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Après les récentes consultations qui se sont déroulées à Ouagadougou sous l’égide du président Blaise Compaoré, facilitateur de la crise guinéenne, le Forum des Forces vives de Guinée a tenu une conférence de presse ce lundi 09 novembre, au siège de l’Union des Forces du Changement (UFC). L’objectif de cette rencontre avec la presse, était de faire le point sur les acquis et les attentes relatifs au processus de transition en Guinée, après la sanglante répression du 28 septembre 2009.
Dès l’ouverture de la conférence de presse animée par la cellule de communication du Forum des Forces Vives, M. Aboubacar Sylla, responsable de cette cellule et président de l’UFC a situé la rencontre dans son contexte.
Dans un exposé liminaire, il fera un rappel sur les raisons qui ont conduit les Forces vives à accompagner les putschistes dès les premières heures de la prise du pouvoir, survenu après le décès du président Conté le 22 décembre 2008.
« Les nouvelles autorités ont dès le départ affirmé leur volonté de travailler à l’instauration d’un véritable Etat de droit, d’en finir avec l’impunité et de ne pas s’éterniser au pouvoir. Les putschistes ont promis de s’attaquer aux graves maux qui minent le pays depuis cinquante ans : violation permanente des droits humains, enrichissement illicite, corruption, dilapidation des ressources naturelles, ruine de l’économie », dira le président de l’UFC.
Selon lui, c’est sur cette base que la plupart des partis politiques et les Forces vives en général, ont soutenu l’action des putschistes.
Avant de déplorer les promesses n’ont tenues de la junte. Il fera ainsi le constat de la rupture du dialogue, occasionnée par la junte qui cherche désormais à se cramponner au pouvoir.
« La junte a tourné le dos à toutes ses promesses et s’est lancée frénétiquement dans une entreprise de pérennisation de son pouvoir », a indiqué le conférencier. Estimant que la junte a sciemment empêché la mise en place du CNT et rompu tout contact avec les Forces vives.
M. Sylla est allé jusqu’à accuser le CNDD d’utiliser de façon abusive et massive l’argent de l’Etat et de vouloir imposer un « parti- Etat » aux guinéens.
C’est suite à toutes ses remarques que les Forces vives ont appelé la population de Conakry à une manifestation pacifique le 28 septembre au stade du même nom.
Mais, précisera-t-il, « après avoir tenté toutes sortes de manœuvre de désinformation et d’intimidation, la junte a interdit la manifestation à la dernière minute ».
Aboubacar Sylla s’est dit scandalisé par la façon dont cette manifestation a été réprimée : « Après un début de la manifestation qui se déroulait dans la joie et la bonne humeur, les forces de défense et de sécurité ont encerclé le stade après avoir fermé toutes les issues, et ont fait irruption dans son enceinte, tirant à balles réelles sur les dizaines de milliers de personnes qui s’y trouvaient. Des centaines de morts et des milliers de blessés sont à déplorer…des dizaines de viols publics de femmes… », Dira-t-il. Persuader de la participation des anciens rebelles de l’ULIMO, vêtus de l’uniforme de l’armée guinéenne dans cette répression, Aboubacar Sylla a dénoncé les actes de vandalisme et la menace proférée à l’encontre de certains éléments de la presse privée et des correspondants locaux des médias étrangers, qui auraient d’ailleurs pour certains quitté le pays, de peur de représailles.
Marqué par la mobilisation de la communauté internationale suite à la tournure dramatique des événements du 28 septembre, le porte-parole des Forces vives rappellera qu’à la suite de sa 7e session tenue le 22 novembre à New York, le Groupe International de Contact sur la Guinée avait recommandé la nomination d’un médiateur.
A la requête du président de la Commission de l’Union Africaine, le président en exercice de la CEDEAO, Alhaji Umaru Yar’Adua a nommé Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, médiateur de la crise guinéenne.
Le leader de l’UFC a éclairé la lanterne des uns et des autres sur cette médiation entamée par le facilitateur depuis le 05 Octobre dernier en ces termes : ‘’ Après la confirmation des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO le 17 Octobre dernier sur les conclusions du Groupe International de Contact sur la Guinée, le facilitateur avait eu une réunion de prise de contact avec les Forces vives.» Rencontre au cours de laquelle les deux parties ont eu l’occasion de faire ensemble l’état des lieux et de fixer les contours de la crise politique ajoute le conférencier.
M. Sylla a indiqué que les entretiens de Ouagadougou furent fructueux, et ont permis aux représentants des Forces vives de présenter au facilitateur les propositions de sortie de crise du Forum, d’après lui
‘’ Malgré le nombre et la diversité des membres des Forces vives présents à Ouagadougou, un large consensus a été rapidement trouvé ». Sur les rumeurs de dissensions et de déchirements aux seins des acteurs des Forces vives, il a tenu à rassurer : ‘’ Les soi-disant déchirements des Forces vives à Ouagadougou évoqués par certains médias en quête de sensationnel n’étaient en réalité que des problèmes d’organisation qui ont résulté de la nécessité de ramener l’effectif de l’équipe de négociation à un nombre compatible avec les exigences du protocole burkinabé.» Pour mieux rassurer, le chargé de communication a insisté en ajoutant qu’ ‘’ au-delà de quelques tentatives de désinformation constatées ici et là, les Forces vives ont prouvé leur capacité à transcender leurs différences et à se regrouper au sein d’un Forum où partis politiques, organisations de la société civile, centrales syndicales, et organisations patronales se côtoient harmonieusement, attestant désormais de leur aptitude à conduire ensemble et sans risque, un processus de transition apaisé et consensuel.»
Il faut rappeler que même si ces propositions de sortie de crise des Forces vives, étudiées dans un esprit de responsabilité et de modération constituent déjà un grand pas pour les plus optimistes, il ne faut pas oublier que la bataille est loin d’être gagnée. Pour ce qui est du départ de Dadis en tout.
Amadou N’Diarè Diallo Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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