samedi 28 février 2009
Armée : le triomphe de l’indiscipline et de l’injustice !
Thierno Fodé Sow

Depuis quelques années, l’armée guinéenne est en proie à de cycliques remue-méninges,  souvent motivés par des revendications corporatistes. La dernière en date -après celle de mai 2007- remonte au 26 mai 2008, quand une révolte partie du camp Alpha Yaya Diallo, a secoué le pays cinq jours durant, et fait planer le spectre d’un coup d’État. La suite, on la connaît : limogeage du ministre de la Défense Général Baïlo Diallo, mort de civils, dégâts matériels importants.

Un autre cas isolé vient d’être enregistré à la Marine nationale, où un homme en treillis portant mal ses galons mal acquis, est allé tirer des rafales au sein même des bureaux de sa hiérarchie.

La façon de revendiquer de la soldatesque guinéenne est perpétuellement malhabile. C’est ce qui relance encore une fois, le débat sur la problématique de la discipline au sein de l’Armée. On nous a toujours appris que l’Armée est toute une institution. Elle doit de ce fait, inspirer respect et confiance. Et dans une large mesure, forcer l’admiration. Cette valeur sacerdotale se trouve aujourd’hui ternie au gré des humeurs et des frustrations : une vraie crise de confiance s’est installée entre la base et le sommet de la hiérarchie.

En effet, presque tous les anciens vieux généraux, aujourd’hui contraints à la retraite par la junte, sont souvent suspectés d’être corrompus, et de verrouiller les rouages pour empêcher l’ascension des jeunes.

« Formés un peu partout à travers le monde, y compris dans  les prestigieuses écoles de Saint-Cyr et de Pittsburgh, les jeunes officiers, mal payés et tenus à l’écart des postes de commandement les plus intéressants, vivent un malaise de plus en plus perceptible. »

Le nouvel homme fort de Conakry a toujours mis à nue cette rupture entre les générations : il était excommunié comme un malpropre par une bonne partie des généraux, qui voyaient en lui, un petit intrépide dont la formation et le sens élevé du patriotisme et de mobilisation, constituaient à leurs yeux, une menace, mais des atouts gagnants pour une certaine ascension de ce jeune capitaine.

C’est pourquoi, les vieux Généraux, aujourd’hui tous à la retraite, ont cherché vainement à garder éloignés, les loups de la bergerie. Pour diverses raisons. D’abord, pour ne pas qu’ils soient embêtés par cette jeune génération bien formée. Ensuite, pour bien mener leurs deals, sans se voir découverts.

En cela, ce sont les parents proches qui bénéficient de promotion. Qu’elle que soit la formation sommaire. La hiérarchie ne pense pas aux plus méritants. Résultat : l’armée a accueilli des éléments à la conduite imparfaite (les abus font légion à travers la capitale et dans certaines villes de l’intérieur du pays) et à la moralité douteuse. Parmi eux, certains auraient même été identifiés comme étant d’anciens « rebelles », qui ont fait le coup de feu à l’occasion des guerres civiles ayant secoué le Liberia, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire.

Ces éléments -pour la plupart désœuvrés, errant à travers les rues, l’arme en bandoulière- qui portent mal leur uniforme et dont l’acquisition est des plus douteuses, sont souvent accusés d’indiscipline et d’inconduites diverses (trafics d’influence, voies de fait, rackets, etc.).

Porter donc une arme en pleine journée et se promener dans la rue, alors qu’on n’est pas en mission commandée ou en état de guerre ? A un certain niveau, cela se comprend d’autant plus que la capacité d’accueil des casernes a été atteinte depuis plusieurs décennies, contraignant nombre de soldats (presque livrés à eux-mêmes) à vivre parmi les civils.

Mais d’autre part, il est inconcevable de sortir des casernes avec des armes et déambuler à travers la ville ou dans les bars café. Surtout que très souvent, on entend ou voit des bagarres et règlements de comptes entre civils et militaires, se soldant par des meurtres à coup de feu ou coups de crosse. On s’est tellement habitué, en outre, au corps habillé, que sa présence dans les rues, même en cas d’émeute, ne dit plus rien à quelqu’un.

Les nouvelles autorités de Conakry, doivent y penser. Car, « ces éléments incontrôlés » ont fini par souiller toute la corporation : n’importe qui porte une arme et arbore l’uniforme.

On doit se rappeler que l’armée n’est pas une poubelle. « Elle est une institution qui rassure, qui apaise et qui commande le respect. Bref, elle peut être un formidable outil de développement. »

Pour y arriver, on conviendra que cette armée là a besoin d’un toilettage, de très profondes réformes pour reconquérir ses lettres de noblesse et redevenir professionnelle et républicaine. 

«Les hommes en uniforme savent que c’est grâce à la discipline militaire qu’on réussit à former une unité. Une unité militaire est un collectif d’individu qui doit agir comme un seul homme. Pour qu’on arrive à faire fonctionner des milliers de personnes comme un seul être, l’on doit, au mieux instaurer la discipline, au pire l’imposer», explique un officier bien averti. Avant d’ajouter: «En imposant la discipline, on brise ainsi les mauvaises habitudes que les hommes ont développées au fil des années. La discipline a pour but de faire sortir chez le militaire, ce qu’il a de mieux à offrir aux autres. Sans elle, l’armée perd sa cohésion, son efficacité, sa mobilité et surtout, le plus important de tout, le respect des grades.» Il est donc question de bannir les
recrutements hasardeux, source de toute dérive.

Heureusement, la coopération militaire tente, vaille que vaille, de corriger les nombreuses dérives. Les unités d’élite sont formées à Kindia, la plus importante garnison du pays, par des instructeurs chinois. Les États-Unis ont formé les « rangers » affectés à la surveillance des frontières. La France apporte son assistance dans le domaine de l’administration et des transmissions.

De toutes les façons, qui veut aller loin, doit ménager sa monture, nous apprend l’adage. Les nouvelles autorités sont donc averties. Et redonner à l’Armée ses lettres de noblesse, s’avère plus qu’une urgence, afin qu’elle soit exclusivement au service du développement, de la cohésion et de la paix. Tout un challenge !


Thierno Fodé SOW
pour www.guineeactu.com 
 

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Julien Yombouno, mardi 3 mars 2009
Les bonnes idées se rencontrent, dit on. Vous avez tout dit, en fait. Je ne sais pas si c`est vrai, il parait que beaucoup de guinéens disent souvent: je ne peux plus gérer mon enfant ou mon fils, il est devenu dangereux, je vais le faire enroler dans l`armée. Donc, les gens fabriquent et produisent les monstres pour les jeter sur la population ? Si un père ou une mère ne peut pas gerer ou discipliner sa propre progéniture, qui peut le faire à sa place ?
Ansoumane Doré, dimanche 1 mars 2009
C`est vrai, Thierno Fodé,vous avez parfaitement résumez cet article par ces mots "Tout un challenge!".Et par delà le dommaine militaire,notre pays et tout ce qui le concerne,apparaîtb dans sa globalité,à ses enfants conscients comme un énorme challenge.Tant qu`on n`aura pas détruit les fondements de la culture politique héritée de la première République, tant qu`on ne se sera pas débarrassé de certains faux mythes en Guinée,il n`y aura pas beaucoup de chance de voir le bout du tunne. Le Président Moussa Dadis Camara et le CNDD tentent de montrer la voie de sortie; ça ne sera pas facile.Il faut que le plus grand nombre de Guinéens les aident.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011