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Le moins qu’on puisse dire sur nos diplomates et leurs personnels locaux, c’est qu’ils ont faim ; ils ont très faim !
Pour survivre, ils sont prêts à tout, usant de leur immunité, pour faire du n’importe quoi !
Faisons un tour de certaines missions diplomatiques :
Tripoli, grande jamahiria arabe libyenne, socialiste et populaire :
Au pays de tonton Mouammar khadaffi, nos diplomates sont des tenanciers de maquis clandestins et des vendeurs d’alcool.
Ils le font à leurs risques et périls, car la police diplomatique du guide, ne blague pas.
Vous êtes libre d’aller acheter votre consommation en alcool à Jerba, Bengarden ou Sfax, sur le territoire tunisien, mais en respectant les conditions suivantes :
1- Vous ne devez prendre que la quantité écrite et déclarer aux services du protocole des affaires étrangères (wazaratoul kharijia). Tout dépassement constitue la fraude.
2- Vous n’avez pas le droit de vendre, ni consommer hors de votre résidence ou donner à un Libyen ou une tierce personne.
Le non respect de ces consignes constitue une grave violation de la loi et la conséquence, c’est la chicotte.
Les diplomates pris en flagrant délit son normalement chicotés, tout leurs biens saisis et renvoyés dans leur pays.
La Libye a raison parce que personne n’acceptera que les lois de son pays soient violées par des étrangers, diplomates fussent-ils.
Abuja, Bamako, Accra :
C’est encore vilain ; ils sont des hommes d’affaire. A Abuja aucun diplomate n’est à son bureau, après dix heures ; à Bamako, vu la proximité, ils sont transporteurs et d’autres ont même des taxis reliant Conakry à Bamako. A Accra, c’est plus vilain surtout quand on entend un diplomate dire « je n’ai pas de carburant ». Pourtant, personne ne l’a obligé de se payer une grosse voiture. Une voiture de six cylindres, en plus, qui consomme de l’essence avec une boîte automatique. Foutaise !
Je reviendrai sur le cas d’Accra très bientôt pour parler de la Coupe d’Afrique 2008.
Monrovia :
Chez Tante Hélène J., c’est très simple ; son excellence monsieur l’ambassadeur, a créé une société d’eau minérale, ADICO. Ces pick-up, direction à droite, sont visibles aux coins de rues de monstérado city. Congratulation, sir ! Pendant ce temps, l’aveugle attaché radio, multiplie les accidents de route, n’ayant pas sûrement, les moyens de se prendre un chauffeur. I am sorry, captain ! Au même moment, le consul et le conseiller qui sont en outre des voisins à leurs résidences, se déchirent et se cassent les gueules, pour….. ? Please, don’t fight for bobaraba !
Abidjan :
La perle de la lagune. Au bord de la lagune Ebrié, c’est plus dur, plus difficile. Une visite de quinze minutes m’a permis, il y a quelques mois, de constater les conditions de vie des fonctionnaires guinéens en Côte d’Ivoire.
L’ambassade de Guinée à Abidjan, grouillant de monde il y a moins de dix ans, ne ressemble plus à quelque chose. C’était le pôle de la sécurité extérieure de la Guinée.
Sur invitation d’un ami, je suis venu à Abidjan, participer à la réception des représentants des forces vives, de retour d’Abuja.
Après la cérémonie qui a eu lieu à la bourse du travail, nous sommes allés à l’aéroport Félix houphouet boigny, accompagner ceux qui devaient rentrer sur Conakry, le même jour.
Mon ami et moi nous sommes engouffrés dans sa voiture pour retourner en ville. Je devais retourner le même jour à Monrovia.
Mais Abidjan, c’est aussi chez moi, car ma maman en est originaire et j’ai la nationalité ivoirienne. Je suis donc un « OU », comme on le dit en Côte d’Ivoire de façon amicale. L’ambassade de Guinée et moi, c’est aussi une longue histoire, pour y avoir servi « officieusement ».
J’ai alors décidé de rester vingt quatre heures de plus, afin de visiter l’avenue crossons duplesis, sise dans la commune du plateau, siège de l’ambassade de Guinée.
Déjà j’ai été vu à l’aéroport par certains vieux de la communauté guinéenne, dont monsieur Félémou Pépé, avec lequel j’ai échangé quelques minutes.
Le lendemain, me voici à l’ambassade.
C’est la désolation ; aucun visage reluisant, tout le monde est crispé.
Tout le monde a faim !
Je suis reçu par Bangoura, un agent du personnel local avec lequel j'ai eu de bons rapports. Je l’appelle affectueusement « papa ».
Il est content de me revoir et me conduit dans son bureau. Automatiquement il aborde mille et un sujets à la fois, mais, je ne suis pas intéressé parce que je veux savoir pourquoi la mission diplomatique ressemble à une poubelle.
Monsieur Bangoura me comprend.
En effet, tout le monde est rappelé.
Donc, c’est le service minimum !
Je cherche à voir monsieur Kolié Jean Baptise, un autre membre du personnel local, devenu diplomate du CNDD.
Il est sage et respectueux comme toujours. Dans son bureau, nous conversons et il est content de me revoir. Je remarque que Jean Baptise, malgré son entrée forcée dans la cours des grands, garde sa bonne éducation et surtout son sens élevé de communication.
Il m’indique les bureaux du consul, mais je ne veux pas le rencontrer car c’est un gendarme et je ne sais pas pourquoi il est rappelé. Je ne connais pas aussi la nouvelle nomenclature de l’ambassade, donc la prudence est de mise. Rendre visite à cet homme peut lui créer d’autres ennuis, car je suis flic en exil et activiste. Lui aussi, il est flic. Ses ennemis feront vite d’amalgamer sur cette visite.
Je rentre chez mon collègue de la radio. Ouf, il est là ; pis il a pris du poids, mais je sens qu’il a faim. Il a faim car il ne vit que de son salaire.
Soudain, un parent de Dadis s’introduit dans son bureau. Il est guerzé. Il est militaire ou est lié à l’appareil militaire.
Il claque les pieds et se met au garde à vous ; il transmet un message non confidentiel à l’attaché radio et se retire.
Nous échangeons quelques minutes et il me demande aussi d’aller dire bonjour au consul et aux autres. Je ne veux pas pour les raisons évoquées plus haut.
Je prends alors congé des trois et ressort de l’ambassade avec pincement au cœur. Je n’aurai pas dû venir voir cette triste situation.
En reprenant les escaliers, un jeune malinké taquine l’agent guerzé et ce dernier répond ainsi : les soussous ont fait pour eux et c’est notre tour. Les guerzés doivent avoir plus de responsabilités en Guinée. J’ai eu envie de le gifler.
Le chef de la diplomatie de Moussa Dadis, au lieu des offensives diplomatiques, nomme ses parents aux postes diplomatiques. Si un mécanographe devient consul à Abidjan, nul doute que le chauffeur de Cécé sera ambassadeur à Monrovia, sa servante consul à Freetown, ainsi de suite.
Vive la Guinée !
Donzo Elhadj Aboubacar
www.guineeactu.com
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