samedi 5 janvier 2008
Année 2007 – Bilan politique: Une année charnière, sous le signe du changement

Depuis l’accession à la souveraineté nationale le 2 octobre 1958 suite au référendum gaulliste, le passage de l’an 2006 à 2007 a été la plus tumultueuse de notre histoire. Douze mois après, qu’est ce qui a pu se faire et quels sont les résultats et les acteurs. Au plan politique voici notre regard dans le rétroviseur en souhaitant au peuple de Guinée tout le bonheur dans la paix et l’unité nationale.

Janvier 2007 est arrivé sur des braises ardentes et sous des salves de tirs nourris, dans une atmosphère de contestation généralisée, suite au mot d’ordre de grève lancé par l’Inter centrale et la société civile guinéenne. Inutile ici de revenir sur les faits regrettables qui ont émaillé ces jours de remords et de sacrifices. L’essentiel en a été, qu’on a vu naître un protocole d’accord de sortie de crise, où il a été question de la nomination d’un Premier ministre, chef du gouvernement à la tête d’un gouvernement de consensus, le tout sous l’autorité du chef de l’Etat, le Général président Lansana Conté, dont le régime a failli basculer aux pires moments, plongeant le pays dans une phase d’incertitudes totale. C’est d’ailleurs la raison principale qui fit intervenir les Etats de la CEDEAO, pour éviter à la Guinée le chaos. Vers la mi février 2007, le navire Guinée qui tanguait au gré des marées et des vagues va mettre le cap sur la stabilité avec le choix du diplomate Lansana Kouyaté en poste en Abidjan en Côte d’Ivoire au compte de la Francophonie, en qualité de Premier ministre chef du gouvernement. Dix neuf (19) ministères, trois (3) secrétariats généraux vont  composer le gouvernement avec l’aval du président de la République. Le peuple n’en demandait pas mieux, pourvu que ses objectifs soient pris en compte et réalisés, à savoir la réduction du coût de la vie (le panier de la ménagère), la desserte en eau potable et en courant électrique,  la lutte contre les inégalités sociales et la mauvaise gouvernance. Bref, tout un programme de relance et de redynamisation des secteurs porteurs de croissance et du bien-être social.

A peine le nouveau gouvernement formé, les militaires ouvrent un autre champ de revendication, portant sur l’énigmatique « Bulletin rouge », pour se retrouver à tirer et à casser des propriétés privées, causant des pertes en vies humaines. Pour éviter le chaos en ce mois de mai 2007, certaines de leurs revendications portant sur le départ de l’équipe gouvernementale du ministre de la Défense le Général Arafan Camara, du chef d’Etat-major des Forces armées, le général Kerfala Camara et l’élagage de l’intendance militaire sont acceptées par le chef de l’Etat. De sa retraite, le Général Baïlo Diallo est rappelé pour prendre en charge les destinées du ministère de la Défense nationale. A ses côtés, un nouvel Etat-major est choisi avec pour mission de rétablir l’ordre républicain au sein de nos forces armées. Les Guinéens ont apprécié le retour du général Baïlo Diallo et accordé du crédit à ses propos dans les différentes casernes. Ce qui était la preuve qu’on peut dialoguer et avoir le respect des soldats. Tout le mois de mai 2007 sera mis à profit pour les ministres nommés de faire connaissance des problèmes et formuler des propositions, dans le cadre du séminaire projeté à la fin mai 2007 à Bel Air, à Boffa. Aussi, durant cette période, le chef du gouvernement à pris contact avec les forces vives du changement et les directions des partis politiques, pour une histoire d’harmonisation des positions et des objectifs. En clair, sortir le pays de ce cycle infernal caractérisé par le marasme économique et le manque d’autorité de l’Etat.

Autrement, conjuguer l’ensemble des efforts pour assurer aux populations un service digne d’un pays aux potentialités énormes. Alliant la théorie à la pratique, le gouvernement, à sa tête le PM, va publier ses constats sur notre trésor public en déficit exagéré et les réserves en devises à la BCRG au rouge depuis trop longtemps.

C’est pour ce faire, que des voyages à l’étranger près des partenaires vont être entrepris. Au résultat, des promesses de financements qui encore restent loin de se réaliser même si le FMI a enfin signer son réengagement aux cotés du gouvernement.

A ce niveau, il faut signaler qu’à chacune des sorties du Premier ministre, le peuple s’attendait à l’annonce des réformes urgentes pour corriger les disparités et les conséquences des folles journées de grève. L’Unité nationale et la paix sociale sont les deux pans de son discours pour apaiser les esprits et les cœurs, mais la solution à la crise des prix des denrées de large consommation reste la plus réclamée. C’est ainsi que la politique de subvention et de fourniture du riz va être brandie  pour soulager les Guinéens lors de la période de soudure (juin – septembre).

Là aussi, le constat va être négatif au sortir de la saison des pluies, vu que le gouvernement avait annoncé pour acquis, des rentrées de fonds importants, la renégociation des contrats miniers, la mise en place d’un Fonds pour l’emploi des jeunes, le financement des activités des partis politiques, le retour du FMI et de la Banque mondiale en plus du déblocage des fonds du 9è FED et les aides accordées par le Japon, la Chine et l’Afrique du Sud et le Brésil.

