mardi 20 juillet 2010
Après sa démission : Le coup de gueule de Me Abass contre la CENI
Fodé Abass Bangoura

Me Fodé Abass Bangoura, avocat à la Cour, avocat à la cour et ancien conseiller juridique de la CENI continue de pourfendre la légèreté de Ben Sékou Sylla et son entourage, comme dans cet entretien qu’il a accordé à notre reporter.

Le Démocrate : Le 5 juillet dernier vous avez officiellement donné votre démission au poste de Conseiller juridique de la CENI. Dites-nous les raisons fondamentales qui vous ont amené à prendre cette décision ?

Me Fodé Abass Bangoura : Je pense que je suis clairement revenu sur les motifs de ma démission lors du point de presse que j’avais organisé à la Maison de la Presse. Ce qui m’oppose à la CENI, c’est-à-dire à mes collègues, c’est que tout simplement ils n’ont pas voulu faire application des textes et dispositions légales. Et en tant que juriste, j’ai toujours attiré l’attention des uns et des autres sur la procédure et l’application des dispositions légales dont particulièrement le code électoral. C’est ce qui a fait que j’ai démissionné. Parce que les dispositions de l’article 162 comme je l’ai dit, n’ont pas été appliquées. Comment vous pouvez imaginez, par exemple, qu’une CENI où les gens à chaque fois qu’on demande l’application des textes, on vous dit, Maître laissez tomber. C’est à cause de cela. De toutes les façons, ce n’est pas moi qui les ai inventés. J’avais entendu même le président de la CENI, dans son discours, dire qu’il y a des procès-verbaux non signés. Je me demande qu’est-ce qu’ils entendent par procès-verbaux à la CENI. Un document qui n’est pas signé n’a aucune base juridique. Toujours est-il que je profite une nouvelle fois de l’occasion que vous m’offrez pour dire que si j’ai démissionné, c’est parce que tout simplement les dispositions légales n’ont pas été observées. Il ne peut y avoir d’autres raisons possibles. Voilà. Certes, je sais que des gens sont en train de spéculer. En disant bon… Moi je ne suis pas un partisan. Je suis l’un des rares Guinéens qui n’a jamais milité dans un parti politique. Cela, on peut le vérifier. Même les grands leaders ne le savent pas.

Mais pourtant, un membre de la CENI dans une de ses déclarations vous a taxé d’avoir agi plutôt en partisan ou militant de parti politique en démissionnant.

Me Fodé Abass Bangoura : Ecoutez, celui qui parle ainsi est une personne pour laquelle, j’ai beaucoup de respect à cause naturellement de son âge très avancé. Sinon laissez-moi vous dire qu’il a un niveau maternel. Je vais vous dire les raisons : ce monsieur a un niveau primaire en Droit. Je suis désolé de dire que le vice-président de la CENI ne connaît même pas le rôle de son institution. C’est vraiment scandaleux ça. Regardez un vice-président qui affirme que le rôle de la CENI est de recevoir les procès-verbaux. C’est-à-dire faire la totalisation, la proclamation des résultats et les transmettre à la Cour Suprême. Est-ce que le rôle de la CENI se limite uniquement à ces tâches ? Globalement, la CENI a pour mission de veiller à l’application du Code électoral. La CENI arbitre, organise, supervise et contrôle… Mais lui-même en sa qualité de vice-président, ignore le rôle de la CENI. Je trouve cela grave. Deuxièmement si on me traite de partisan,… je ne leur répondrais pas. Mais je leur rappelle tout simplement et d’ailleurs tout le monde le sait que ce sont eux qui sont en train de parler qui sont issus de partis politiques. Quant à moi, on le sait et cela est clair dans l’esprit de tout le monde que je n’ai jamais été désigné par une formation politique pour venir à la CENI. Au contraire, c’est lui qui est un partisan. Tout leur problème c’est qu’à la CENI, ils ne veulent pas travailler conformément à la loi. Je m’en vais vous donner un exemple : l’ordonnance 015. Avant cette ordonnance, il y a une loi qui a créé la CENI...L’ordonnance 015 est claire. Celle-ci dans son article 5 dit que la composition, l’organisation et le fonctionnement de la CENI restent maintenus. Cela veut dire tout simplement que le fonctionnement et l’organisation de la CENI dans la loi qui l’a créée restent maintenus. Plus loin, l’article 19 de la même loi ayant créé la CENI est très clair et dispose : le fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante sera précisé dans un règlement intérieur. L’article 20 dit que les décisions de la CENI sont prises de manière consensuelle, ce qui n’a pas été appliqué. Et quand le chef de département, je dirai d’un soit disant département, me dit que mon poste n’est pas réglementaire, je me demande bien qu’est-ce qu’il veut bien dire par là. C’est que, je suis désolé, il est un analphabète en Droit. Qu’est-ce qui est donc réglementaire pour lui ? On parle de réglementaire, c’est par rapport aux textes, au règlement intérieur. Le seul règlement intérieur qui existe pour la CENI n’a jamais créé les départements. Ce règlement ne reconnait que des commissions qui ont existé. Il parle, par exemple, des commissions formation-éducation civique ; la commission supervision-contrôle des opérations électorales. Je souligne, soit dit en passant, que c’est ce qu’ils ont transformé en département. Ensuite il y a la commission logistique et matériel ; la commission Information-communication et sensibilisation ; la commission juridique et du contentieux. Voilà des commissions qui ont existé conformément à la prescription du règlement intérieur. Au lieu de rester dans ce cadre, ils ont préféré se réunir pour créer des départements. Ils sont allés jusqu’à créer le département des finances. Ils se sont donnés de façon illégale des budgets. Ils ne se sont point référés à ce règlement intérieur. A ce que je sache, il ne doit pas y avoir un autre document plus légal que ce règlement intérieur. Au lieu de l’appliquer, ils ont préféré autre chose. C’est ce qui est vraiment grave et scandaleux. Avec tout ça il y a des gens qui parlent, sans savoir de quoi ils parlent. Quand ils affirment que mon poste n’est pas réglementaire, je leur rappelle que c’est par le décret du président de la République que mon poste là a été crée. Et quand à leur soit disant département des opérations, il n’existe que dans leur imagination. Je me demande en vertu de quoi, il (le vice-président de la CENI, NDRL) peut se permettre de me faire une leçon de morale ? Celui-là qui fait embaucher son enfant là bas à trois mois de l’élection, on ne sait par quelle décision ou acte officiel. Qu’est-ce cela veut dire ? De grâce qu’on ne me pousse pas à rentrer dans les détails. Parce que je refuse d’être un détaillant. C’est pourquoi, je suis resté réservé jusqu’à maintenant.

