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Les accords tripartites de Janvier/ Février avaient tout pris au Président Conté, sauf son pouvoir de se servir de ses décrets pour mettre fin aux inaugurations de monuments d’art dans le pays, une activité à laquelle s’était définitivement livré le premier ministre, au détriment de sa feuille de route. Lansana Kouyaté a été démis de ses hautes fonctions de premier ministre, chef du gouvernement, par décret présidentiel du 20 Mai 2008, alors que dans la même matinée, à coups de discours élogieux, il venait d’inaugurer son dernier monument (un couple d’antilopes curieusement debout sur un vieux tronc d’arbre bourgeonnant). Drôle de présage dont la signification devait tomber le soir à travers un décret inattendu par les Guinéens. Le malaise couvé au sein de l’Etat, qui avait inspiré des prétendus spécialistes de la question guinéenne au point qu’ils se demandaient qui du chef de l’Etat ou de son premier ministre aurait le dernier mot, a fini par se conclure. Kouyaté est parti, remplacé par un ancien ministre, Ahmed Tidiane Souaré. Ce qu’il conviendrait de dire, c’est que le gouvernement Kouyaté avait cessé d’être une préoccupation pour les citoyens qui avaient, pourtant, salué sa nomination. Cette popularité s’explique par de nombreux facteurs. Il y a, d’abord, la personnalité assez controversée de Lansana Kouyaté qui finira par faire découvrir ses talents d’homme de planches à des populations qui croyaient avoir affaire à un homme d’expérience plein de sagesse. Passionné de voyages et d’inaugurations d’édifices, Kouyaté avait très peu de temps à consacrer à sa mission, celle que lui confèrent les fameux accords tripartites dont les diverses interprétations par les hommes de loi auront permis d’apprécier la divergence des intérêts à défendre. C’est le côté folklorique qui le captivait le plus et il s’y est adonné avec aisance, au point que dans toutes ses adresses aux populations, la légèreté de ses promesses et son manque de sérieux laissaient entrevoir la médiocrité de celui qui, prétendument, s’efforçait de se faire une silhouette de diplomate averti. Le temps prouvera le contraire. En définitive, c’est le fantôme d’un aventurier qu’il laissera à cette primature hantée dont les locataires, en tout cas ceux qui y ont déjà séjourné, sont partis comme ils sont venus. C’est avec réserve que le limogeage de Kouyaté sera accueilli par les Guinéens persécutés par le spectre de la faim. En réalité, depuis des mois, le désormais ancien premier ministre avait été lâché, aussi bien par des membres de l’Intersyndicale qui étaient allés jusqu’à dénoncer la médiocrité de certains membres du gouvernement, mieux, à demander un remaniement partiel au sein de l’équipe gouvernementale, que par l’Assemblée nationale qui avait, à travers sa commission d’enquête parlementaire, révélé la mauvaise gestion des fonds de l’Etat alloués à la relance de la culture cotonnière. Les couches sociales, dans leur grande majorité, avaient perdu tout espoir dans ce gouvernement dont les maladresses dans la gestion des crises que traverse la Guinée se passent de commentaires. Le limogeage de Kouyaté ne pouvait être donc un événement, du fait de la démission de l’homme devant ses obligations. Ni courant, ni eau potable, ni riz à coût abordable pour soulager les populations. A cela se rajoutent la détérioration du pouvoir d’achat des citoyens, la mise à l’écart de la classe politique, le mépris pour les anciens ministres et la chasse aux sorcières ouverte à leur encontre. Faudrait-il parler du manque de résultats tangibles de l’ancien locataire de la primature dont seul le bilan, en voyages et autres inaugurations d’idoles, a été largement excédentaire ? Le départ de celui qui n’aura laissé que ses inconditionnels en sevrage difficile, entraînera celui de tout son gouvernement dont quelques rares membres se seront battus à la dimension de leur génie. Bien des rêves sont avortés, cependant les inquiétudes sont loin d’être dissipées. La nomination de Ahmed Tidiane Souaré, loin de favoriser le changement souhaité, est perçue, déjà, par de nombreux citoyens approchés, comme une tentative de retour à la case départ. Il serait donc souhaitable que le futur gouvernement soit d’ouverture, afin que la cohésion sociale attendue se réalise, enfin. Un élargissement de la future équipe à la classe politique (partis de la mouvance présidentielle et ceux de l’opposition politique), permettrait d’amorcer le virage de l’étape transitoire vers la succession du président Conté, à travers des élections justes à l’horizon 2010, si toutefois celui-ci éprouvait le besoin d’un départ volontaire et exemplaire du pouvoir. Ce qui préoccupe aujourd’hui les Guinéens, c’est moins le limogeage de Kouyaté que le devenir d’un pays qui végète depuis plusieurs décennies dans une situation de précarité inexplicable, au vu de toutes les richesses dont regorge le pays. Le changement, à défaut d’être pris en compte dans les très prochaines dispositions, s’imposera de lui-même. Puisqu’il est impossible de contenir un peuple dans un engrenage de pauvreté, quand toutes les opportunités de distribuer les richesses de l’Etat sont compromises, du fait de la mal gouvernance. Les très prochains jours nous édifieront sur les motivations réelles du chef de l’Etat, dans sa reprise en main des destinées du pays. Thierno Dayèdio Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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