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Quatorze ans après leur radiation des effectifs des Forces Armées Guinéennes (FAG), les présumés cerveaux de la mutinerie des 2 et 3 février 1996 viennent d’être réhabilités par le président de la République par Intérim et président de la Transition, le général Sékouba Konaté. Suite à cette magnanimité d’une haute portée sociale et politique, une forte délégation de ces soldats ‘’revenants’’, conduite par le Commandant Gbago Zoumanigui s’est rendue ce mercredi 8 juin à la résidence du général ‘’El Tigre’’, à Kaloum pour lui témoigner toute leur reconnaissance.
C’est le Chef d’état major général des Forces Armées guinéennes, le colonel Nouhou Thiam, qui a introduit la délégation des anciens mutins radiés de 1996 auprès du général Konaté. Cette retrouvaille historique entre ‘’El Tigre’’ et ses aînés a été un moment à la fois riche d’enseignements et plein d’émotion. Après les brefs mots d’introduction du colonel Nouhou Thiam, ce fut le tour du commandant Gbago Zoumanigui de prendre la parole pour s’adresser au général de brigade Sékouba Konaté. Petit de taille, trapu, vêtu de son uniforme kaki sombre tout neuf et coiffé d’un béret rouge, le porte-parole des anciens mutins qui, malgré les 14 années de bannissement et son cortège de souffrances, semblait apparemment jouir de sa lucidité, avait l’air de n’avoir rien perdu de son charisme d’un véritable chef militaire, commandant de troupe.
Il est apparu serein, articulant avec une extrême précision les mots qu’il plaçait. C’est une résurrection, une nouvelle vie que le Tigre a, en fait, offerte à ces anciens ‘’parias’’ de la fin du régime Lansana Conté. A cet effet, leur émotion et leur joie étaient donc à la hauteur du choc psychologique et moral qu’ils avaient subit au moment de leur radiation en 1996. Surpris et dépassé par l’ampleur du geste du général Sékouba, le commandant Gbago n’a pu traduire le sentiment, qui lui brûlait dans son tréfonds et celui de ses frères d’armes que par le mot ‘’Merci’’. Paraphrasant le célèbre écrivain sage de Bandiagara, le Doyen Hampathé Bâ, Gbago Zoumanigui, que d’aucuns qualifie de véritable guerrier, a déclaré ceci : « Mon général quelle que soit la valeur du présent offert à quelqu’un, il ne peut vous traduire sa gratitude que par cinq petits mots, ‘’Merci’’. Je peux tenir la parole de façon ininterrompue jusqu’à demain matin rien que pour magnifier votre libéralité. Mais tout ce discours que je tiendrais se résumerait à ‘’Merci.’’ », a déclaré très ému le Commandant Gbago Zoumanigui.
« Il ne s’agit pas d’être seulement un général, auteur ou initiateur de grandes réalisations en termes d’infrastructures routières et immobilières pour mériter le nom de ‘’Grand Homme’’.
Est appelé ‘’grand Homme’’, celui qui, au-delà de toutes ses réalisations, s’emploie et réussit à bâtir l’unité de la nation. Et cet acte que vous venez de poser en nous réhabilitant dans nos droits après 14 ans, marque à suffisance que vous êtes un ‘’Grand Homme’’, mon général. », expliquera-t-il.
Avec un ton qui frise la pitié et la compassion, même chez l’homme le plus cruel du monde, le Commandant Gbago témoignera les souffrances et les humiliations, que chacun d’eux et leurs familles auraient subit à l’intérieur du pays, que sur le chemin de l’exil forcé auquel le sort les avait contraints.
« Il n’y a personne parmi nous dont l’honneur n’a pas été souillé et écorché à cause de cette humiliation », lancera-t-il amer.
Pour sa part, prenant la parole pour répondre à cette courtoisie de ces officiers, sous officiers et hommes de rangs, le général Konaté, fidèle à son franc parler et très soucieux de la préservation de la paix et de l’unité de l’ensemble des composantes de la Nation, indiquera que cette initiative est venue du colonel Nouhoum Thiam, et qu’il y adhérait pleinement.
« Vous devrez rester toujours unis entre vous au sein de l’Armée. Car dans l’Armée, il n’y pas d’ethnie ni de religion. Tous les militaires d’une même Armée constituent toujours une même famille. Entendez-vous et restez soudés. Sur un front militaire quand un parmi vous est attaqué, ce n’est pas à un civil de le faire libérer, c’est plutôt une obligation pour ses frères d’armes de le libérer. », précisera le président de la Transition. « A cause du manque d’union, nous avons passé inutilement un demi-siècle sans pouvoir assurer à notre pays le progrès, le développement et le mieux-être pour ses habitants. Si chacun avait posé un acte concret et positif, on se serait retrouvé à une autre phase de notre évolution aujourd’hui. », a-t-il déploré. Profitant de cette tribune, le général de brigade, Sékouba Konaté invitera les forces armées guinéennes à se mettre en phase avec les nouvelles exigences sociopolitiques qui sont en chantier en Guinée et ailleurs dans le monde. « Je tenais à rencontrer le chef d’état major général des Armées ainsi que les chefs d’état-major particuliers pour qu’ils soient mon porte-parole auprès de la troupe pour leur expliquer que les donnes politiques ont dorénavant radicalement changé sur le continent et dans le monde. A la faveur du récent sommet France-Afrique, tenu à Nice, en France, il a été décidé à l’unanimité de créer un bataillon en attente, prêt à intervenir partout sur le continent contre toutes personnes ou groupes de personnes qui seront tentées de remettre en cause l’ordre constitutionnel et démocratique par la voie des armes. C’en est fini pour les coups d’Etat militaires dans ce monde moderne où seule la voix du peuple reste la plus souveraine. », interpellera le Tigre.
Faut-il souligner par ailleurs que cette réhabilitation des anciens mutins des 2 et 3 février concerne entre autres, le commandant Yaya Sow, le lieutenant Lamine Diarra, le colonel Kader Doumbouya, le commandant Gbago Zoumanigui. Considérés comme les cerveaux de la grande mutinerie qui a failli être fatale au règne de feu général Lansana Conté, ces militaires seront arrêtés, jugés et condamnés par une Cour martiale. A l’époque, cette simple revendication de soldes a très vite pris des tournures particulièrement périlleuses pour le pouvoir du président Conté qui a été arrêté puis séquestré pendant quelques heures par les soldats mutins après un bombardement de son palais avec l’artillerie lourde qui crachait ses déluges de feu depuis le camp Alpha Yaya Diallo d’où est venue la mutinerie. Le général Sékouba Konaté qui n’en est pas à sa première décision de réhabilitation, avait auparavant gratifié d’autres militaires qui ont bénéficié de mesures similaires. C’est le cas de l’actuel chef d’état major de l’Armée de l’air, le colonel Naby Ibrahima Soumah, NIS, du colonel Idi Amin, des Commandants Sâa Alphonse Touré et Abdoulaye Kéïta, des anciens éléments du BASP du général Conté, le capitaine Issiaga Soumah, du lieutenant Alpha Oumar Barry, AOB, du colonel Vivas Sylla… Toutes ces mesures de réhabilitations prises par El Tigre vont sans nul doute contribuer à consolider l’unité et la concorde au sein de la Grande Muette qui est en train de subir sa cure de restructuration vers une Armée véritablement républicaine. C’est tant mieux pour le processus de démocratisation en Guinée.
Camara Moro Amara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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