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Dans un article précédent, nous vous disions que la violence ne s’est pas passée seulement à Conakry. Voici un autre témoignage qui nous vient de Dalaba.
« Ils sont venus me prendre chez moi à 5 heures du matin le mardi 16 novembre, après la publication des résultats provisoires de l’élection. Ils nous ont transportés au camp militaire de Mamou, après une brève escale à la gendarmerie de Dalaba. On nous escortait dans des pick-up comme si nous étions des dangereux criminels, des assassins…
Qui vous a arrêtés et pourquoi ?
C’est le Préfet qui nous a fait arrêter. Il faisait partie de ceux qui nos escortaient. Nous ne savons pas pourquoi ils nous ont arrêtés. Ils ne nous laissaient pas parler. C’est eux seuls qui parlaient. Ils disaient la même chose : « Vous pensez qu’une seule ethnie peut commander la Guinée ? Vous ne commanderez pas la Guinée !... »
Un jeune militaire peul a dit que nous ne méritions pas le traitement qu’on nous faisait, d’autant que nous n’avions rien fait. On l’a enfermé toute la nuit, lui aussi, en guise de punition. Même le colonel qui était au camp, lui aussi peul, était surveillé. Il ne pouvait rien faire pour nous.
Ils ont arrêté 6 membres du Bureau fédéral de l’UFDG et 16 jeunes. Au camp ils nous ont regroupés avec d’autres personnes dans la même salle. Nous étions une cinquantaine au début, mais vers la fin nous étions 60 ou même 80 personnes. J’étais la seule femme. On ne nous a libérés que le vendredi.
On vous donnait a manger ?
On a rien mangé jusqu’à 14 heures, quand une de mes relations nous a envoyé un repas. Et nous étions tous enfermés dans une même salle. Ils avaient ouvert un bidon de 20 litres.
Un bidon de quoi ?
Mais … un bidon pour faire kaka ! Si tu dis que tu es une femme et tu ne peux pas regarder un homme quand il fait ses besoins naturels, c’est que tu n’es pas emprisonnée avec des hommes… Ils devaient le faire devant moi !
Nous voulons publier votre histoire, avec votre identité. Vous dites que c’est le Préfet qui vous a fait arrêter. Vous n’avez pas peur qu’on vous fasse du mal après cette dénonciation ?
Pas du tout ! Nous n’avons rien fait de mal. Et puis nous sommes prêts à tout. Même à la mort ! C’est le maximum qu’ils peuvent nous faire.
Quant à mon identité, je suis Hawa Diallo. On m’appelle Hadja Hawa "Binta" Diallo. Je suis l’Adjointe du Maire de Dalaba. Je suis la présidente des femmes de l’UFDG de Dalaba. Je suis infirmière à la Direction préfectorale de la santé. Je suis mariée et mère de 4 enfants. »
Tel est, en substance, le résumé de conversations téléphoniques que nous avons eues avec une responsable de l’UFDG à Dalaba. La question de savoir si elle n’a pas subi d’autres violences physiques n’avait pas été répondue clairement. Ce qu’elle a dit clairement c’est qu’on l’a prise dans la tenue de nuit qu’elle portait, on ne lui a pas permis de prendre une écharpe pour se couvrir, comme le font les hadja, et, quand ils sont arrivés à leur prison, on a retiré le mouchoir de tête qu’elle avait réussi de prendre…
Nous avons également appris que les 16 jeunes arrêtés étaient entre 13 et 16 ans, à l’exception d’un seul, qui avait 35 ans. Ils avaient été battus à Dalaba avant d’être transportés à Mamou pour être enfermés depuis lors.
En outre un membre du RPG qui s’appelle Aziz a poignardé le professeur Habib Barry à Dalaba.
Ils ont aussi arrêté une adolescente de 16 ans qui a un problème psychique. Ils l’ont aussi battue et lui ont cassé une jambe.
Guineeactu.com
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