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Assis sur un mirador devant la case de mon père, faisant face au majestueux fleuve Niger et donnant dos à la grande savane herbeuse de la haute Guinée, Mr. Camara me disait : « Je m’apprête à abandonner mon épouse stérile afin de me lier à une autre femme. D’abord je suis pauvre, et en plus, je n’ai pas d’enfant, l’une des plus grandes richesses dans notre terroir. Dans les traditions comme la notre, où la parole engendre des effets, la malédiction entraîne la stérilité, et la bénédiction, la fécondité. Je ne peux plus le supporter... ».
En vertu donc de cette affirmation d’une grande portée morale, voyons ce que représente l’enfant dans notre vie conjugale, sociale et psychologique :
Les enfants apportent souvent la joie, une joie profonde. Leur beauté, leur innocence, leurs rires, leur amour sans façon, leur besoin d’être aimé et protégé et beaucoup d’autres traits nous attirent et suscitent en nous des sentiments de tendresse et de générosité.
Un homme infertile peut avoir le sentiment que sa masculinité est mise en cause et que compte tenu de son infertilité il est « moins homme ».
Le fort désir de petits enfants chez les parents d’un couple frappé par la stérilité représente une pression supplémentaire surtout si les grands parents en « attente » n’ont pas d’autres enfants qui puissent satisfaire leur désir de petits enfants. Un problème de favoritisme, de jalousie voire de démembrement risqueraient de s’installer dans la famille si le frère de l’infertile homme arrive à faire des enfants. Dans les sociétés plus traditionnelles, on veut des enfants pour qu’ils puissent aider aux travaux champêtres.
Certains veulent des enfants pour ne pas être isolés et rester sans soutien dans leur vieillesse.
D’autres s’attachent à des croyances selon lesquelles les descendants sur terre servent les ancêtres déjà disparus. La lignée ne doit pas s’arrêter, car le bonheur dans l’au-delà dépend de ceux qui resteront. D’autres encore craignent surtout le mépris et la moquerie de leur voisinage. On lutte avec des sentiments d’insécurité, d’échec, ou même de culpabilité.
Dans la tradition de mon lignage, il n’est pas rare de voir « le Karé ou groupe de même âge » punir leur ami marié qui n’a pas eu d’enfants au moins un an ou plus. Plus grave, l’homme stérile est taxé de déconsidération, même au sein de sa famille. Plus malheureux encore, c’est ce regard porté par la communauté d’appartenance de l’un ou l’autre conjoint.
Dans la croyance ancestrale, notre société souvent n’accorde que peu d’importance au lien biologique entre le père et ses enfants. Un homme devenait père en adoptant les enfants de sa femme. Notre tradition nous enseigne que dans la situation où l’homme est impuissant, il peut faire recours de son vivant au lévirat c'est-à-dire qu’il confie sa femme à un frère qui pourrait l’aider à procréer. L’enfant revient ensuite à l’homme impuissant ou stérile. Nous sommes héritiers d’une culture qui ne considère pas que l’homme puisse être infécond, une culture qui a confondu et qui aujourd’hui confond virilité et fécondité.
La virilité est la capacité de l’homme d’avoir des rapports sexuels, satisfaisants avec sa conjointe. Par contre, la fécondité est la capacité que l’homme a, à travers les spermatozoïdes, de féconder une femme. Dès que l’homme a une capacité érectile, on estime qu’il devrait faire des enfants. L’homme ne prend conscience de sa stérilité masculine que lorsqu’il est abandonné par deux ou trois femmes, lesquelles ensuite tombent enceinte avec d’autres partenaires. Une fois qu’il est déterminé que le mari est impuissant, la femme toute seule ou le couple prend des mesures permises par la tradition. L’homme le plus âgé de la famille est au courant du problème. Ainsi, Il réunit un petit conseil de famille composé généralement de quatre membres les plus âgés de la famille bien étendue (trois hommes et une femme). Ce petit groupe décide d’apaiser la colère des ancêtres au moyen des cérémonies afin que la femme en question obtienne la permission de tromper son mari en vue de lui donner des enfants. L’affaire entière est conduite dans une telle discrétion et un tel secret que l’amour propre de l’homme ainsi que sa dignité sont soigneusement respectés. Tous les enfants qui naissent d’une telle mère appartiennent à la famille et ils ne souffrent d’aucun handicap social et légal. Le mari ne soulèvera aucune objection. Si un enfant naît de l’union, il sera satisfait parce qu’il sera le sien par droit de propriété. Et le fait qu’il ne soit lui- même pas le père n’affectera pas sa possession.
