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Violence de l’armée, violence de l’Etat, frénésie de violence meurtrière et de viols, violences interethniques, profusion d’attitudes et de discours politiques haineux ayant dressé les Guinéens les uns contre les autres, mascarade électorale, la présidentielle guinéenne a clairement montré notre incompatibilité avec la démocratie ou du moins le long chemin qui nous reste à faire pour y être et surtout les limites de notre humanité. Chirac avait dit « la démocratie est un luxe pour les Africains ». Pourrons-nous un jour nous payer ce luxe ?
Comme le capitalisme ces temps-ci, le modèle sociétal guinéen vient d’échouer avec des conséquences qui restent à évaluer. Pour qu’à l’avenir la Guinée existe, il faudra la réinventer.
Demain encore le soleil se lèvera à nouveau sur Conakry, Mamou, Kindia jusqu’à Youmou. Le cycle des saisons continuera de Boulbinet à Pinet. Les jours et les nuits alterneront sur toute l’étendue du territoire mais ne se ressembleront plus. Dorénavant rien de rien ne sera plus comme avant en Guinée. J’ai beau m’efforcer à être optimiste, je ne vois qu’intégrisme ethnique, radicalisation des positions, dialogue de sourds, ethnicisation encore du débat politique, une Guinée profondément divisée, recul séculaire du pays.
Présidentielle de tous les enjeux, verdict d’extrême gravité, nous boirons les conséquences de cette présidentielle jusqu’à la lie. J’ai bien peur que sans exister comme nation, nous nous soyons déjà enterrés comme pays.
Et au même moment la Côte d’Ivoire voisine dans la tourmente de la démocratie à l’africaine. Guinée, Côte d’Ivoire deux (2) pays différents mais la même réalité politique : Démocratisation sur fond de diversité ethnique. Comment faire pour ne pas que ça finisse dans le sang ?
Voici les Etats d’Afrique aux faibles moyens, dans un contexte de promiscuité de leur mosaïque d’ethnies pour le monopole du pouvoir, au sortir de la longue phase des dictatures qui maintenaient un semblant de paix et d’unité, face à la déesse démocratie imposée à eux par l’Occident comme gage de leur survie. Pour sa pérennité l’Afrique doit inventer de nouveaux mécanismes plus efficaces et plus consensuels d’accession au pouvoir et de gestion de l’Etat en posant absolument au centre de la réflexion sa réalité pluriethnique.
En Guinée, certes, Alpha Condé est aujourd’hui président. Mais compte tenu de la division abyssale qu’a entrainée son élection, il est fort probable qu’il ne soit pas le président de la nation. A présent, le grand défi auquel il faudra faire face est celui de refaire la Guinée (refaire le rapport individu - Etat, refaire le mode d’avènement au pouvoir et sa gestion, refaire le mode de gouvernement du pays entre ses différentes composantes ethniques, refaire la conception du pouvoir, refaire l’armée, refaire le Guinéen même) ou autrement recoller les morceaux de la « Guinée cassée » pour rebondir. Et ce pari est loin d’être gagné.
Oury Baldé, France Etudiant
www.guineeactu.com
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