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Rentré en Guinée le dimanche 11 avril, le leader du RPG (Rassemblement du Peuple de Guinée), le Pr Alpha Condé a accordé une interview à nos confrères de RFI le lundi dernier. Voici l’intégralité de ladite interview réalisée par Christophe Boisbouvier.
RFI : La présidentielle du 27 juin, est-ce que vous y croyez?
Alpha Condé : Je pense que nous devons tout faire malgré toutes les difficultés et malgré les entreprises de sabotage pour tenir ces élections et éviter le syndrome ivoirien.
Les entreprises de sabotage, qu’est-ce que c’est à votre avis?
C’est parce qu’il y a eu une telle pagaille sur les listes électorales que l’on se demande si vraiment ce n’est pas fait volontairement. Il y a des noms qui ont disparu. Si vous prenez la Haute- Guinée, il y a plus de 27% des électeurs qui ont disparu à Siguiri. C’est surtout à Siguiri, Kankan, Mandisana que ça se retrouve, alors qu’il n’y a que seulement 3% au Fouta Djallon.
Donc, il y a beaucoup plus de cafouillage en Haute Guinée que dans le Fouta ?
Bien sûr oui, de loin, de très loin. Alors on se pose les questions réellement sur ce qu’il y a derrière tout ça. Est-ce que ce n’est pas une volonté d’empêcher que les élections aient lieu le 27 juin ? Tout le monde sait que le RPG était prêt d’aller aux élections. Donc, en faisant ces sabotages est-ce que c’est pour retarder les choses ?
Le président de la transition le général Sékouba Konaté dit qu’il a signé un décret pour le 27 juin et que maintenant c’est aux acteurs de la transition de respecter cette date.
Oui, ce qui est évident, c’est que le Général Sékouba, le président par intérim est décidé à ce que des élections libres et transparents aient lieu à la date indiquée. Mais, il faut que lui aussi s’implique davantage. Il est chef de l’Etat, il doit s’impliquer davantage pour obliger les opérateurs à faire le travail de façon correcte.
Ce que vous voulez dire, c’est que la balle n’est pas seulement dans le camp du Premier ministre Jean Marie Doré ?
Non. La balle est dans le camp de tout le monde. La balle n’est pas dans le camp de Jean Marie Doré. Ce n’est pas lui la Commission électorale. Tout le problème se situe au niveau de la Commission électorale, de la confection des listes et de la façon dont les listes ont été affichées. C’est-à-dire comment le nom des gens a été effacé…
Donc la balle est plutôt dans le camp du président de la Commission électorale ?
De la Commission électorale dans son ensemble.
Et cette Commission ne vous parait pas très neutre en ce moment, c’est ça?
Le problème n’est pas une question de neutralité. Mais le problème est que le travail est mal fait. Et on se pose la question comment.
Quand le Général Sékouba Konaté promet qu’il ne sera pas candidat est-ce que vous le croyez ?
Je le crois totalement par ce que le Général a montré dès décembre, dès après la prise du pouvoir qu’il était pour que les élections se fassent dans l’année 2009. Et si c’était lui et un certain nombre de volontaires, on aurait eu des élections en 2009. Donc, moi je crois totalement à sa sincérité.
Et quand il promet qu’il n’aura pas de candidat vous le croyez aussi ?
Je ne sais pas pourquoi il va avoir un candidat. Il est là pour être l’arbitre non pas pour soutenir un candidat.
Mais, il arrive qu’une junte au pouvoir soutienne un candidat par rapport à d’autres.
Mais pour le moment on ne voit pas ceci.
Depuis le 12 janvier, Moussa Dadis Camara est en convalescence au Burkina. Est-ce que vous ne craignez pas un retour intempestif du Capitaine?
Avec ce processus engagé maintenant, je ne crois pas que cela soit possible.
Et quand le Général Sékouba dit sur RFI que Dadis n’est pas retenu contre son gré, qu’il pourra rentrer le moment venu, est-ce que ça ne vous inquiète pas ?
Je n’avais pas écouté. Donc je ne peux pas commenter par ce que je n’avais pas écouté. On m’a dit qu’il était passé sur RFI, mais j’étais absent.