Comme prévu, le séminaire de Bel Air sera mis à profit par le gouvernement, pour poser les bases de sa vision en fonction des objectifs du changement. Suffisamment développés sur les ondes de la RTG et dans la presse privée, les cinq (5) axes prioritaires auront été : l’unité nationale et la paix, l’autorité de l’Etat et la Justice, la fourniture des services de base (dont notamment le prix du riz, l’eau et le courant), l’assainissement de la gestion financière et enfin, la bonne gouvernance ou la promotion de la démocratie participative. Coïncidence ou pas, à la station RTG de Koloma, le chef du gouvernement, en compagnie de certains ministres, va faire son baptême de feu face à l’ensemble de la presse nationale. Il venait d’avoir cent jours à la tête de l’Exécutif par délégation. Que de promesses, que d’actions médiatiques. Les commentaires ne manqueront pas. Des avis divergents se heurtent. Un nouveau paysage politique se profile, des scènes de soutien et des actes de défiance se succèdent. Le charme de cette phase totalement faite de la capacité des guinéens à oublier que la crise est loin d’être corrigée, pour en devenir  son contraire. La réussite économique et politique, brève, sociale pour tous. Le plan du gouvernement Kouyaté était maintenant d’aboutir à un succès, par la réalisation des points maintenus dans les conclusions du séminaire de Bel Air et ce, département par département. Toute chose qui interpellait la réalisation imminente de la restructuration. En fait de restructuration, il était question de redéfinir les grands services dans des structures nouvelles et aller jusqu’au niveau local, dans l’esprit du changement sollicité par le peuple. D’attentes à hésitations, la restructuration qui devait être le fondement de l’ensemble des actions, n’arrivera jamais avant décembre 2007. Ce laxisme et cette démission a fait le lit à toutes formes de supputations. Autrement, l’année 2007 a totalement perdu et raté son plus grand acquis-la restructuration. Les causes sont à la portée du peuple. Les sanctions, certes, tomberont.

Les institutions républicaines, on peut se permettre de relever quelques faits saillants, car dans la vie politique, la loi leur reconnaît une place et un rôle prépondérants.

L’assemblée nationale, en cette fin d’année, a tenté de porter les problèmes des populations sur la place publique à travers les débats lors de la dernière session, mais en définitive, les initiatives n’ont pas été à la hauteur de nos attentes. Malgré la médiatisation, les honorables députés ne se sont pas empêchés d’être absents pour plus de 70% des inscrits. Une situation qui a beaucoup joué sur les résultats en cette période de changement.

La Cour suprême et le conseil économique et social n’ont en réalité pas dépassé les limites habituelles qui les confinent dans un rôle d’observateurs distants. La grève des avocats, qui devrait trouver sa solution depuis, confirme, s’il en est besoin, le manque d’initiative. Parce que l’espoir n’est venu que du parlement pour une sortie de crise.

Le Conseil national de la communication est l’institution qui a le plus souffert de l’immobilisme et d’un manque criard de moyens pour assurer un contrôle conséquent sur l’ensemble des médias. Ajouter à cela le manque de leader nommé par décret ; une situation qui a engendré des hésitations et des louvoiements. Toute chose qui, à l’avenir, mérite d’être évitée pour circonscrire les ravages de l’intoxication et de la désinformation au sein de la presse. Les dernières sanctions contre certaines rédactions de la place nous rappel à l’ordre dans la maison, puisse le professionnalisme se confirmer.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) est le résultat de la volonté affichée par les populations, les acteurs politiques et le gouvernement pour l’amorce de la promotion d’une démocratie participative, transparente et équitable en Guinée. Il est tôt de parler de son bilan, étant donné que son bureau exécutif vient à peine d’être élu. Un état de grâce qui prendra bientôt fin, pour que les élections législatives annoncées, soient acceptables par tous. Son président doit obligatoirement se définir une option entre la société civile et la CENI, car il y va de l’intérêt et de la crédibilité des élections.

Les partis politiques,  acteurs par excellence qui devraient animer le débat, ont brillé par leur timidité durant l’année 2007, laissant les syndicats et la société civile occuper totalement les rouages de la scène. Le dialogué a peiné. Les résultats, en matière d’éducation des masses, n’ont pas été visibles. Malgré la promesse de la subvention des partis politiques, les populations ont encore du mal à faire la différence entre les projets de société de ces formations. Bien des problèmes d’accès aux ondes de la RTG  ont été constatés. Si au RPG, à l’UFR et à l’UPG, la question de leadership ne se pose pas, tel n’est pas le cas au PUP, à l’UFDG et à l’UPR. Les prochaines élections législatives permettront de fixer les uns et les autres. Il reste évident aujourd’hui que le rajeunissement de l’establishment politique est une exigence pour toute formation qui souhaite avoir un avenir. Toutes les autres formes d’associations ou ONG, à coup sûr, se retrouveront dans la grande spirale politique de 2008, soit pour l’un des anciens partis ou pour une nouvelle force porteuse d’espoir pour la promotion démocratique en Guinée. Les acteurs et amateurs se bousculent déjà.

2007 nous laisse sur notre faim. Puisse 2008 permettre la réalisation des idéaux des bâtisseurs de la nation guinéenne en ces moments de globalisation et de mondialisation à outrance.

Aboubacar Sidick SAMPIL
Source : Journal L’Indépendant, Conakry

 

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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