Aujourd’hui, il y a une confusion subtile qui règne dans l’esprit des citoyens à propos de votre décision. Car, pour bon nombre parmi eux, vous n’avez seulement démissionné de votre poste de conseiller juridique et non de la CENI. Qu’en dites-vous ?

Je crois que vous avez dû voir ma déclaration. J’ai indiqué dans cette déclaration que j’ai d’abord commencé par suspendre ma participation avant de formaliser ma décision de démission. J’ai donc démissionné de la CENI. Ils ont voulu me faire revenir, je leur ai dit que j’ai démissionné de la CENI. Et cette décision, je l’assume. C’est que ma démission bouleverse leur schéma. Je ne suis pas allé à la CENI tout simplement pour recevoir des émoluments. Moi, j’y suis allé pour travailler. Si vraiment, je sens que je ne peux pas faire mon travail correctement, je démissionne. Et c’est ce que j’ai fait. Alors que les uns et les autres soient tranquilles. Ma lettre de démission et aussi ma déclaration sont bien claires là-dessus. Aujourd’hui, je ne sais pas quel est leur problème. Parce que, quand on a que la CENI comme boulot, vous savez ce que cela veut dire… Surtout, il y a certains qui sont allés à la retraite et qui sont là. Excusez-moi du peu, peut-être que ce sont des fossiles qu’on a recyclés. Et voilà que c’est çà le drame de ce pays. Qu’on m’excuse, je n’ai pas assez envie de parler surtout avec ces vieillards conjoncturels. Je ne veux pas aller dans les débats de ce genre.

Dans votre lettre de démission datée du 3 juillet, vous avez invoqué un certain nombre d’anomalies dans le fonctionnement de la CENI et plus précisément des pressions extérieures sur certains de ses membres pendant le déroulement du scrutin du 27 juin dernier. Est-ce que vous avez les preuves de ces accusations?