Je vous promets qu’il n’y aura plus de dictature en Guinée, affirme le Général Sékouba Konaté. Est-ce que vous partagez son optimisme?
Si les élections se passent à la date indiquée et de façon transparentes, on peut le dire oui.
A l’heure actuelle, la transition démocratique ne repose que sur un seul homme, Sékouba Konaté. Est-ce que ce n’est pas très risqué ?
Bon, c’est toujours risqué que ça ne repose que sur un homme. Mais, c’est pourquoi il est souhaitable que les élections aient lieu à la date indiquée ou en tout cas rapidement avant la saison des pluies. Afin que ça repose maintenant sur le peuple et non pas sur un individu.
Alpha Condé, vous venez de rentrer à Conakry après un mois d’absence. Est-ce que vous serez candidat à la présidentielle ?
Ça, c’est mon parti qui va décider. On va convoquer bientôt une convention pour désigner notre candidat. Le RPG est un parti démocratique. C’est la convention qui décidera qui sera candidat.
Au terme de l’Accord de Ouagadougou de janvier, le Premier ministre Jean-Marie Doré ne doit pas se présenter. Est-ce que vous ne craignez pas qu’il trahisse sa promesse ?
Je pense que tous les signataires de l’Accord de Ouagadougou vont le respecter. Je pense qu’il y a trop de préjugés et de procès d’intentions à l’égard du Premier ministre.
Pourtant certaines de ses déclarations sont ambiguës, non?
Ça, c’était au début. Mais, lui-même il a dit que quand il le disait il n’était pas encore Premier ministre.
Pendant l’épreuve de force contre Dadis à la fin du l’an dernier, vous aviez constitué un front commun avec Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, François Fall. Est-ce que c’est déjà oublié, est-ce que désormais vous êtes en compétition les uns contre les autres?
Nous sommes en compétition, mais pas les uns contre les autres. Nous sommes en compétition, mais le front commun est toujours-là. Parce que tant que la démocratie n’est pas totalement instaurée en Guinée, le front commun doit rester. Parce que quelles que soient nos ambitions personnelles, nous devons d’abord avoir en tête la nécessité qu’on se donne la main pour faire en sorte que cette transition se passe de façon pacifique et aboutisse à un véritable changement.
Si vous êtes candidat, est-ce que vous aurez comme objectif d’arriver au 2e tour ?
Ça, c’est le peuple qui va décider. Moi dans ma campagne, je ferai tout pour gagner au premier tour. Si c’est moi qui suis le candidat du parti en tout cas. C’est le peuple qui décidera.
Beaucoup disent que vous avez notamment un poids lourd en face de vous qui est Cellou Dalein. Est-ce que vous partagez cette analyse?
Moi, je ne juge aucun candidat et chacun est libre de donner son opinion.
Alors, dans votre fief de la Haute Guinée, vous espérez faire le plein des voix dès le 1er tour. Mais, est-ce qu’il ne faudrait pas aussi compter avec Sidya Touré et Lansana Kouyaté ?
Bon, de toutes les façons, vous parlez de fief. Mon parti est bien implanté partout. Ce sont les gens qui parlent de fief. Moi, mon parti est né en Forêt, et il est venu en Haute Guinée après. On verra bien les résultats. Vous savez bien que c’est le terrain qui commande. On verra sur le terrain.
Si vous êtes élu, quelle sera la première mesure que vous prendrez ?
La gratuité des soins pour toutes les femmes enceintes parce que beaucoup de femmes meurent à l’accouchement et il y a beaucoup de mortalité infantile.
Pourquoi dit-on que vous n’êtes pas très favorable au droit de vote des Guinéens de l’étranger ?
Mais, ça c’est des bêtises de Bah Oury qui n’engagent que lui. Il m’a accusé, il a accusé Sidya Touré, il a accusé Fall, il a accusé tout le monde. Comment vous voulez-vous qu’on ne soit pas favorable au vote des Guinéens de l’étranger ? Tous les Guinéens sont des citoyens. Il n’y a pas de citoyens de seconde zone en Guinée. On ne va pas revenir aux Guinéens de l’intérieur et de l’extérieur.
Interview transcrite par Kadiatou Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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