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La Coordination des Militaires Guinéens en Exil « COMIGEX », a suivi avec la plus grande amertume le déroulement des évènements du 28 Septembre 2009 au Stade de Dixinn, et qui ébranlent encore actuellement la vie de notre pays.
Ces évènements s’inscrivent dans une suite logique de séries de répressions de la population civile non armée dans notre pays, à l´image de ceux des mois de Juin 2006, Janvier et Février 2007 et tant d’autres qui jusqu´ici sont restés impunis.
Cette fois-ci, l´escalade de la violence s´est manifesté par des atrocités qui étaient jusqu´ici étranges à nos coutumes, nos mœurs, à plus forte raison nos cultures (viols publics, humiliation, assassinat des femmes en plus des hommes abattus par balles et d’autres blessés graves).
La COMIGEX, vient tout d’abord exprimer sa profonde désolation en se repentant devant la mémoire de ceux qui ont trouvé la mort et les blessés de nos concitoyens non armés. Aux familles éplorées, notre compassion de cœur et d’esprit aux douleurs éprouvées, et prions pour le repos de leur âme en paix, et aux blessés, un prompt rétablissement sanitaire.
La Coordination des militaires guinéens en exil, la COMIGEX rend ici, un vibrant hommage à l´ensemble des Forces Vives républicaines et démocratiques de la société civile, des syndicalistes, des politiciens, pour avoir fait preuve de cohésion, de sérénité et de responsabilité, surtout de détermination pour une même cause juste, légale et légitime que constitue l’ouverture d’enquêtes nationales et internationales, pour le rétablissement de la justice et la sanction pénale exemplaire des coupables et des complices des récents massacres et tant d’autres dans notre pays.
« Dans la vie des peuples et des nations, il y a des instants qui semblent déterminer une phase décisive de leur destin et qui, en tout cas, s’inscrivent en lettres capitales dans le registre de l’histoire marquant de manière particulière les points culminants de l’édifice humain ».
La COMIGEX se réjouit particulièrement des efforts fournis par le Groupe International de Contact (GIC) et de la mise sur pied d’une structure de médiation pour assurer une meilleure transition dans notre pays.
La COMIGEX suit avec une attention particulière toutes les initiatives et les mesures consensuelles des forces vives républicaines et démocratiques de la société civile, des sections syndicales, des institutions nationales et internationales de défense des droits Humains, les états des pays les plus démocratisés de la planète.
La COMIGEX reste tout de même convaincue que le peuple de Guinée peut encore compter sur ses fils et ses filles assermentés dans l’armée et les autres corps habillés qui sont dotés d’une bonne conscience et qui sont soucieux du respect des valeurs de la République, conformément aux attentes de chacun et de tous.
Il est bien évident que la restructuration totale et profonde ainsi que l’application des mesures radicales dans l’ensemble des corps habillés, surtout de l’armée, la réforme de l’appareil judiciaire, la répression de la délinquance économique des fonctionnaires (toute hiérarchie confondue) de la fonction publique de même que la lutte contre la corruption sont des préalables pour une transition apaisée aujourd’hui en Guinée.
Le lourd héritage des mauvaises expériences de la gestion des ressources humaines et des carrières, basé sur la création de réseaux parallèles spéciaux, illégaux et occultes fonctionnant sur le principe de deux poids et deux mesures dans l’armée, a entraîné la mise en œuvre d’une politique d’oppression, de répression et de marginalisation des uns par les autres. Le démantèlement de ces réseaux et la lutte contre ces fléaux n´est possible pour aucune classe dirigeante en Guinée sans une discipline de fer.
Il faut également savoir que le caractère commun de tous les régimes en Guinée a été de toujours légitimer les violences politiques de toute nature commises sous toutes leurs formes par l’aspect de la souveraineté nationale ayant pour argument : soit pour haute trahison, faute lourde, atteinte à la souveraineté nationale, violation de secret d’état, ou secret défense, etc.
Cette perversion dans la gestion des affaires de l’armée a abouti à la création d’un climat social nauséabond et d’une carence dans le fonctionnement administratif.
