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Une certaine Guinée a fait la fête la semaine dernière, non pas pour commémorer le jour historique du 2 octobre 1958 mais pour célébrer un anniversaire en amplifiant la « mamaya » devenue coutume locale. Car il y a bien une nuance entre une commémoration et une célébration. En effet, le premier terme fait appel à la mémoire, donc au souvenir. On réfléchit, on dresse un bilan, on élabore un projet. On sent un fond et un sens profond. Quant à la célébration, elle renvoie davantage à une manifestation. On s’amuse, on mange, on boit. On sent le superficiel et l’artificiel dans ce domaine du paraître. En somme, avec une commémoration, on pense au passé, au présent et au destin. Avec la célébration, on se fait « décorer », on pense au présent et surtout au festin. Alors, qu’a-t-on fait comme fête ? Une vulgaire célébration ! Fête terne qui aura pourtant permis aux invités étrangers, nos voisins immédiats, de réaliser à quel point leurs citoyens peuvent s’estimer relativement moins malheureux que nous. Maigre consolation pour eux : ils ne sont pas en avance, c’est la Guinée qui est terriblement en retard dans tous les domaines! Dans toute comparaison, chacun peut trouver ses raisons. Fête fadasse, mais pas pour tous, car des liasses de billets ont certainement circulé pour la noce. La Guinée ne s’étant jamais mariée à la démocratie, ce n’étaient pas des noces d’or qu’on a fêtées en liesse. On aurait tellement invité du monde (sans se soucier de l’intendance) qu’on aurait pu s’attendre à voir un représentant du Vanuatu ! La Guinée Bissau (pourvoyeuse par ailleurs de « Bérets Rouges ») ne pouvait pas ne pas être représentée. La Guinée Equatoriale, rendue arrogante par son pétrole, était aussi représentée. Et la Papouasie-Nouvelle-Guinée ? Peut-être un raté ou un retard pour ce lointain pays du Pacifique ? Une fête sans Papous, quel sacrilège ! On a étalé notre misère. Quelle honte ! Dieu de toutes les « Guinées », sauve-nous ! Dans cette atmosphère où tout semble plus poussif que festif, le défilé militaire aurait été impressionnant, voire intimidant. C’est la seule institution qui « marche » et sur laquelle s’appuie le chef du territoire, le Général Conté, et repose son système. C’est ce système qu’il faut éliminer, en commençant par écarter du pouvoir Conté et sa maisonnée si on veut sauver la Guinée ou ce qui en reste ! Le ridicule finira par nous tuer : on ne sait pas qui décore qui et pour quel service rendu (on peut décorer une personnalité à titre posthume mais je ne savais pas qu’une décoration pouvait être transmissible !), on ne sait pas par quelle procuration une dame, fut-elle « première », sans statut politique ou administratif, peut-elle jouer le rôle qu’elle joue. L’Assemblée Nationale est devenue une simple assemblée qui « légifère dans l’illégalité ». La Cour Suprême n’est qu’une basse-cour où des dindons suralimentés se dandinent. L’erreur stratégique de certains qui se prétendent opposants au Président Conté est de le sous-estimer. Il n’y a pas ce qu’on ne dit pas sur son état de santé. Qu’en sait-on ? Je n’ai pas accès à son dossier médical mais je pense que sans avoir la forme olympique, le Général Conté n’est pas aussi inintelligent qu’il le laisse croire. Il est très malin et réussit à manipuler tout le monde. Au final, il se maintient, dans tous les sens du terme. Le Général Conté, qui fut enfant de troupe, est resté militaire dans l’âme. Sachant ce qu’il veut, il peut s’estimer en état de l’avoir. A chaque étape de son parcours il sait trouver l’allié qu’il lui faut. S’il faut escalader une montagne, il trouvera l’alpiniste, ravi de le servir dans l’espoir de récolter des miettes ; s’il faut traverser un fleuve, des piroguiers seront encore à sa disposition, etc. Il s’est spécialisé dans le tri sélectif des « ordures » : il laisse derrière ses ennemis, pour toujours, mais jette devant lui ses amis (dont de grands intellectuels), momentanément en disgrâce, dans l’espoir d’une récupération éventuelle. Le général Conté est un grand stratège et un