Ainsi donc, au vu des facteurs ci-dessus on peut se demander si Mr. Camara a eu raison de renvoyer sa femme pour infertilité ? Alors que lui-même présente de nombreux facteurs de cette tare que sont :
Il est obèse : Pour une personne ayant un grand surplus de poids ou encore obèse, afin de perdre du poids pour ces chances de fertilité de son côté, elle devra choisir des viandes maigres (volaille, poissons, thon, légumineuses), des produits laitiers faibles en matières grasses (lait, yaourt et fromage écrémé), beaucoup de fruits et de légumes. De plus, elle devra combiner une saine alimentation à la pratique régulière d’activité physique, alors que Mr Camara mange le plus souvent le manioc et mène une vie sédentaire.
Il aime les situations qui induisent une élévation de la température scrotale telles que les bains chauds et le port de sous-vêtements serrés en tissus synthétiques, ce qui entraîne une diminution du nombre de spermatozoïdes mobiles (Laven et al. 1988). Quelle que soit l’approche utilisée, l’hyperthermie induite sur le testicule se traduit par une diminution de la quantité et la qualité des spermatozoïdes retrouvés dans l’éjaculat induisant une diminution de la concentration, du pourcentage de spermatozoïdes mobiles et une augmentation du pourcentage de gamètes morphologiquement anormaux. Parmi les nombreux facteurs pouvant être responsables d’une infécondité masculine, deux sont fréquemment évoqués en relation avec la température : la cryptorchidie et la varicocèle (Mieusset et al. Progrès en urologie, 1992, 2.31-36). Lorsque vous êtes malade, la température de votre corps devrait également vous préoccuper. Certaines maladies provoquent des fièvres prolongées et augmentent ainsi la température de votre corps. Il est démontré que les fièvres élevées affectent la production des spermatozoïdes 2 à 3 mois après la maladie, ce qui correspond à la période de temps nécessaire à la maturation des spermatozoïdes.
Il fume et chique du tabac. Le fait de fumer du tabac ou le chiquer, réduit la grosseur et le mouvement des spermatozoïdes. Le tabagisme peut également endommager la composition génétique des spermatozoïdes. Il peut avoir un impact négatif sur le sperme (le liquide contenant les spermatozoïdes et qui est éjaculé).
Il est cultivateur et utilise des pesticides. L’exposition professionnelle à divers produits chimiques constitue un autre risque environnemental qui aurait une incidence négative sur la fertilité. Une grande variété de solvants organiques contenus dans les produits coiffants, les peintures et les graisses mécaniques pourraient nuire à la capacité de reproduction. L’exposition aux pesticides utilisés actuellement a été associée à une proportion de plus en plus grande de spermatozoïdes anormaux.
Mr. Camara est un adepte des ordinateurs. Fait intéressant, une récente recherche a révélé que la pratique courante d’utiliser un portable placé sur les genoux, la pile chauffante sous l’ordinateur, tout près des testicules, pourrait générer une chaleur excessive, surtout pendant son utilisation prolongée, et augmenter ainsi le dysfonctionnement testiculaire (Peter T. et al. L ACSI, Automne 2007).
Mr. Camara est âgé d’environ 60 ans. Sa jeune femme, celle accusée d’infertile est âgée de 29ans. Chez l’homme, avec l’augmentation de son âge, on note un déclin dans l’activité et la coordination de l’axe hypothalamus/hypophyse/testicules qui provoque une diminution de la sécrétion de la gonadolibérine, de même qu’une diminution de la sécrétion biologique de l’hormone lutéinisante et du taux de testostérone dans le sang. De plus, le volume de spermatozoïdes, leur motilité et le pourcentage de spermatozoïdes de morphologie normale baissent graduellement à mesure que l’homme avance en âge, provoquant ainsi une diminution du taux de grossesse et un délai plus long avant le déclenchement d’une grossesse. En plus du déclin quantitatif et qualitatif de la fonction de reproduction chez l’homme vieillissant, la preuve récente du déclin de l’intégrité génétique des spermatozoïdes retient l’attention. Le pourcentage de spermatozoïdes dont la structure et le nombre chromosomiques sont anormaux passe d’environ 3% chez les hommes de moins de 35 ans à plus de 14% chez les hommes âgés de plus de 45 ans. En outre, l’apparition de diverses conditions héréditaires, dont le syndrome de Down, hémophilie A, la dystrophie musculaire progressive de Duchenne et l’autisme, augmenteraient chez les enfants à mesure que le père avance en âge [Peter T.K. et al. Automne 2007)
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Dr. M.s. Bérété MPH, PhD, MD, Licence Education des Infirmiers
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