samedi 27 septembre 2008
Appel au Peuple du 28 Septembre à l’occasion du Cinquantenaire de la République de Guinée
Amadou Sadio Bah

I-    La République de Guinée : état des lieux en 2008

C’est en 1898 que des populations, localités et territoires furent rassemblés par les envahisseurs français sous le nom de Guinée Française pour les assujettir et les exploiter

En 1958, le Guinée Française avait donc 60 ans lorsque le général de Gaulle offrit aux colonies françaises d’accéder à l’indépendance par les urnes au lieu de la kalachnikov comme le FLN en Algérie ou le PAIGC en Guinée-Bissau : les Guinéens avaient tellement souffert de l’exploitation coloniale qu’ils ne se firent pas prier pour voter non à une écrasante majorité le 28 septembre 1958 et entrer dans le concert des nations libres de la planète le 2 octobre 1958 sous le nom de République de Guinée

En 2008, la République de Guinée a donc cinquante ans mais, comme en 1958, l’écrasante majorité de la population aspire à un changement radical de régime politique en vue de retrouver le chemin perdu de son mieux-être.

En effet, on ne peut mesurer l’ampleur du calvaire actuel des Guinéens sans le vivre physiquement : pas d’eau courante, ni d’électricité ; des écoles avec des classes de 100 à 200 élèves ; des centres de santé transformés en mouroirs ; un chômage endémique d’une majorité de la population ; un pouvoir d’achat insignifiant sans perspectives d’amélioration ; pas un kilomètre d’autoroute interurbaine, pas de liaison aérienne intérieure ; un chemin de fer Conakry/Niger réduit à une source de ferrailles pour l’exportation en Asie.

La mal gouvernance qui gère le pays depuis l’indépendance en a fait, malgré ses grandes potentialités humaines et économiques, à la fois un des PMA (pays les moins avancés), des PPTE (pays pauvres très endettés), disputant à d’autres la lanterne rouge de l’Indice de Développement Humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), et gravement menacé du syndrome haïtien

Une question essentielle nous est posée : pourquoi dans un pays aussi potentiellement riche que la Guinée les gens végètent-ils dans la misère depuis tant de décennies ?

Pour y répondre, on peut mentionner d’abord les politiques aberrantes menées dans certains domaines à la fois par la première et la deuxième république. Sur le plan humain, l’élimination des cadres intellectuels et économiques par l’emprisonnement, l’assassinat ou l’exil forcé commença dès le lendemain de l’indépendance, notamment avec la répression barbare en 1961 du Mouvement syndical des travailleurs et des scolaires, suivi des commerçants en 1964, des militaires en 1969, de la « cinquième colonne » en 1971, des Peulhs en 1976, des femmes en 1977.

Au cours des deux premières décennies de l’indépendance, le système du « complot permanent » mis en place par le Parti Démocratique de Guinée et son chef Ahmed Sékou Touré organise la liquidation physique de dizaines de milliers de personnes parmi lesquels l’essentiel des ressources humaines qui auraient pu réaliser le développement socio-économique de la Guinée, créant du même coup dans toutes les régions, toutes les ethnies, toutes les couches socioprofessionnelles des centaines de milliers d’orphelins, veuves, veufs, et victimes diverses qui attendent encore aujourd’hui que justice leur soit rendue par la localisation des fosses communes, la réhabilitation des victimes, et l’indemnisation des ayant-droits. En même temps, de multiples réformes du système d’éducation/formation transformèrent celui-ci en une coquille vide qui déboucha sur l’anéantissement du moteur intellectuel du pays. L’exode massif vers l’étranger de près du tiers de la population, qui résulta de ces politiques, créa une division profonde des habitants et des cohortes d’exilés abandonnés à eux-mêmes à travers la planète et qui constituent aujourd’hui encore un des graves handicaps du pays.

Sur le plan économique, en dehors du secteur minier, l’Etat se substitua progressivement aux promoteurs privés et créa des sociétés d’Etat bidons dans tous les domaines ; les cultures d’exportation (bananes, café, cacao,…) disparurent rapidement avec le départ des professionnels vers les pays limitrophes, l’autosuffisance alimentaire commença son déclin ; les projets d’industrialisation (alumine à Boké, aluminium à Fria) fondée sur l’énorme potentiel hydroélectrique du Konkouré furent abandonnés, permettant ainsi aux multinationales de l’extraction minière de renforcer leurs profits au détriment des Guinéens.

L’avènement en 1984 du Général Lansana Conté et du CMRN ( Comité Militaire de Redressement National ) ramena l’espoir pendant quelques mois, mais, dès 1985, avec les exécutions extrajudiciaires de dizaines de Guinéens ( wo fatâra ), suivies de l’instauration d’une république bananière de la pire espèce, basée sur l’incompétence des individus et un niveau de corruption inégalé en Afrique, l’évolution inexorable vers la situation actuelle reprit de plus belle ; malgré une nature généreuse en potentialités minières, agro-pastorales et hydro-électriques exceptionnelles et une population réputée laborieuse ; tous ces atouts sont neutralisés par l’inorganisation collective catastrophique qu’est l’Etat guinéen ; quelques deux cents personnes ( Président, ministres, hauts fonctionnaires, gouverneurs, préfets, maires ) qui se cooptent entre eux en cercle fermé depuis des décennies maintiennent l’écrasante majorité des dix millions de guinéens dans une misère sans nom

II- Perspectives

En cette année 2008, comme en 1958, la République de Guinée est donc de nouveau à la croisée des chemins ; une seule question préoccupe les populations : que faire pour sortir de cette situation au profit de l’ensemble des habitants ?