bon tacticien qui connaît bien son territoire devenu son laboratoire : il a nommé un Premier Ministre parmi les « anciens » et comme il n’y a pas eu de troubles, il ramène progressivement ses « anciens » amis au niveau de l’Exécutif. Test réussi ! En bon militaire, Conté veut toujours avancer et n’a pas le temps de philosopher ! Pour lui, les « intellos » peuvent toujours causer… ! Avec sa ruse de paysan, il sait que la révolte est toujours urbaine (mais rarement rurale) et que l’essentiel se passe à Conakry, en deçà du Km 36 ! On comprend pourquoi il soigne son armée et que la haute hiérarchie militaire n’a aucun intérêt matériel au changement d’un système qui l’arrange. On comprend que certains quartiers stratégiques de Conakry ne manquent jamais d’eau (celle des robinets, bien entendu !), d’électricité et de riz (le régime actuel ne pourrait résister aux décibels de la colère des affamés de proximité). Si politiquement, il peut distribuer du riz ou de l’huile, pour les moustiques, Conté ne peut rien faire ! Cependant le territoire (qui fut la patrie de l’héroïne M’Balia Camara) devient une plaque, si lourde qu’elle n’est plus tournante, de trafics en tous genres ! Nos militaires sont arrivés pauvres au pouvoir ; alors si vous les voyez avec une bicyclette… ! On voit des fortunes (qui sont loin d’être le fruit d’un labeur honnête) amassées avec une rapidité incroyable dont les détenteurs ne son nullement inquiétés par l’actuelle crise financière internationale. Pourquoi pleureraient-ils une bourse qui s’effondre quand ils n’ont que des dépôts en banque ? N’ayant fourni aucun effort particulier pour s’enrichir, le voleur oublie souvent que le lendemain n’est pas toujours certain. Si notre Guinée quinquagénaire est à ce point pauvre, c’est qu’elle a été appauvrie par sa caste dirigeante qui n’a aucun sens de l’Etat ou du partage ! La corruption y est considérée comme une donnée culturelle, avec une dimension cultuelle ! Celui qui refuse de voler serait maudit et chacun est en quête d’un poste juteux ! On est dans le royaume de l’impunité. On ne demande jamais à un voleur de restituer ce qu’il a volé mais, pour le « punir », il est mis à l’écart pour un moment. Ainsi a-t-il le temps de savourer les biens mal acquis et de chercher à revenir par la corruption sur le lieu de son crime ou à un poste encore plus lucratif ! Pour requinquer ce pays, plutôt martyrisé que libéré, il faudrait se concentrer sur un seul objectif : virer les pourris du sommet par une « Intifada » bien ciblée. J’estime qu’on peut garder une stratégie mais modifier sa tactique. On ne peut pas se débarrasser de Conté en ne visant systématiquement que Sékou Touré, quelle que soit leur filiation ! On n’oubliera jamais ce qui s’est passé depuis 1958 ! Des bilans seront à faire inéluctablement et on rempliera les lignes de l’actif et du passif. Sékou Touré est mort en 1984 mais nous sommes encore victimes de ses « retombées radioactives ». Figeons momentanément son lourd bilan sur lequel nous reviendrons sereinement car en le feuilletant nous perdons un temps précieux dans l’actuelle lutte pour le changement. Simple question de méthode ! Pour l’instant, Conté, persuadé de sa bénédiction divine, n’est pas fini et ne finira pas de lui-même. Il est capable, même sans légitimité, de terminer son mandat actuel, d’organiser les prochaines élections et, malheureusement, de les « gagner » ! Un cauchemar qui n’est pas inévitable ! Si nous le voulons bien. Ibrahima Kylé Diallo pour www.guineeactu.com P.S : un internaute a fait part, au nom de ses amis, de sa perplexité relative à des appréciations réciproques que se feraient certains intervenants réguliers sur le Net. C’est normal de citer l’auteur d’une analyse pertinente pour manifester son approbation ou celui d’une énormité pour en exprimer le rejet. Je tiens à rassurer l’intéressé et les siens : il n’y a aucune concertation, encore moins une quelconque loge « diaspo-maçonnique » en vue de promouvoir qui que ce soit. En lisant, on apprend souvent. Lisez !
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