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Le chef de l’Etat guinéen a brisé le silence sur ce qui a été décrit par les médias comme une tentative de coup d’Etat et qui aurait entraîné le report du voyage présidentiel en Libye le 22 avril dernier. Sauf que certains assoiffés de détails croustillants estiment que le Capitaine Moussa Dadis Camara a été quelque peu évasif sur le sujet.
Le 10 mai dernier, le Capitaine Moussa Dadis Camara n’a pas échappé à la question sur son voyage avorté à Tripoli en Libye. Lors de sa conférence de presse tenue à la RTG Koloma, le président de la République a donné des explications sur les motifs de ce rendez-vous manqué avec le guide libyen le 22 avril dernier alors que comme il l’a dit « Tripoli était parée aux couleurs des drapeaux libyen et guinéen ».
« Ce sont les services de Renseignements généraux qui nous ont dit de ne pas voyager, le ministre de la Défense et moi », a-t-il affirmé ajoutant que dans l’armée, « il ne faut jamais négligé le point de vue de la troupe ». D’ailleurs, c’est à cette troupe qu’il dit être redevable de son fauteuil. « Ce ne sont pas des officiers supérieurs qui nous ont mis au pouvoir, c’est la troupe, les bérets rouges que vous voyez ici, les caporaux, caporaux chefs. Et comme la troupe m’a dit de ne pas aller je ne pouvais pas m’entêter », explique le Capitaine Moussa Dadis Camara.
Le report du voyage de Tripoli étant lié à cette alerte de la troupe, le chef de l’Etat n’a pas échappé à la question des arrestations qui s’en sont suivies dans les rangs de l’armée guinéenne. En réponse, le président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) s’est voulu laconique : «La troupe m’a dit qu’ils avaient des intentions ». On connaît la suite.
Dans les heures qui ont suivi le report du premier voyage à l’étranger du Capitaine Dadis depuis l’avènement du CNDD le 23 décembre 2008, des officiers de l’armée guinéenne ont été arrêtés pour être conduits sur l’île de Kassa. Parmi eux, le Commandant adjoint du Régiment des Commandos, le célèbre Sâa Alphonse Tolno. Ce régiment regroupe en effet les éléments de la garde rapprochée du chef de l’Etat. « Un gouvernement militaire reste un gouvernement militaire », a conclu, sibyllin, le Capitaine-président.
Comme on le voit, le président de la République n’a pas prononcé le terme « coup d’Etat » ou « tentative de putsch ». Même si les médias en ont fait leurs choux gras. Même si également, la délégation que le Capitaine Dadis a dépêchée à Tripoli quelques heures après, a expliqué aux autorités libyennes qu’il y avait des velléités de déstabilisation du régime guinéen.
Autre fait ayant tendu à accréditer la thèse d’une tentative de coup d’Etat chez moult Guinéens, les cérémonies de prestation de serment dans les différentes bases militaires et paramilitaires. Les hommes en uniforme, les mains sur le Coran et la Bible, ont juré fidélité et loyauté au chef de l’Etat et à son ministre de la Défense, le général de Brigade Sékhouba Konaté.
Le mutisme du Capitaine Moussa Dadis Camara au lendemain de cette rumeur de tentative de coup d’Etat avait suscité plusieurs interrogations chez les Guinéens, si habitués à voir leur président s’expliquer sur toute l’actualité nationale. Y compris des sujets concernant l’armée guinéenne. Ainsi, on a vu le chef de l’Etat lever un pan du voile sur les circonstances de la mort du lieutenant Colonel Sama Panival Bangoura, tombé au front lors des agressions rebelles de septembre 2000.
Cependant, certains estiment que le capitaine Moussa Dadis Camara n’a pas été suffisamment clair sur la réalité de la tentative de putsch dont les médias ont largement parlé. Souvent porté à entrer dans les détails les plus croustillants, le président du CNDD a été presque évasif, laissant ainsi nombre de ses compatriotes se perdre en conjectures.
L’on est donc à se demander si les jours et semaines à venir, le CNDD et son président approfondiront la question pour mieux situer les Guinéens. S’il y a eu tentative de déstabilisation de l’actuel régime, les présumés mal intentionnés seront-ils traduits devant une cour militaire pour répondre de leur cabale ? En tout cas, c’est l’une des questions que se posent quelques observateurs guinéens.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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