jeudi 24 septembre 2009
An Be Sooma, N’Tooman Lansana Sako, administrateur et patriote

A vous qui, comme moi, êtes attristés, je demande l’indulgence. Les mots viennent mal quand le chagrin est lourd.

 

Une fois de plus, la mort a frappé à ma porte, celle de mes années d’enfance à Kankan, de ma jeunesse de lycéen en province en France et à Paris et de mon expérience à New York et à Philadelphie. Et, bien sûr, je n’ai pu rien faire pour lui barrer la route.

 

La mort, sœur aînée de l’existence, a  tant de ressort et de puissance! C’est, hélas, le but de la vie et elle ne perd jamais de match. Force dynamique invincible, elle suit sans fatigue et sans relâche le chemin qui l’amène tout droit à l’adresse voulue et à la cible visée, quoi que celle-ci fasse et où qu’elle se  trouve. Instrument indomptable au service de Celui dont l’essence est d’être et Auquel les vivants sont toujours appelés à rendre hommage. La mort abat les vanités !

 

Que Dieu ait pitié de Sako, le défunt, de ses parents décédés depuis longtemps, et des siens, épouse et enfants, frères et sœurs qu’il laisse derrière lui dans le grand tourbillon de l’existence terrestre.

 

Condoléances à Hamide et à Thérèse !

 

Chacune de ces deux dames, à sa façon, s’occupa dignement et gracieusement de N’Tooman et l’aida à s’épanouir.

 

Condoléances à ses frères et sœurs qui lui ont reconnu les prérogatives d’aînesse et vénérer l’amitié qui l’a lié à moi ! 

 

La mort m’a donc arraché mon compagnon et mon ami, mon confident et mon frère, N’Tôoman, comme nous nous sommes tout au cours de la vie appelés. Comme des jumeaux, nous mangions ensemble chez ma mère à Kabada et plus tard chez la sienne à Sogbèla. Nos rapports, toujours privilégiés, comportaient le respect et l’admiration mutuelle qui firent la fierté de nos pères, deux piliers de Kankan des années 1940 et 50, N’Fa-Laye Sékou Sako et N’Fa-Laye N’Faly Kaba. Ils ont eu l’idée alors extraordinaire de nous envoyer au lycée en France et nous ont choyés - -Biram Diallo faisait partie du groupe, je me rappelle.

 

A cette époque où le seul nom de Paris faisait rêver les jeunes et où le cha cha cha et le meringué animaient les salles de danse, il n’était pas surprenant que N’Tôoman, beau comme son père, (ses frères et sœurs ont hérité de ce trait) ait attiré beaucoup de regards. Il fut élégant, même dans la maladie. Jje l’ai chahuté, il y aura bientôt deux ans la dernière fois que nous avons dîné chez lui ensemble en compagnie de Mamadi Condé.

 

N’Tôoman a marqué la jeunesse de Kankan par son élégance, sa passion du football, de la musique cubaine et des surprises-parties. Les vacances scolaires dans la métropole du Milo étaient alors splendides voire uniques dans la sous-région. Dans cette atmosphère festive et baignée d’innocence, Sako brilla par les dons du discours et du charisme, de la conviction et du courage (Bana Sidibé se rappelle sans doute encore quelque chose).

 

Il dirigea les lycéens dans l’association qui brisa le monopole des « Grands », c’est-à-dire des étudiants du groupe d’Ibrahima Baba Kaké, N’Faly Sangaré, Mamadi et Seydou Kéita, Paul Stephen et Damou Sako. Son verbe était puissant et son ardeur illimitée. Il confirma les mêmes talents, plus tard à New York en tant que président de l’Association des étudiants guinéens.

 

Il s’était, malgré notre héritage de fils de patrons du BAG, engagé avec conviction dans le combat du PDG et la défense de la pensée du Président Sékou Touré. Lors de ma venue à New York en été 1965, que de discussions nous avons eues, empêchant ainsi Thérèse de se procurer un sommeil paisible !

 

Abonné au quotidien New York Times et buvant littéralement les tomes du Président Sékou Touré, N’Tôoman répondait aux articles critiques de la Guinée. Il se préparait à rentrer au pays, bien que son diplôme de l’École d’administration prestigieuse de Columbia, doublé de sa maîtrise du français et de l’anglais, pût alors lui donner accès à une grande carrière dans une banque ou dans une institution internationale. Le patriotisme l’animait. En automne 1966, il vint me dire au revoir à Philadelphie où je me préparais pour le doctorat. Les adieux à la gare la nuit furent émouvants. N’Tôoman et Thérèse rejoignirent donc Conakry. Il occupa plusieurs postes techniques et de responsabilité, connut des déboires voire l’incarcération -- la Révolution, en effet, était exigeante. N’Fa-Sékou Sako fit tout pour le libérer et il y réussit. Sorti de prison, N’Tôoman demeura au pays et assuma avec distinction les charges qui lui furent confiées, aussi bien au pays qu’à l’étranger, notamment en Allemagne fédérale.

 

Après la mort du leader qui l’avait tant inspiré, bien qu’indexé voire humilié, il resta dans la fonction publique. Il ne pouvait pas trahir son idéal, à savoir l’honneur de contribuer au développement de la Guinée et de jouer son rôle d’aîné. Un soir, dans sa chambre où Hamide nous laissait seuls dialoguer et étendre des réminiscences, il me demanda si en dernière analyse ce n’est pas l’amour du pays qui marque, interpelle et  compte puisque les leaders viennent et disparaissent et le pays demeure - - c’était sa manière de me suggérer l’idée du retour. Cet amour était à l’origine de son engagement et de son admiration pour l’Homme du 25 août.

 

Ce fut donc un honneur que le Président Lansana Conté qui portait du respect au même Leader ait, à son tour, remarqué les mérites et la classe  de Lansana Sako et ait fait appel à ses compétences et à sa discrétion pour servir au secrétariat à la présidence. Il y travailla avec dévouement et distinction, ainsi que le ministre Fodé Bangoura et bien d’autres peuvent en témoigner. La Guinée importait à N’Tooman et il l’aimait. Les cadres et les dirigeants de toutes origines recherchaient ses conseils et sa sagesse que reflétaient sa maîtrise des dossiers et son amour insatiable de la lecture (le larcin perpétré, il y a quelques années dans sa bibliothèque plus que quinquagénaire, l’a extrêmement affligé). Il appréciait la rigueur dans la pensée et la perfection dans le devoir.

 

C’est cet homme que nous honorons aujourd’hui avant de le confier à la terre maternelle. C’est ce bel enfant de la Guinée auquel nous disons au-revoir. An bè sooma, N’Tôoman. Que la lumière du Prophète te guide dans l’entrée au royaume de l’Éternel.

 

Et, que ton exemple de citoyen éclairé, respectueux de la diversité et œuvrant pour la réalisation du potentiel de la Guinée serve d’inspiration à une nouvelle génération de Guinéens et de Guinéennes. Merci de ton amitié et félicitations pour ta constance.  

 


I Tooman
Lansiné Kaba, Doha, Qatar

 

 

www.guineeactu.com

 

 

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Vos commentaires
Ansoumane Doré, vendredi 25 septembre 2009
Le rappel à Dieu d`un être cher est toujours une épreuve dure pour ceux q`il a quittés.Chacun de nous connaît la profondeur des liens tissés dans la prime jeunesse et Lansiné Kaba les rend avec les mots qu`il faut à son N`Tooman (comme on dit chez-nous "mon homonyne"), Lansana Sako.Je présente toutes mes condoléances à la famille du défunt et prie le Tout-Puissant Allah pour le repos de son âme.Amen!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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