Le soutien de tous ces fléaux par la politisation de l’armée et la corruption (voir le mode de recrutement et d’avancement dans l’armée) a accéléré les conditions économiques d’insolvabilité paupérisant davantage les couches défavorisées de l’armée, et de création de conditions de travail indécentes, de frustration, d’humiliation des cadres intègres et intellectuels, ceci, dans un climat de méfiance et de manque de confiance entre les uns et les autres.
Il est vrai que la Démocratie ne se construit pas toujours de la même manière dans toutes les régions de la planète, de même qu’il n’existe pas de modèle unique préétabli de démocratie, mais elle doit être adaptée à l’identité de chaque pays selon ses réalités.
Selon la COMIGEX, nul ne peut non plus assigner un individu ou un seul gouvernement à s’avouer comme étant les seuls et uniques responsables ou coupables des malheurs et/ou malédictions de la Guinée et des Guinéens, au risque de les vouer à une pénitence perpétuelle qui ne serait pas non plus juste, ni raisonnable, ni logique.
Ceci étant, la COMIGEX affirme sans abus que la responsabilité incombe à l’ensemble des Guinéens et les culpabilités sont à partager.
La COMIGEX aimerait bien rappeler ici que : l’Honneur et la force de la Tradition d’une Nation se prouvent par la sagesse et le courage de ses dirigeants de dénoncer et reconnaître leurs propres erreurs, sans pour autant perdre la fierté de sauvegarder leur dignité. Seule cette attitude pourrait nous conduire sur le vrai chemin de la paix.
A l’ensembles de toutes les forces vives de la nation, des syndicalistes, des politiciens et du peuple de Guinée, les militaires guinéens en exil expriment ici leur total soutien et leur ferme volonté de participer à tout programme de réconciliation nationale et de recherche d’une paix durable dans notre pays pour lequel nous avons consenti assez de sacrifices, et ce, malgré les charges retenues contre nous dont les qualifications nous manquent par rapport aux charges retenues par le peuple de Guinée et l’Histoire contre nos accusateurs.
Il faut savoir que le temps est arrivé pour un changement total et radical des époques qui ne doivent plus être que révolus de la vie de notre pays.
De nos jours, les débats ne doivent pas se trouver entres les gens qui se mentent en niant les faits réels, mais tout au contraire, ils doivent se situer entre les gens qui sont à mesure de se regarder en face pour se dire la vérité en reconnaissant les faits prouvés.
C’est comme ça, et seulement comme cela que la justice peut être établie et le pardon acquis auprès de qui de droit.
C’est de ce fait, que la COMIGEX veut une Guinée qui, désormais, sera faite de Guinéens capables et voulant construire cette Guinée, en apportant les réponses concrètes, précises et des résultats efficaces, visibles, aux problèmes, aux soucis et aux inquiétudes des Guinéens d’aujourd’hui, et en préservant l’avenir et les intérêts des générations futures dans la paix et la quiétude morale.
Pour la COMIGEX, l’écriture d’une Histoire vraie et lisible de la Guinée à léguer aux générations montantes reste un devoir absolu afin de leur éviter de reproduire les mêmes fautes.
Ce travail ne peut être élaboré que dans un esprit de tolérance, de sagesse et de sérénité par des Guinéens aux mains propres et avec la conscience propre.
La réussite de cette étape dans notre processus de réconciliation durant la transition constituera les véritables bases d’une paix durable et de l’amorce d’un développement social, politique national équilibré et harmonieux qui nous facilitera un rattrapage et une émergence économique à court, moyen ou à long terme.
Quant à l’armée, il faut remarquer que c’est la malveillance des chefs des unités d’élites spécialisées et de ceux des instances du haut commandement militaire qui a facilité aux éléments d’autres unités qui avaient eux aussi leur état d’âme et d’esprit certainement affecté, de s’emparer du pouvoir.
Il faut noter que l´incapacité de toutes les forces confondues de s´opposer radicalement et définitivement jusqu´à la mise en déroute de l´ancien régime, justifie de nos jours l´aspect d´un remplacement de personnes pour la continuation d’un système et non pas un changement de régime en Guinée. D´ailleurs, c´est suite à tous ces questionnements que les Guinéens aussi bien de l´intérieur que de l´extérieur s´obligent à l´évaluation de l´état des lieux, afin de savoir où sommes nous, où allons nous, avec qui et avec quels moyens ?
