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L’arrivée des 100 bus importés de l’Inde alimente la chronique dans la cité, et les populations de Conakry y voient la fin de leur calvaire, pour ce qui est du domaine des transports. Même si certains observateurs ne cachent pas leur scepticisme quant à l’avenir de ces véhicules, dans un pays où la gabegie et le népotisme contribuent à couler les sociétés, comme ce fut le cas avec la défunte SOGETRAG. Le Gouvernement de Lansana Kouyaté peut enfin pousser un ouf de soulagement, avec l’arrivée des 100 bus, en provenance de l’Inde, une des promesses que le Premier ministre avait faite au lendemain de sa prise de fonction il y a plus d’un an, à la faveur d’une restructuration gouvernementale. Après plusieurs reports, les bus ont fini par toucher nos côtes à bord du paquebot Camilla des Gagne. C’était le 8 mai dernier. Un cérémonial d’accueil fut organisé pour la circonstance, en présence du ministre Boubacar Sow des Transports. Lansana Kouyaté a dû savourer la bonne nouvelle à partir du Royaume Koweitien où il se trouvait en mission. La nouvelle a aussitôt envahi la cité comme une traînée de poudre, provoquant l’enthousiasme chez de nombreux habitants de la capitale, éprouvés par la pénurie de moyens de transport qui sévit à Conakry. Le manque de sociétés de transport dignes de ce nom n’étant pas comblé par les taxis et autres minibus dont les tarifs sont trop élevés. L’opinion qui s’était montrée crédule face aux promesses du Gouvernement de consensus, avait fini par perdre patience. Et le retard enregistré dans la livraison des bus n’était pas pour arranger les choses, au contraire cela contribuait plutôt à faire monter la tension dans la cité. Avec des populations obligées de se cloîtrier chez elles, faute de moyens suffisants pour assurer les frais de déplacement. Pour éviter l’implosion dans les milieux scolaires, le Gouvernement avait remis en circulation 18 bus en avril dernier. Des bus qui ont été offerts par l’Iran à la Guinée, il y a environ deux ans, mais dont la plupart étaient déjà sur cale. L’arrivée des 100 bus indiens la semaine dernière a sans doute remis le Gouvernement Kouyaté en confiance, qui ne fait que multiplier les déclarations. Boubacar Sow et son entourage, dans leur sortie, vont jusqu’à couvrir d’opprobres ceux qu’ils qualifient de ‘’détracteurs’’. Des citoyens qui ont peut-être eu le tort d’émettre des doutes sur la capacité de ce Gouvernement à sortir les Guinéens de cette misère, où ils manquent de tout. Eau, électricité, moyens de transports adéquats et à moindre coût. Cependant, malgré l’arrivée des 100 bus, dire que la partie est déjà gagnée, pour ce qui est de la relance du secteur des transports, serait aller vite en besogne. Car après l’acquisition de ces véhicules, leur gestion demeure une autre paire de manches. Sur ce registre, nous avons appris que le Gouvernement a opté pour une gestion strictement privée, avec l’implantation de la société des transports abidjanais (Sotra) comme « support technique », de cette nouvelle société de transport. Toutefois quand on sait que les mauvaises habitudes ont la vie dure dans notre pays, il y a de quoi se faire de petits soucis quant à l’avenir de ce matériel roulant, flambant neuf. La défunte Sogetrag est une expérience qui a laissé un goût amer aux Guinéens, qui avaient pris l’habitude de se déplacer sans difficulté, dans des bus dotés d’un grand confort. Mais le népotisme et la gabegie qui ont caractérisé la gestion de cette société de transport, ont fini par la couler, laissant sur le carreau de nombreux employés, qui constituaient en fait les petites mains de cette entreprise. C’est le cas des chauffeurs, contrôleurs et mécaniciens. La Sotra, réputée pour son expertise qui ne souffre d’aucune contestation (elle est même cotée en bourse), a beau avoir la volonté de nous appuyer pour un meilleur fonctionnement de cette société de transport qui sera portée sur ses fonds baptismaux dans les jours à venir, si la volonté et la bonne foi n’y sont pas, cela ne pourra que ressembler aux tonneaux des Danaïdes. Il faut que les Guinéens se départissent de cette mauvaise habitude de voler dans les caisses des structures qui les emploient, sans se soucier des conséquences d’une telle indélicatesse. De telles pratiques sont à mettre au compte de l’incivisme. Pour ce qui est du fonctionnement de ces 100 bus, il faut aussi relever l’anarchie qui règne dans la circulation routière au niveau de la ville de Conakry. En effet, face à un parc automobile qui s’élargit au fil des jours, la police routière montre des signes de faiblesse à remettre de l’ordre dans ce capharnaüm. Ce sont les piétons qui paient le lourd tribut de ce laissez aller. La fréquence des accidents ayant atteint un seuil très élevé depuis un certain temps dans la capitale. C’est dire qu’on n’est pas encore sorti de l’auberge, pour ce qui est de l’amélioration des conditions de transport en Guinée. Il conviendrait de noter qu’après la cérémonie officielle de réception des 100 bus qui a été présidée par le Premier ministre Lansana Kouyaté ce mardi, la mise en circulation des bus devra encore attendre près de deux semaines. Pour des raisons strictement techniques. Mamadou Dian Baldé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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