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Les deux candidats au deuxième tour de la présidentielle séjournent depuis mercredi dans la capitale burkinabè, sur invitation du président Blaise Compaoré, médiateur dans la crise guinéenne, en vue d’aplanir les obstacles, pour que le scrutin du 19 septembre se déroule dans le calme et la sérénité.
Avec les remous qui agitent de plus en plus la classe politique sur fond de tribalisme, certains observateurs se demandent si la transition ne tiendrait plus qu’à un fil. Alors que les électeurs guinéens doivent se rendre aux urnes dans moins de trois semaines.
En effet, le ton ne cesse de monter entre les deux candidats, qui s’accusent mutuellement de manœuvres visant à manipuler les résultats du 2e tour.
Dans cette surenchère électorale, Cellou Dalein Diallo, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), arrivé premier lors du premier tour avec plus de 43 pour cent des voix, ne manque aucune occasion pour s’attaquer au Premier ministre Jean-Marie Doré, qu’il soupçonne de rouler pour son challenger Alpha Condé.
Raison pour laquelle, d’après le candidat de l’UFDG, M. Doré voudrait imposer une modification de la Constitution et du code électoral, en vue d’élargir la marge de manœuvre du ministère de l’Administration du territoire et des affaires politiques (MATAP), dans l’organisation de la dernière manche de la présidentielle.
Cellou Dalein Diallo et son camp militent pour un maintien du schéma qui a prévalu lors du scrutin du 27 juin, avec la Commission électorale nationale indépendante (CENI) comme maître d’œuvre. Un argument étayé par l’article 2 du Code électoral qui stipule que : « La Commission électorale nationale indépendante (CENI) est l’institution chargée de l’organisation de toutes les élections politiques et du référendum en République de Guinée…
Elle est techniquement aidée par les départements ministériels concernés par le processus électoral notamment le ministère en charge de l’Administration du territoire et des affaires politiques (MATAP) ».
Pourtant le Premier ministre trouve à redire face à cette obstination de l’UFDG à miser sur la CENI simplement. Jean-Marie Doré, inspiré certainement par les nombreux cas d’irrégularités enregistrées lors du premier tour, rappelle que l’organisation des élections en Guinée est avant tout une tâche qui incombe à son gouvernement.
Donc avoir un droit de regard sur le déroulement des choses serait bien une prérogative du gouvernement de transition.
Par contre, Alpha Condé, le candidat du RPG, qui ne cesse de ruer dans les brancards pour son score de 18,25 pour cent obtenu lors du premier tour, soutient la proposition du Premier ministre.
Pour lui, la CENI dans sa configuration actuelle est un instrument à la merci de Cellou Dalein Diallo.
Pour ne pas arranger les choses, les représentants de l’UFDG au sein de la commission ad hoc mise en place pour servir de cadre de concertation, ont claqué la porte lors d’une réunion tenue à la Primature la semaine dernière.
Ils ne veulent pas entendre parler du projet de relecture du protocole liant la CENI et le MATAP.
Une position partagée par la CENI, dont la présidente par intérim Mme Hadja Aminata Mame Camara pense que la forme juridique donnée à ce nouveau document est source de division.
Selon elle, le nouveau document doit être « un protocole librement consenti entre les parties, et non faire l’objet d’un décret du président de la République, comme le sollicite la Primature ».
Sékouba Konaté, dans le but certainement de ménager la susceptibilité des uns et des autres, avec cette polémique qui ne cesse d’enfler, a profité de son voyage effectué il y a quelques jours à Ouagadougou, pour demander au médiateur de prodiguer des conseils aux deux candidats, pour que le 2e tour ne donne pas lieu à des affrontements pouvant plonger le pays dans le chaos.
Compaoré qui connait du bout des doigts le problème guinéen, pour avoir été désigné par la CEDEAO comme médiateur, aux premières heures de la crise, saura sans doute par quel bout prendre la corde.
DB L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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