Il faut savoir que le phénomène de l´armée engendre deux problèmes bien distincts que sont :
1. le conflit interne entre les différentes hiérarchies des différents corps, entre les classes sociales des différentes générations au sein de l´armée et tant d’autres inégalités,
2. le conflit que constitue le mode de conduite (comportement) des corps habillés au sein de la société civile, et tant d'autres dispositions non pas des moindres à prendre comme :
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le rétablissement de la justice par l´incorporation et l´intégration professionnelle des jeunes volontaires pour une égalité des chances,
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la réhabilitation de la mémoire et le payement des primes et pensions des militaires morts en mission et les soins des blessés sur les fronts de combat et sur les places de travail (chacun en fonction de son statut au moment de l´exercice de sa fonction au moment des faits),
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les victimes de la répression et la réparation des dommages physiques, moraux et matériels qui leur sont causés,
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les outils de travail adéquats pour une meilleure efficience dans le travail,
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des traitements équilibrés et harmonisés selon les corps et les hiérarchies, etc.
La résolution de ces problèmes doit s´élaboré sur trois axes fondamentaux que sont :
1. Les générations
2. les compétences
3. la discipline
Il faut savoir qu’une armée bien structurée doit envisager :
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des moyens adéquats,
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du personnel,
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des connaissances,
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de la rigueur,
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de la discipline,
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la prévoyance,
et doit toujours viser l’excellence et la réussite dans ses missions.
En vue d’assurer une transition politique et administrative fiable et viable, la COMIGEX pense que, la souscription à un code de conduite civile et militaire individuel et collectif dans l´exercice des fonctions, serait un outil ayant pour but de libérer d’avantage la justice, afin qu’il soit plus facile à l’état de répondre aux problèmes par des lois, aux dirigeants et aux citoyens de répondre aux lois par des actes et à la justice de répondre aux actes par des lois.
Considérant :
- que, dans toute structure bien organisée le respect des droits facilite l’exécution des devoirs et la reconnaissance des obligations,
- que l’armée constitue la force motrice garantissant la souveraineté nationale par la défense de l’intégrité territoriale, la sauvegarde des intérêts majeurs du peuple, le maintien de la paix et la sécurité dans le pays,
- dans le souci de réconcilier l’armée avec son Peuple qui a aussi le cœur meurtri par une vie de galère, de misère de tristesse depuis plusieurs décennies, alors que la mauvaise gouvernance a affecté profondément les rapports entre ces deux entités.
En ma qualité d´ancien détenu en Avril 1993, arrêté et torturé pour des faits jamais prouvés jusqu´à nos jours,
En tant que membre du commandement (en charge de la section de la protection physique) du 1er contingent guinéen de la première force d´interposition ECOMOG / ECOWAS de la CEDEAO pour le maintien de la paix au Liberia en 1990,
En tant qu’instructeur en Droit International Humanitaire (DIH) et spécialiste en règlement des conflits,
Au nom de la COMIGEX, et en mon nom personnel, j´aimerais exhorter tous nos frères d´armes et l´ensemble des corps habillés, l´ensemble des forces vives Républicaines et Démocratiques, l´ensemble des Leaders d´opinion politique, l’ensemble des sections syndicales et l´ensemble de toutes les parties connues et inconnues en conflit, de faire preuve pour une fois encore de sagesse et de sérénité en faisant une auto critique de soi-même et de ses actes dans la vie de la nation, afin de pouvoir s´orienter et conduire le peuple sur le chemin qui lui semble être le plus honorable, le plus légal, légitime et surtout utile pour accomplir la lourde tâche qui l´attend qu´est la responsabilité du destin d´une nation et de tout un peuple que chacun prétend aimer.
Vive la République !
Paris le 29 Octobre 2009
Madice KEITA, Suisse Capitaine Ingénieur d’Aviation
www.guineeactu.com
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