Ecoutez ! Les cas d’exemples existent à foison. Prenez simplement celui de la commune de Matoto. Je pense que ce n’est pas moi qui ai inventé les urnes retrouvées dans cette commune. Quand on a annulé plus de 140 et quelques procès verbaux, c’est-à-dire 140 et quelques bureaux de vote sous prétexte que la machine ne les a pas validés. Ce n’est pas moi qui ai fait ceci. Ce qui est plus grave, c’est comment le chef du soit disant département des opérations électorales peut dire qu’il y a 400 mille votants qui ont été purement et simplement écartés. Parce qu’ils n’ont pas été logués ou programmés dans le serveur. Cela est grave. Ce n’est pas la même CENI qui a informé tout le monde que ceux qui n’ont pas reçu leurs cartes d’électeurs et qui sont munis de récépissés, peuvent voter. Et voilà que c’est la même CENI et le même soit disant chef de département qui disent encore que la machine n’a pas été programmée, c’est-à-dire loguée comme ils le disent là-bas. Au fait, il se moque de qui ? Il doit démissionner. Parce qu’en principe il insulte le peuple de Guinée. Il n’a pas de respect pour le peuple de Guinée. 400 et quelques mille voix en l’air, pensez-vous que cela est normal ? Ensuite les urnes qu’on a retrouvées avec des cartes falsifiées et le procès qui en s’en est suivi, constituent des preuves. Moi, j’ai donné des explications… Quand le président de la CENI soutient dans son discours qu’il y a des procès verbaux qui ne sont pas signés, comment peut-on comprendre cela. Quand le Premier ministre lui-même a dit et c’est cela la réalité qu’au moment où on proclamait les résultats, il y avait encore les résultats de certaines préfectures qui n’étaient pas à Conakry. Tous ces facteurs sont de nature à cautionner… moi je ne peux pas. Pour être en parfait accord avec ma conscience, pour ne pas trahir mon serment. Parce que je sais que quand on trahit son serment, on est poursuivable. C’est pourquoi j’ai suspendu ma participation et puis j’ai démissionné. Il faut que les gens soient très honnêtes avec eux-mêmes. C’est la raison pour laquelle, je ne suis pas allé au Palais du peuple, le jour de l’annonce des résultats provisoires. Qu’on pose la question aujourd’hui de savoir quels sont ceux qui ont signé parmi les membres de la CENI tout comme parmi les candidats, le procès verbal de proclamation des résultats provisoires. C’est ce qui témoigne à suffisance qu’ils ont fait un travail trop léger.

Vous avez aussi fait allusion à des pressions extérieures subies par des membres de la CENI. Quelle était la nature de ces pressions et de qui provenaient-elles?

Je crois l’avoir dit. Je réaffirme que cette pression existait. On nous appelait même au téléphone pour dire écoutez, il y a ceci, il y a cela. J’ai reçu un certain nombre de confrères qui sont venus. J’ai reçu les représentants de certains partis politiques qui sont venus nous dire qu’ils n’ont pas vraiment confiance à la commission de centralisation, de totalisation de la CENI. Ils m’ont dit qu’ils veulent participer en tant que représentants des partis politiques. Je n’ai pas manqué de leur dire écoutez, à la phase actuelle, la loi ne vous permet de siéger là bas. Les candidats ont été représentés à la commission de la centralisation et je les ai rassurés que tout allait se passer très bien. Il y avait des pressions. Ensuite, l’attitude du président de la CENI nous a montré qu’il était soumis à des pressions. Parce qu’il nous a quitté… Et quand on dit que les résultats lui ont trouvé au Palais, ne pensez-vous pas que cela est grave ? Selon le chargé de la Communication de la CENI, les résultats ont trouvé le président de la CENI au Palais. Ce qui veut dire qu’il n’a même pas siégé à la commission qui a délibéré. Demandons à cette commission de montrer le procès verbal de proclamation des résultats et qu’elle nous précise ceux qui l’ont signé. Le travail n’a pas été bien et moi j’ai donné ma démission.

Cela voudra-t-il dire que tous ceux qui n’auront pas démissionné après tous ces dysfonctionnements constatés, sont donc poursuivables devant la loi ?

Ce n’est pas à moi de poursuivre. Ceux qui doivent poursuivre sont là bas et ce n’est pas à moi de le faire à leur place. Vous savez quand on viole la loi, trahit son serment, on doit tirer les conséquences que cela entraine. Il appartient aux autorités de tirer les conclusions. Quant à moi, je n’ai fait que mon devoir. Lorsque je me suis rendu compte que là où je suis, nos relations n’étaient pas chapitrées par la loi et que j’ai tout fait et tout essayé…, je me dis que la solution, c’est de me retirer. C’est tout.

Présentement nombreux sont des citoyens qui s’interrogent pourquoi Me Abass a décidé de démissionner maintenant et pourquoi pas avant ?

