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S’il y a une chose aujourd’hui qui préoccupe particulièrement les acteurs politiques (surtout de l’opposition) et les partenaires bi et multilatéraux, c’est bien l’organisation des législatives guinéennes dans des conditions crédibles, transparentes et acceptables par tous. Dr Ahmed Tidiane Souaré et son équipe gouvernementale parviendront-ils à relever ce défi ? Voilà une pertinente question que tout observateur attentif de la scène politique guinéenne serait tenté de se poser légitimement. Depuis l’instauration du multipartisme intégral en Guinée, force est de reconnaître que toutes les consultations électorales ont fait l’objet de polémiques et de contestations plus ou moins violentes. Le Parti de l’unité et du progrès (PUP, au pouvoir) a eu la particularité de sortir seul vainqueur des différents scrutins organisés au niveau national (présidentielles, législatives, communales, communautaires). Les partis politiques se réclamant de l’opposition démocratique se sont vus obligés, la mort dans l’âme, de jouer, au fil des années et des élections, le rôle peu enviable d’éternels perdants. Comme conséquence, nombreux sont leurs militants qui ont fini par déserter littéralement l’arène politique au profit du combat quotidien pour la survie. Au lendemain de la très controversée révision constitutionnelle et pour protester contre ce qu’ils ont pris pour un déficit démocratique inacceptable, la plupart des bailleurs de fonds ont catégoriquement refusé, à partir de 2001, de délier le cordon de leur bourse en faveur de la Guinée. En 2003, le Général-Président Lansana Conté, suite au boycott de l’élection présidentielle par tous ceux que l’on considérait alors comme les « poids lourds » de l’opposition, a été plébiscité pour un mandat de sept ans renouvelable. De cette année-là à nos jours, force est de constater que beaucoup d’eau a coulé sous le pont qui enjambe le marigot politique guinéen. Les élections communales et communautaires du 18 décembre ont permis au parti présidentiel, le PUP, de « s’approprier » une nouvelle « victoire éclatante », au nez et à la barbe des partis de l’opposition démocratique. Ces derniers, au lendemain de chaque proclamation officielle des résultats, crient bruyamment à la mascarade, au tripatouillage ou au hold-up électoral. Les gouverneurs, les préfets, les sous-préfets ont été souvent accusés d’être à l’origine de cette situation qui, à leurs yeux, contribue largement à jeter le discrédit sur la démocratie guinéenne. En janvier et février 2007, le pays tout entier a traversé une crise sociopolitique sans précédent. Pendant ces deux mois, les populations guinéennes sont massivement descendues dans la rue pour réclamer, plus ou moins violemment, un changement profond et qualitatif dans la gestion quotidienne de leur pays. Un gouvernement de consensus a été mis en place grâce à une sage et efficace médiation de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest). Ledit gouvernement, dirigé par Lansana Kouyaté, a mis au centre de ses priorités à court terme, l’organisation des législatives crédibles et transparentes pour sortir le pays de l’impasse politique. Dans la foulée, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), dont la création a été toujours réclamée à cor et à cri par les partis politiques de l’opposition, a été mise en place pour cogérer, avec le ministère de tutelle, les futures élections dans le pays. Le 20 mai 2008, Dr Ahmed Tidiane Souaré sera nommé au poste de Premier ministre, chef du gouvernement dit de large ouverture, en remplacement de l’ancien secrétaire exécutif de la CEDEAO. Mais il faut reconnaître que, même après le départ de Lansana Kouyaté, les attentes des populations sont restées les mêmes au plan politique : la tenue des prochaines législatives dans des conditions crédibles et la promotion du dialogue politique. Dans certains milieux, l’on commence déjà à se demander quelle sera la position du Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré pendant ce processus électoral censé mettre le pays politiquement sur les rails. L’actuel chef du gouvernement, tout le monde le sait, est un proche parmi les proches de Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée), un parti d’opposition qui se bat légitimement pour la conquête et l’exercice du pouvoir. A en croire nombre d’observateurs de la scène politique guinéenne, un moment viendra également où Dr Ahmed Tidiane Souraé sera ‘’contraint’’ de monter à bord du train du PUP, le parti qui soutient officiellement les actions du président de la République et de son gouvernement. Comme on peut bien le constater, cette position du Premier ministre est loin d’être confortable. Entre l’UFDG de son fidèle ami (Cellou Dalein Diallo) et le PUP de son mandant (le Général-Président Lansana Conté), Dr Ahmed Tidiane Souaré aura grand intérêt à jouer à l’équilibriste particulièrement habile pour éviter une chute traumatisante dans la « fosse » réservée le plus souvent à ceux qui se rendent coupables d’intolérables maladresses politiques. Mamy Dioubaté Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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