Certains tablent sur un coup d’état militaire : ils oublient que c’est l’armée guinéenne qui est garante du pouvoir actuel depuis 1984 et que la probabilité d’y trouver un Jerry Rawlings (Ghana) ou un ATT (Mali) est quasi nulle ; sans compter les dérives et crimes de 2008, 2007, 2006 et 1996, perpétrés contre de paisibles citoyens ; sans compter le principe selon lequel aucune catégorie socio-professionnelle particuliere de la Nation n’a vocation à s’emparer seule du pouvoir d’Etat.

D’autres comptent sur les élections : ils oublient qu’il y en a eu depuis 1993 sans réaliser l’alternance à cause des tricheries systématiques, et que toute élection organisée par les tenants actuels de Pouvoir, avec ou sans CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) , avec ou sans observateurs internationaux, est vouée aux mêmes résultats malgré le ras-le-bol évident des électeurs ; sans compter que, après avoir vidé les caisses de l’Etat, ils demandent à présent aux étrangers de financer les élections.

Pour les partisans de la méthode pacifique et démocratique comme nous, le début du règlement de cette situation passe par la tenue d’un dialogue national tripartite souverain (DNT), à la béninoise, entre le Pouvoir, l’Opposition et la Société civile ; pour examiner ensemble notre parcours de 1958 à 2008, identifier les fautes commises et élaborer les règles d’une nouvelle République de Guinée au service réel du bien-être de tous les Guinéens dans la réconciliation nationale.

Notre proposition est donc un

Appel solennel au Peuple du 28 septembre

à se mobiliser comme en 1958 pour imposer le Dialogue Tripartite qui, seul, peut nous débarrasser du système actuel tout en nous évitant des violences que peut générer à la longue notre situation actuelle

Il s’agit donc, pour les prochains mois :

1)    d’amener les patriotes dispersés dans les associations, ong, syndicats de travailleurs, organisations patronales, partis politiques, institutions républicaines (Présidence, Gouvernement, Assemblée Nationale, Cour suprême, Conseil économique et social, Conseil National de la Communication, Etats majors des FDS, Maires ) à sortir de leur isolement, découragement, passivité, et se mobiliser dans la structure de leur choix pour participer à la bataille politique du changement radical dans notre pays.

2)    d’organiser et structurer la Diaspora au niveau de chaque colonie guinéenne de l’étranger, puis au niveau d’ensemble, en vue d’une part, d’intégrer le Collectif National pour le Changement, d’autre part, de participer aux côtés des autres Diasporas africaines à la commémoration prévue du Cinquantenaire des indépendances de 1958 et 1960.

3) si au moins 60 à 70% des forces actives ainsi constituées et mobilisées se saisissent ensemble du problème, alors les mesures aptes à nous sortir de l’ornière actuelle seront élaborées et appliquées par tous et toutes.

Dans ce sens, les JOURNEES DE DIALOGUE ET D’INITIATIVES organisées à Conakry du 12 au 14 août 2008 ont montré la voie en reconnaissant « les vertus du dialogue auxquelles la Guinée se doit impérativement de souscrire afin de s’inscrire dans la logique d’une paix durable et d’une unité nationale dans un climat social apaisé ».

Il importe à présent d’organiser dans les meilleurs délais une DEUXIEME SESSION de ces journées ; d’une part en y associant les guinéens de l’extérieur qui constituent plus de 20% de la population ; d’autre part en prévoyant des dispositions pratiques pour l’application immédiate des réformes à effectuer, parmi lesquelles :

a)    le rétablissement immédiat de la limitation à deux du nombre des mandats présidentiels

b)    l’élaboration immédiate d’un nouveau système électoral fondé sur la démocratie et exclusivement financé par la Nation, car un peuple qui a besoin de l’étranger pour le choix de ses dirigeants n’est pas un peuple souverain

Le Comité d’Initiatives Citoyennes CIC

Pédagogie pour la citoyenneté et l’apaisement

Le Porte-parole : Amadou Sadio Bah pour www.guineeactu.com

25-9-08

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Vos commentaires
KLLA, dimanche 28 septembre 2008
Mon frère j`ai lu votre point de vu par rapport à la célébration du cinquantenaire. Mais,je me dis que vous ne suivez certainement l`actualité de votre pays.Si non tout ce que vous venez d`énumerer est connu du Guineen.En lisant donc votre analise j`ai compris que vous aviez votre dose de critiques au GOUVERNANT de la GUINEE.MERCI pour votre contribution.Tout de mème il faut compredre que tout n`est pas du faux parce que tu n as pas aimé, il ya des vrais et de bon souvent mal perçu. Bravo donc à vous qui voulez repredre l`histoire de notre pays de votre façon.
Nassriou, UK, dimanche 28 septembre 2008
Bonjour a tous, Humm, de tres bonnes idees. Ce processus est celui que l`on souhaite tous mais son application est tres difficile vu la passivite (complicite) de la plupart des organismes cites ci-haut pour le maintien du systeme actuel. Nous ne voulons necessairement une revolte populaire lorsque nous lancons un appel a la mobilisation de la diaspora mais nous ne voyons pas d`autres issues. Vos idees cher frere peuvent faire avancer les choses de facon pacifique. Merci et salutations cordiales a vous.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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