Je ne veux vraiment pas rentrer dans des détails. Depuis un certain moment j’ai vu que j’étais dans un monde où je ne pouvais pas évoluer. Je me suis d’abord battu à l’interne. Et là je vous fais une confidence : un jour, j’avais voulu démissionner. C’est ainsi que je suis allé déposer ma lettre de démission dans la rédaction d’un journal de la place. Il y a un des membres de cette rédaction, c’était un doyen, je veux nommer Diallo Souleymane qui m’a dit : « Maître, allez-vous battre encore à l’interne, je vous en prie. Vous être un cadre sur lequel nous comptons ». Je me suis battu à l’interne. Mais lorsque j’ai compris, franchement, que je ne pouvais plus supporter et pour ne pas avoir des contentieux avec l’histoire, j’ai démissionné. Comme le dirai l’autre.

Suite à ces différentes accusations de fraudes et d’irrégularités enregistrées au premier tour de la présidentielle, est-ce faire associer la CENI par le MATAP ne pourrait-il pas, à votre avis, contribuer à corriger ces imperfections lors du second tour ?

Je dis que cette question ne relève pas de ma compétence. Je pense que vous feriez mieux de la poser aux autorités politiques du pays et aux différents acteurs de la Transition. Je ne fais plus partie des membres de la CENI. Et si on estime, après tout ce que les uns et les autres ont dit du déroulement du premier tour, que ce que la CENI a présenté comme travail est bon, moi je n’ai rien à redire et chacun est son meilleur arbitre face à ce travail du premier tour. Je vous renvoie cette question en vous demandant si vous êtes satisfait du travail que la CENI a fait.

Comme dernier mot, je demande à tous les Guinéens de garder la sérénité et de préserver la paix, prévaloir l’intérêt supérieur de la Guinée au détriment de nos intérêts individuels égoïstes. C’est ce message que je peux porter à l’intention de tout Guinéen aujourd’hui. Il faudrait qu’on apprenne à travailler pour l’intérêt collectif. Car, ce pays a été trop abusé par ses propres fils. En Guinée, les intellectuels ont totalement démissionné. Je dis qu’il est temps maintenant que nous prenions nos responsabilités face à l’histoire. Les Guinéens doivent comprendre que le bonheur est collectif. Comme le dirait l’autre, il est aussi malheureux d’être heureux tout seul.


Interview réalisée par Camara Moro Amara

Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
GilBlack, mercredi 21 juillet 2010
Reste tranquil Me Abass tout Guineen payera son prix de manipulation de de demagogie.Il existe tres peu de Guineens qui savent mangouiller comme ils veulent.Ta décision est courageuse au moment ou le monde crie aux scandales de la CENI. Merci pour ton eclairage!
Chernor Saïdou Jalloh, mercredi 21 juillet 2010
Heureusement,Mr Bangura,tu es un homme fort qui voulais montre à les Guinéens que sans la loi on peut pas avancer.Vous êtes un lutteur puis que ce paye c`est amelior.Il faut un pousit judiciare à tout les membre de la CENI pour une bonne foi,merci.
momo, mardi 20 juillet 2010
Me abbas parfaitement raison, je ne comprend pas koi Kalil et Baldé l`accuse pour rien.meme si vous estimez que Me Abbas a apppartenue a un gorupe mafieu par le passé une chose dont je ne croit pas d`ailleur car ce Monsieur a ete mon professeur d`instruction civique, il faut reconnaitre qu`a meme le combat qu`il fait pour son pays car ya pas plus patriote que ceux qui se battent pour que la Guinee devienne un pays frequentable.La guinee n`avancera jamais tant que les Guineens ne repsecteront leur propre lois.S`il ya eu violation de la lois les fautifs doivent etre sanctionné car il faut donné un bon exemple a la generation du futur.on ne batti pas une nation dans la pagaille.Quand les guineeens vont a letranger ils respectent les lois des autres mais chez eux ils sont incapable de le faire pkoi?moi je dis merci Me Abbas pour cette verité et tous mes encouragements et continuez comme ça en acceptant de mourir dignement.vous donnez une tres bonne image de la guinee et de ses instances juridiques encore une fois merci et ne faite jamais comme Lamine sidimé sinon c`est lhistoire qui vous condamnera.
balde, mardi 20 juillet 2010
mr. abass vous faites de legoisme si vous savez que la guinee n`est stable,vous devriez fermer votre bouche ou faire recoure de temoignage a la cour supreme,personne naprecie vos propos qui peut destabiliser le pays diviser les enfants guineens
kalil, mardi 20 juillet 2010
maitre ABASS BANGOURA vous ets pire que ceux qui n ont pas demissionne ,les choses n ont jamais fonctionner dans cepays et pourtant vous etiez deja entrain de travailler ds la mafia ,calmez vous ,les juristes ,avocats et consorts guineens sont les plus malhonnetes au monde ,vous etes tous substituables les uns aux autres,nous ne savons a qui croire maintenant,que nous sauve.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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