement des deniers publics ou facteur d'instabilité?” Et, si l’expression «La transition doit être la plus brève possible. La promesse d'organiser les élections d'ici la fin 2009 doit être tenue» ne sert qu’à faire pression sur la junte qui ne semble pas montrer trop de volonté à s‘orienter dans cette direction, tant mieux. Même si on aurait préféré que cette pression vienne des fils du pays d’abord: politologues, juristes, fonctionnaires internationaux, cadres dans les grandes firmes, professeurs d’université, actifs ou retraités…, qui restent terriblement silencieux face aux enjeux qui engagent le destin de la Guinée. La défaillance de leadership du CNDD, du gouvernement, des partis politiques, des syndicats, des associations, …, devrait pouvoir permettre aux fils du pays les mieux qualifiés de prendre la direction des opérations au lieu de la laisser à l’ambassadeur de l’Allemagne en Guinée ou au ministère français des affaires étrangères. La Guinée doit être bâtie par les guinéens et pour les guinéens.
Cependant, ne nous trompons point d’objectif; car, à mon humble avis, la durée de la transition - pour importante qu’elle soit - n’est pas fondamentale en soit. Elle peut être de dix semaines ou de dix mois, pourvu qu’elle permette d’aboutir à la mise en place de règles du jeu parfaitement transparentes et opérationnelles. Toutes les attentions devraient s’y focaliser. Or, nous sommes loin de cette situation. Donc la bonne foi des uns et des autres est requise à ce stade critique de l’Histoire de la Guinée.
Le capitaine Dadis a fait preuve de patriotisme et de courage politique en ouvrant la porte au dialogue pendant cette rencontre avec les diplomates accrédités à Conakry (le 10 juin 2009). Il faudrait en saisir l’opportunité pour créer un cadre saint et cohérent permettant d’assurer des élections crédibles et surtout, d’écarter ces opportunistes qui ne jurent que pour leurs intérêts personnels au profit de ceux qui sont véritablement engagés pour la Guinée.
Aujourd’hui, le “gouvernement” (qui brille par son manque d‘initiative) est supposé ne pas avoir de couleur politique. Pour quoi ne pas lui donner les moyens (humains, techniques, financiers, matériels et règlementaires) d’organiser cette transition? Qu’est-ce qui empêcherait objectivement de domicilier les immenses moyens que réclame la Commission Nationale Électorale “Indépendante” (CENI) - qui n’a plus sa raison d’être à partir du moment que ni le PUP, ni aucune autre force politique et/ou sociale ne contrôle l’appareil d’État - au Ministère de l’Administration du Territoire qui est stupidement le maître d’oeuvre traditionnel de l’organisation de consultations électorales partout dans le monde?
La France de Napoléon, père de l’Administration Publique moderne, ayant l’une des traditions démocratiques les plus anciennes du monde, ne fait pas preuve de responsabilité en s’attachant à un “calendrier” qui ne respect aucun principe démocratique.
Les guinéens doivent avoir un sursaut de patriotisme et accepter de composer avec le CNDD pour jeter les bases d’une Guinée stable et prospère.
La corporation en robes noires ne doit pas abandonner le fer pendant qu’il est chaud et retourner dans les conditions misérables de l’exercice de sa profession. Elle doit s’associer aux autres organisations socioprofessionnelles, aux forces syndicales, aux partis politiques en état opérationnel, à toutes les personnes ressources…, pour revoir tous les textes essentiels (Loi Fondamentale de 1991, lois organiques régissant les activités politiques et sociales…, etc.) au bon fonctionnement d’une démocratie et d’un véritable État de droit. C’est maintenant ou jamais qu’il est possible de le faire. Mais pas quand une “élection” installera un irresponsable au pouvoir; on a plein d’exemples autour de nous (Mauritanie, Niger …) pour nous permettre de laisser passer cette opportunité.
Le planning qui sortira de ce projet de restauration des institutions républicaines et des textes fondamentaux est le seul à même de pouvoir donner un calendrier acceptable pour les élections.
Aucun diktat ne devrait venir à bout de ce processus vital pour une Guinée viable, déterminée désormais à se donner les moyens (institutionnels, juridiques et règlementaires) d’être à l’abri de tout accident fatal de l’Histoire.
Saifoulaye DIALLO, Conakry, Guinée.
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